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Marchés bovins

Le “coup de gueule” de J-P. Fleury

Rencontré dans son exploitation de Saint-Martin-de la-Mer dans le canton de Saulieu, Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, tord le cou aux messages convenus et appelle les éleveurs à réagir fortement, face à la baisse des cours.
Par Aurélien Genest
Le “coup de gueule” de J-P. Fleury
Le président de la FNB cite plusieurs raisons : nationales, européennes et internationales.
Marché intérieur, concurrence intracommunautaire et Pays Tiers sont les trois chapitres abordés par Jean-Pierre Fleury pour expliquer l’actuelle baisse des cours bovins. Sur le marché intérieur, le Côte d’orien signale une nouvelle tendance : [I]«Les consommateurs se font de moins en moins plaisir en achetant une belle pièce. La recherche du prix le plus bas prend constamment le dessus depuis plusieurs mois»[i]. Ce constat incite la grande distribution à rentrer dans le [I]«cercle infernal de la guerre des prix»[i] qui, selon Jean-Pierre Fleury, est en train d’emmener [I]«tout le monde dans le trou»[i]. [I]«Pour stopper ça, il faut une pression de la profession mais aussi un message fort de l’État»[i] ajoute le Côte d’orien. Une réunion sera organisée au plus haut rang courant août pour tenter de retrouver [I]«une spirale positive»[i]. Une fois n’est pas coutume, Leclerc et Intermarché devraient être autour de la table.

[INTER]Une perte «énorme»[inter]
Le prix des vaches a commencé son décrochage en septembre 2013. [I]«Il est aujourd’hui de l’ordre de 70 à 80 centimes d’euros. C’est énorme»[i] confie Jean-Pierre Fleury, [I]«si l’on considère qu’un animal fait en moyenne 400 kg et qu’un éleveur vend 80 bêtes par an, la perte se chiffre à 16 000 euros. C’est vertigineux, surtout quand on sait que le revenu moyen était de 17 000 euros l’an dernier»[i]. Cette première alerte sur les vaches est suivie d’une deuxième, cette fois-ci chez les jeunes bovins : [I]«la concurrence sur le marché intracommunautaire était déjà très importante et la Pologne vient d’arriver»[i]. Les Polonais ont stoppé l’abattage halal et leur production ne part plus en direction du Maghreb. [I]«Tous leurs taurillons reviennent sur le marché européen et rentrent dans la grande distribution à la place des vaches»[i] déplore Jean-Pierre Fleury, qui ne semble pas très optimiste quant à un redressement des cours. La perte de consommateurs est une autre de ses craintes : [I]«la viande de taurillons n’est pas très prisée. Nous creusons une tombe pour perdre des consommateurs»[i]. Une recapitalisation du cheptel laitier européen est également évoquée avec, comme conséquence, des sorties de vaches importantes dans les années à venir : [I]«la grande distribution aime bien la vache laitière qui n’est pas très chère, c’est une autre difficulté pour les allaitants»[i].

[INTER]Manque de compétitivité[inter]
Le deuxième point abordé par Jean-Pierre Fleury est le marché intracommunautaire. [I]«Je rejoins tout à fait ce que dit Xavier Beulin : nous crevons d’un manque de compétitivité. C’est la première maladie de l’élevage. Avant même de parler du Brésil, de l’Argentine et des États-Unis, il faudrait déjà être compétitifs par rapport aux autres pays européens. Depuis le début de l’année, les importations irlandaises ont augmenté de 16%. Ce pourcentage atteint même 30% pour les viandes venant d’Allemagne. Nos industriels importent ces viandes pour les mêmes raisons précédemment évoquées avec, une nouvelle fois, la logique du prix bas. Nous n’arrivons déjà pas à écouler nos animaux et nous allons en chercher ailleurs, là où les coûts de productions sont inférieurs aux nôtres. Je rappelle que 70% des charges dans une exploitation française sont liés à des critères sur lesquels ne peuvent pas jouer les éleveurs!»[i]. La prochaine [I]«crise»[i] pourrait être celle du broutard : [I]«avec la concurrence effrénée sur les jeunes bovins, les Italiens sont en train de réajuster leur prix d’achat...»[i].

[INTER]Les industriels en ont-ils la volonté?[inter]
Jean-Pierre Fleury aborde la question des Pays Tiers et rappelle les perspectives de ces dix prochaines années. Celles-ci seraient [I]«sans précédent»[i]. La demande mondiale pourrait augmenter de 20 à 30%, en comptant la volaille et la viande porcine. [I]«Si nous n’allons pas chercher ces marchés là, nous nous enterrerons dans l’intracommunautaire et nous savons que la marge de croissance est limitée en Europe»[i] signale le Sédélocien qui s’interroge : [I]«les industriels ont-ils l’ambition d’aller sur ces marchés ? Le cocon douillet des marchés intérieur et intracommunautaire leur suffit peut-être. Soit ils n’ont pas la connaissance de ces marchés, soit ils ne veulent pas y aller. Finalement, les grands abatteurs font la pluie et le beau temps, alors pourquoi s’embêter ? Ils se calent la marge avec la grande distribution et l’affaire est réglée. Il suffit de baisser les prix aux producteurs. Après, on explique aux éleveurs tous les matins dans les cours de ferme que c’est compliqué...»[i].

[INTER]Le ton monte[inter]
[I]«Je souhaite que les éleveurs soient plus offensifs. Je les invite à prendre le relais de la FNB en demandant que ça bouge sur les marchés extérieurs. Ce qui compte, c’est d’exporter. Que ce soit de la viande ou du vif, il ne faut pas se poser de questions. Il ne faut pas se laisser endormir par le discours ambiant. La morosité amène la morosité et alimente la morosité. Cette morosité arrange bien les gens qui achètent. Les éleveurs sont aujourd’hui des chefs d’entreprise. Je ne parle pas de révolte, mais il faut tout de même se fâcher. Les efforts, les éleveurs les ont faits. Ils n’ont pas de reproches à se faire. Ils ont énormément restructuré et n’ont pas de leçons à recevoir. Ils ont fait ce qu’on leur a dit de faire: modernisé, innové, augmenté la taille des troupeaux, produire des animaux de qualité. Sauf que le prix n’est pas au rendez-vous derrière. Il faut arrêter d’aller chercher des responsabilités chez les éleveurs. La viande d’import dans les magasins, on ne veut plus la voir. Il faut arrêter ce cirque qui consiste à aller chercher de la viande ailleurs alors que l’on n’est pas foutu de rémunérer les éleveurs français»[i].