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Élevage

La Salers tire son épingle du jeu

À Cossaye dans le sud du département, René et Nadine Gonnet élèvent depuis maintenant trente ans des Salers.
Par Céline Clement
La Salers tire son épingle du jeu
Nadine et René Gonnet élèvent quelque 140 Salers à Cossaye, depuis une trentaine d’années.
Des Salers en terre charolaise ? Et pourquoi pas. La Salers, en effet, présente de nombreux avantages, notamment du point de vue du confort de travail. L’expérience de Nadine et René Gonnet, qui travaillent en Gaec sur la commune de Cossaye, près de Decize, en témoigne. Elle d’origine bretonne, lui savoyard, ils sont arrivés il y a de cela trente ans avec 29 vaches Salers et ont depuis largement agrandi leur cheptel.

Ils élèvent aujourd’hui 140 vaches sur un terrain de 186 h. Si «le rendement est plus faible que la charolaise, la viande est plus goûteuse, et mieux valorisée en terme de prix», explique Nadine. Mais ce n’est pas là le seul avantage d’élever des Salers. C’est surtout sur le confort de travail que notre couple est gagnant. «C’est une race rustique comme l’Aubrac. Il n’y a pas besoin d’assistance de vêlage, et il y a moins de frais vétérinaires. Ces races sont moins fragiles et plus résistantes», résume René. «Sur nos 140 vaches, on intervient quasiment jamais», confirme Nadine. «La Salers est très féconde, elle vêle tous les ans et ne perd pas de veau.» Cet atout est d’ailleurs devenu l’argument numéro 1 pour pousser les éleveurs à se lancer.

«Élevez Salers, dormez tranquille»
Qu’est-ce qui a amené, en 1990, René et Nadine Gonnet dans la Nièvre ? C’est un véritable hasard du destin. Car en réalité le couple vivait en Savoie du côté de Chambéry. Mais avec les JO d’Albertville, ils sont tout simplement expropriés. Ils doivent alors trouver d’autres terres agricoles. Ce sera Cossaye, dans la Nièvre, berceau de la Charolaise. «Nous avons créé l’association Salers de Bourgogne et depuis 25 ans la Salers s’est développée. Ce sont surtout des jeunes qui achètent des Salers, ils sont intéressés car ils ont moins de responsabilités, cela leur permet de préserver leur vie de famille. C’est plus simple pour eux de partir en vacances.»

Pas épargnés par la crise
Mais si le confort de travail est meilleur, avec des horaires relativement «standards» et des nuits préservées, les Gonnet n’en sont pas moins touchés eux aussi par la crise. «On a eu de belles années», raconte le couple, «mais la Salers n’a pas été épargnée par les crises successives. Fièvre aphteuse, FCO, vache folle... Aujourd’hui beaucoup diversifient en faisant du bio ou de la vente directe, mais ce sont des marchés de niche qui sont vite saturés.» Pour Nadine et René Gonnet, une seule évidence : «Il faut sauver l’élevage français.» «Nous les éleveurs ne maltraitons pas nos vaches, au contraire. Les L214 et les Vegan nous font beaucoup de mal. Il y a des contrôles, une traçabilité, la viande française est de très bonne qualité. La plupart des éleveurs vivent très mal ce manque de reconnaissance alors que les investissements matériels et humains sont très lourds en agriculture.» Afin de défendre leur métier, Nadine et René Gonnet sont très investis dans la vie publique. Nadine est élue chambre et présidente de Gaec & Société. Tous deux sont membres de la FDSEA 58. «Notre boîte aux lettres est à 900 m de notre maison, alors cela nous permet aussi de voir du monde», plaisantent-ils. Aujourd’hui le couple approche de la retraite et aimerait, trouver, dans les années qui viennent, repreneur. Pas facile, quand on considère les difficultés croissantes du métier. Mais la Salers présente bien des avantages et se prête également bien au bio. «C’est une race qui ne nécessite quasiment pas de vaccins et médicaments. La vache emmène son veau jusqu’au sevrage ce qui est un avantage du point de vue du coût des aliments». En attendant, Les Gonnet sont prêts à accueillir les citadins sur leur exploitation pour montrer eux aussi, que l’agriculture a évolué.