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Les producteurs français au bord de l’asphyxie

Lait : La goutte amère

A moins de dix-huit mois de la fin des quotas, les producteurs laitiers français se mobilisent une nouvelle fois face à l’attitude de certains transformateurs, accusés de confisquer les hausses à leur seul profit. Nadine Darlot, présidente de la section régionale lait à la FRSEA, en appelle au respect des contrats.
Par Nadine Darlot, présidente de la section régionale FRSEA des producteurs de lait de Bourgogne
Lait : La goutte amère
Alors que les cours mondiaux des produits laitiers sont en hausse les éleveurs laitiers doivent toujours se battre pour «obtenir un prix du lait juste».
A moins de 18 mois de la fin des quotas, la filière laitière est à une période charnière. Elle ne doit pas laisser passer le train.
Quand nos voisins allemands se projettent dans le moyen terme avec des perspectives claires, avec un prix du lait voisin des
400 €/1000l en France il faut qu’un médiateur s’en mêle !

Hier, les entreprises allemandes étaient tenues responsables de la dégradation du prix du lait payé aux éleveurs français qu’attendons-nous aujourd’hui pour suivre la marche à la hausse ?

Pour 2013 les entreprises allemandes ont déjà passé trois hausses de tarif à leurs GMS sans révolution, chez nous, les négociations tarifaires promettent d’être rudes, nul doute que les distributeurs tenteront de se refaire sur le dos de leurs fournisseurs.

En 2009 la DGCCRF a interdit toute concertation dans la fixation du prix pour des règles visant à protéger la concurrence, il est donc nécessaire qu’elle fasse de même aujourd’hui

Les transformateurs ont pu bénéficier dès juin de hausses justifiées accordées par la distribution, destinées à la revalorisation du prix payé aux producteurs, tous n’en n’ont pas vu la couleur !
La loi d’avenir termine de déshabiller l’interprofession, notre seule alternative sera la création d’OP par bassin afin de peser réellement sur la transformation !

Car depuis des mois, certaines entreprises laitières ne respectent pas les contrats. Elles décident du prix sans négociations avec leurs producteurs et utilisent les contrats comme alibi pour payer le lait le moins cher. C’est inacceptable !

[INTER]Le prix du lait ne se décrète pas, il se calcule ![inter]

Les éleveurs laitiers veulent un prix juste, issu du respect de la contractualisation, des indicateurs de marchés et de la médiation des pouvoirs publics, ce n’est pas négociable !

Le prix du lait français entre 2008 et 2013 a évolué de + 6€/1000 l, en Allemagne pour la même période + 26€/1000 l, parallèlement le niveau des charges a évolué de + 22 / 2008
Cherchez l’erreur !

Aujourd’hui certaines entreprises confisquent 10 euros, ce sont deux mois de revenu perdu pour un éleveur, triste record dans un contexte où les coûts de productions sont toujours élevés .
Il n’y a plus beaucoup de marge par rapport aux coûts de productions. Les producteurs ne passent plus économiquement, a constaté Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, lors de la présentation de son rapport le 4 décembre 2013, il a également fait le constat, que la politique des prix bas à la consommation défendu par la grande distribution a atteint ses limites, ce qui n’empêche pas les industriels laitiers d’augmenter leurs marges brutes.
Elles progressent au premier semestre 2013 dans presque tous les secteurs.

La demande mondiale est telle que, malgré des perspectives de croissance de la production, les prix pour le beurre, les poudres, les fromages devraient rester à des niveaux élevés.

Il est temps que le lien de confiance se renoue avec les laiteries. A quand des transformateurs qui ne donnent pas l’impression que les producteurs sont la variable d’ajustement ?

A jouer avec le feu, ils pourraient finir par casser le bel outil français, voir disparaitre un à un leurs producteurs, soit par découragement, soit par contrainte financière !