Le contrôle n’a (presque) pas eu lieu !
L’ASP avait envoyé une notification de contrôle à Christophe Biozon, éleveur à Lormes, vendredi dernier. Le Jour J, mardi 14 octobre au matin, lorsque le contrôleur est arrivé, une cinquantaine d’adhérents de la FDSEA et des JA des cantons de Lormes et Montsauche-les-Settons, l’ont immobilisé et empêché d’accomplir sa mission. Cette fois, la coupe est bien pleine...
«J’ai déjà été contrôlé pour les mêmes raisons en 2012 et en 2013. A chaque fois, aucune anomalie n’a été détectée, selon les termes employés par les contrôleurs. On ne va pas me dire que ce n’est pas de l’acharnement !» Christophe Biozon, à la tête de l’EARL de Fraifontaine, à Lormes, sur la route de Montsauche, s’est trouvé des soutiens improvisés, mercredi dernier.
Une cinquantaine de ses collègues du réseau FDSEA/JA sont venus non seulement le soutenir mais aussi carrément empêcher l’agent de l’Agence de services et de paiement (ASP) de Dijon d’accomplir sa besogne. Arrivé à 9h15 chez l’éleveur, ce grand jeune homme brun et intimidé a vu son véhicule mis sur des parpaings, dans le quart d’heure qui suivait.
Les gros bras morvandiaux, calmes mais déterminés, avaient décidé de le retenir, en exprimant quelques exigences vis-à-vis de la préfecture et de la gendarmerie. «On veut voir les représentants de l’Etat et les élus, s’ils ne viennent pas, le contrôleur restera là» avait averti Michel Loison, par téléphone, le cabinet de la préfète de la Nièvre.
Ce qui a causé la réaction des agriculteurs, c’est que Christophe Biozon devait affronter un contrôle renforcé, prévu pour durer deux jours, à la fois sur la prime à l’herbe, les MAE, les surfaces, et les mesures environnementales... «Primo, nous disons que tant qu’il n’y a pas de revenu sur nos exploitations, nous refusons tout contrôle, et pas plus à Lormes qu’à Montsauche. Secundo, tant que les grandes surfaces ne sont pas en ligne avec l’étiquetage des produits, nous n’acceptons plus les contrôles chez nous. Alors qu’elles vendent tout avec des étiquettes illisibles, incomplètes et sans pénalité, on embête les éleveurs pour la moindre étiquette manquante sur une vache. C’est inacceptable!» justifiait Pierre Bobin, en milieu de matinée, quand sont arrivés quatre gendarmes de la brigade de Corbigny.
Contrôle «allégé» l’après-midi
En fin de matinée, le sous-préfet de Clamecy, Nicolas Regny, est arrivé pour tenter de débloquer la situation. Il a été rejoint par le capitaine de gendarmerie de Château-Chinon puis, plus tard, par le Directeur départemental des territoires (DDT), Yves Castel. «Au départ, le DDT a essayé de nous intimider. Cela a duré dix secondes, on a dit stop et qu’on n’était pas là pour se faire marcher sur les pieds» relate Pierre Bobin, «puis le sous-préfet a changé de ton et un échange d’1h30 a eu lieu. Avant qu’il ne reparte, il a appelé le directeur de l’ASP pour lui exprimer nos conditions : aucune sanction pour l’éleveur et que ses aides ne soient pas suspendues. Et ensuite, nous avons dit OK pour remettre les roues à la voiture du contrôleur à la condition que le contrôle soit «allégé», c’est-à-dire qu’il ne dure que deux heures et non pas deux jours». Tous les protagonistes se sont donc mis d’accord pour que le contrôle ait lieu l’après-midi même, à partir de 14h, heure à laquelle les syndicalistes ont levé le camp. «Tout est rentré dans l’ordre. Il n’y a pas eu d’insultes ni de menaces. Nous étions déterminés et nous le serons encore en cas de nouveau contrôle ici ou ailleurs. Dans ce cas là, on bloquera à nouveau» a prévenu le président cantonal FDSEA de Montsauche-les-Settons.