Ligne ferroviaire entre Arzembouy et Nevers
Le «chemin du grain» sur la voie de la fermeture
Peu d’agriculteurs nivernais le savent mais une ligne de chemin de fer dessert encore aujourd’hui les deux silos du groupe Soufflet et d’Axereal à Arzembouy et Guérigny. L’acheminement des grains vers Nevers est le point de départ de ces sociétés vers leurs clients à l’export. Sauf que la ligne semble menacée à très court terme pour des raisons de sécurité...
Réseau ferré de France (RFF), qui depuis le 1er janvier s’appelle désormais SNCF Réseaux, le confirme par la voix de son chef de pôle clients et services de la direction régionale à Dijon : «l’obsolescence avancée, les ruptures de rail et le risque pour la sécurité font que nous envisageons l’arrêt de la circulation sur cette ligne au début de 2015. Nous faisons tout pour maintenir l’infrastructure le plus possible mais l’investissement nécessaire devient trop important». Cette ligne de chemin de fer (lire historique en encadré) dont parle Raphaël Lefèvre, c’est celle qui va d’Arzembouy, via Guérigny, à Nevers. Inexploitée entre Clamecy et Arzembouy, elle permet encore de rallier les silos de Soufflet et Axereal, à Arzembouy et Guérigny, au chef-lieu du département, point de départ vers les clients internationaux de ces deux sociétés bien connues des céréaliers nivernais. Entre 2 et 3 convois par semaine, en moyenne, font le trajet tout au long de l’année, sur ces 40 kilomètres de voie ferrée, rudimentaire et bucolique, puisque sans caténaire, qui sillonne la campagne nivernaise entre nature envahissante et haies à peine protectrices... L’image de ce tortillard qui ondule au gré de la campagne par tout temps et à toute saison a quelque chose d’emblématique, pour les agriculteurs du département comme pour les cheminots qui le manoeuvrent.
Convoi chargé séparé en deux
Selon Emmanuel Bonnin, technicien cultures du groupe Soufflet, «à la mauvaise saison, la présence de feuilles ou de givre sur les rails oblige les équipes SNCF, c’est-à-dire un conducteur, un agent de circulation et deux personnes équipées de tronçonneuses à cause des chutes d’arbres, à faire un aller avec une rame de 20 wagons à vide (350 t) puis le retour avec seulement 10 wagons pleins (700 t) et à retourner chercher les 10 autres wagons restés en bout de ligne». Pour faire 40 km, les deux locomotives diesel ont un temps de parcours, plus ou moins incompressible, de 2 heures. Sans parler des passages, plus délicats, où les machines semblent s’engager sur du sable ou la pente de la Côte de Feuilles, juste après Guérigny, où l’humidité fait parfois patiner les essieux... Irremplaçable -économiquement- pour l’importance du service rendu aux chargeurs (Axereal et Soufflet), la ligne semble -techniquement- s’être endormie au XIXè siècle quand, à son apogée, les voyageurs pouvaient se rendre de Nevers à Auxerre en moins de quatre heures. Depuis, les risques sont multiples -même s’il n’y a plus de passagers- entre les chutes d’arbres, la présence de bétail, l’affaissement de la voie... sauf de croiser un autre train puisqu’il n’y a qu’une voie et que seuls les convois de grains l’empruntent 2 ou 3 fois par semaine. Raphaël Lefevre, de SNCF Réseaux, confirme que «pour pérenniser cette ligne, il faudrait un investissement important, de l’ordre de 11 millions d’euros, un montant qui n’est à la portée d’aucune des parties concernées (chargeurs, Conseil régional, SNCF Réseaux...)» Et il s’agit là d’une fourchette basse dont la mise en œuvre ne viendrait que rendre acceptable un transport dont les normes européennes et nationales se sont, là aussi, énormément durcies.
2500 camions en plus sur les routes nivernaises ?
Des travaux ont tout de même été réalisés ces dernières années, notamment des plans de voie et des rails soudés sur le tronçon Nevers-Guérigny, mais le problème reste entier au-delà, jusqu’à Arzembouy. Faute d’investissements, le «chemin du grain» semble sur la voie de la fermeture. Et sans doute assez rapidement. Les responsables d’Axereal, qui rencontraient le préfet de la Nièvre le 3 décembre au silo de Pouilly-sur-Loire, s’en sont ouvert à lui. Au-delà de l’impact logistique et financier qu’aurait immanquablement la disparition du Nevers-Arzembouy, pour les collecteurs de grains, c’est tout un problème économique et environnemental qui se poserait. Eric Bertrand, le président de la Chambre d’agriculture de la Nièvre, mobilisé sur le sujet, fulmine : «Quelle est cette habitude de tout vouloir faire remonter par la Région parisienne ? Ce serait cohérent sur un axe Nord-Sud mais là, Axereal et Soufflet exportent vers leurs clients meuniers italiens (ndlr : et vers les Moulins Storione de Marseille ou les ports de Sète et Fos-sur-Mer). Vu l’état de la voie, on n’est pas obligés de faire une ligne à 130 km/h mais il faut absolument pouvoir continuer à faire transiter les quelques 200 000 tonnes annuelles de grains sur cette ligne !» 200 000 tonnes, ce sont plus de 100 trains par an, soit l’équivalent de 2 500 camions qui n’utilisent pas et n’usent pas les infrastructures routières du département. «Je ne veux pas parler au nom de Patrice Joly (ndlr : le président du Conseil général de la Nièvre) mais étant donné le budget départemental des routes, je doute que le Conseil général soit OK pour livrer ses routes à un tel trafic. Et le bois est aussi concerné» insiste le responsable consulaire. A SNCF Réseaux, on tente d’apaiser le débat. «On travaille sur la possibilité de lever encore les fonds nécessaires auprès de l’Agence des infrastructures terrestres (FIT), qui finance des projets de transports terrestres depuis la privatisation des sociétés autoroutières» confie Raphaël Lefèvre. Mais les finances publiques contraintes et l’abandon de l’Ecotaxe -source financière avortée- permettront-ils de sauver la Nevers-Arzembouy ? Et pour combien de temps ? «Les discussions avec l’Etat et avec l’ensemble des partenaires est engagé. Nous entrevoyons une esquisse de solution» essaie de positiver le responsable régional de l’ex-RFF.
