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Prospective

Le Démeter 2015 analyse l’actualité agricole

Tour d’horizon des grands sujets agricoles, selon le Club Déméter, sous forme d’analyses, synthèses, prospectives et statistiques.
Par Thierry Michel
Le Démeter 2015 analyse l’actualité agricole
Chaque année, depuis 1993, le Club Déméter publie son analyse prospective et synthétique sur l’agriculture. Intitulé «Déméter 2015. Économie et stratégies agricoles», il aborde quatre grands sujets : les OGM et les nanotechnologies d’abord avec un angle précis qui est de savoir qui sont les «anti» et comment agissent-ils ? Ensuite un premier dossier aborde l’agriculture allemande avant qu’un troisième thème soit traité : l’Égypte, entre insécurités alimentaires et inconnues géopolitiques. Enfin un deuxième dossier compare agriculture et bio-ressources avec une question à la clé : produire des aliments, de l’énergie, des molécules ? L’ouvrage se termine par 60 pages de statistiques sur les chiffres complets les plus récents de l’agriculture mondiale et européenne en quarante tableaux organisées en cinq chapitres : alimentation et commerce, structures, productions et échanges, projection des marchés mondiaux à l’horizon 2023 et politique agricole commune de l’Union européenne.

Bio ressources
Dans un avant-propos au dossier principal de cette édition 2015, l’agronome et économiste Michel Griffon part du constat que la nature a toujours produit beaucoup de ressources autres qu’alimentaires. L’omniprésence du pétrole comme ressource énergétique a occulté cela, mais avec la prise de conscience que le pétrole n’est pas éternel, l’intérêt pour la biomasse agricole est revenu d’actualité. D’abord envisagée comme remplaçante potentielle du pétrole, et donc dans le cadre d’une utilisation énergétique, cette biomasse se révèle aussi posséder des qualités dans d’autres domaines comme la chimie de la biomasse. «En un mot, l’agriculture est appelée à approvisionner l’agro-alimentation, l’agro-énergie et l’agro-raffinerie» écrit Michel Griffon. L’idée directrice de ce dossier est d’établir une synthèse des connaissances autour de l’énergie, des bio-raffineries et des nouveaux circuits bio-sourcés tout en se préoccupant de savoir s’il y aura assez d’espaces sur la terre pour tous ces usages à long terme.
Dès lors, une grande question se pose : y aura-il assez d’espace agricole pour produire de l’alimentation et de l’énergie ? Michel Griffon commence par examiner les besoins qui sont adressables à l’agriculture - besoins alimentaires et besoins futurs en énergie - et pose clairement la problématique des espaces productifs agricoles et forestiers face aux besoins en énergie. Du coup, la société doit aussi s’interroger sur les alternatives possibles aux carburants liquides. Pour répondre à cette grande question, l’auteur esquisse plusieurs scénarios intégrant les circuits actuels des usages de la biomasse (grain et fruit, unités fourragères et bois) et considérant les variables qui peuvent commander son évolution. On arrive à des dilemmes qu’il faudra bien gérer. Quant à la réponse à la question de départ, il est bien évident, selon l’auteur, que l’espace manquera si «l’on se situe dans une perspective absurde d’absence de limitation pour l’accroissement des terres cultivées». Il apparaît qu’utiliser les bio-ressources de façon classique et pour des usages nouveaux impose de «ménager le capital écologique» de la planète. Sachant que les technologies évolueront sans doute de façon importante dans ces domaines, il est bien difficile de construire des scénarios à très long terme.

Nouveaux usages
Un deuxième chapitre de ce dossier est consacré aux «nouveaux usages des biomasses» tel que l’écrivent les auteurs, chercheurs à l’Inra. Où il est question de bio-raffineries, de biotechnologies blanches, qui consistent à «adapter l’activité d’enzymes pour élargir la palette des molécules issues du vivant» et enfin d’écologie agro-industrielle. Les auteurs rappellent que les ressources mobilisables sont d’abord celles des plantes de grandes cultures et des forêts. Dans un contexte où l’agroécologie est la règle en matière d’agronomie, les impacts du développement de cette pratique sont à étudier. Là encore, comme pour les usages énergétiques, les usages en bio-économie de la biomasse nécessitera des arbitrages vis-à-vis des autres fonctions assignées à l’utilisation des produits issus de l’agriculture. C’est donc en réfléchissant à un système complet de production et d’échanges que l’on peut penser la chimie verte et la bio-économie, pas seulement en la déconnectant du reste de l’économie générale.
Enfin, en plus des questions sur les espaces agricoles et sur celle de l’apparition de nouveaux usages de la biomasse agricole, se pose celle des choix entre agriculture et énergie, dernière partie de ce dossier. Cela passe clairement par la quantification de la biomasse récoltée et par l’évaluation de l’énergie finale obtenue, avec une étude particulière du rendement énergétique de l’agriculture. Bien sûr, il faudra intégrer des contraintes de divers ordres : hiérarchie des usages, territoire, écologie, économie…
Toujours est-il que le remplacement pur et simple des énergies carbone par une énergie issue de la biomasse n’est pas concevable en l’état actuel des connaissances. «La satisfaction des besoins alimentaires mondiaux de demain nécessitera une augmentation notable des rendements agricoles dans toutes les régions du monde, une meilleure exploitation des pâturages, la réduction des pertes et des gaspillages post-récolte, l’amélioration des performances des convertisseurs végétaux et animaux et l’intégration de la problématique biocarburant et biogaz dans les problématiques territoriales» peut-on lire en conclusion de ce dossier.