La pérennisation de l’exportation des grains nivernais est-elle, encore, sur la bonne voie ?
Convoi chargé séparé en deux
Selon Emmanuel Bonnin, technicien cultures du groupe Soufflet, «à la mauvaise saison, la présence de feuilles ou de givre sur les rails oblige les équipes SNCF, c’est-à-dire un conducteur, un agent de circulation et deux personnes équipées de tronçonneuses à cause des chutes d’arbres, à faire un aller avec une rame de 20 wagons à vide (350 t) puis le retour avec seulement 10 wagons pleins (700 t) et à retourner chercher les 10 autres wagons restés en bout de ligne». Pour faire 40 km, les deux locomotives diesel ont un temps de parcours, plus ou moins incompressible, de 2 heures. Sans parler des passages, plus délicats, où les machines semblent s’engager sur du sable ou la pente de la Côte de Feuilles, juste après Guérigny, où l’humidité fait parfois patiner les essieux... Irremplaçable -économiquement- pour l’importance du service rendu aux chargeurs (Axereal et Soufflet), la ligne semble -techniquement- s’être endormie au XIXè siècle quand, à son apogée, les voyageurs pouvaient se rendre de Nevers à Auxerre en moins de quatre heures. Depuis, les risques sont multiples -même s’il n’y a plus de passagers- entre les chutes d’arbres, la présence de bétail, l’affaissement de la voie... sauf de croiser un autre train puisqu’il n’y a qu’une voie et que seuls les convois de grains l’empruntent 2 ou 3 fois par semaine. Raphaël Lefevre, de SNCF Réseaux, confirme que «pour pérenniser cette ligne, il faudrait un investissement important, de l’ordre de 11 millions d’euros, un montant qui n’est à la portée d’aucune des parties concernées (chargeurs, Conseil régional, SNCF Réseaux...)» Et il s’agit là d’une fourchette basse dont la mise en œuvre ne viendrait que rendre acceptable un transport dont les normes européennes et nationales se sont, là aussi, énormément durcies.
2500 camions en plus sur les routes nivernaises ?
Des travaux ont tout de même été réalisés ces dernières années, notamment des plans de voie et des rails soudés sur le tronçon Nevers-Guérigny, mais le problème reste entier au-delà, jusqu’à Arzembouy. Faute d’investissements, le «chemin du grain» semble sur la voie de la fermeture. Et sans doute assez rapidement. Les responsables d’Axereal, qui rencontraient le préfet de la Nièvre le 3 décembre au silo de Pouilly-sur-Loire, s’en sont ouvert à lui. Au-delà de l’impact logistique et financier qu’aurait immanquablement la disparition du Nevers-Arzembouy, pour les collecteurs de grains, c’est tout un problème économique et environnemental qui se poserait. Eric Bertrand, le président de la Chambre d’agriculture de la Nièvre, mobilisé sur le sujet, fulmine : «Quelle est cette habitude de tout vouloir faire remonter par la Région parisienne ? Ce serait cohérent sur un axe Nord-Sud mais là, Axereal et Soufflet exportent vers leurs clients meuniers italiens (ndlr : et vers les Moulins Storione de Marseille ou les ports de Sète et Fos-sur-Mer). Vu l’état de la voie, on n’est pas obligés de faire une ligne à 130 km/h mais il faut absolument pouvoir continuer à faire transiter les quelques 200 000 tonnes annuelles de grains sur cette ligne !» 200 000 tonnes, ce sont plus de 100 trains par an, soit l’équivalent de 2 500 camions qui n’utilisent pas et n’usent pas les infrastructures routières du département. «Je ne veux pas parler au nom de Patrice Joly (ndlr : le président du Conseil général de la Nièvre) mais étant donné le budget départemental des routes, je doute que le Conseil général soit OK pour livrer ses routes à un tel trafic. Et le bois est aussi concerné» insiste le responsable consulaire. A SNCF Réseaux, on tente d’apaiser le débat. «On travaille sur la possibilité de lever encore les fonds nécessaires auprès de l’Agence des infrastructures terrestres (FIT), qui finance des projets de transports terrestres depuis la privatisation des sociétés autoroutières» confie Raphaël Lefèvre. Mais les finances publiques contraintes et l’abandon de l’Ecotaxe -source financière avortée- permettront-ils de sauver la Nevers-Arzembouy ? Et pour combien de temps ? «Les discussions avec l’Etat et avec l’ensemble des partenaires est engagé. Nous entrevoyons une esquisse de solution» essaie de positiver le responsable régional de l’ex-RFF.
La pérennisation de l’exportation des grains nivernais est-elle, encore, sur la bonne voie ?