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Rencontre

La Région, invitée à découvrir la réalité des zones intermédiaires

Marie-Guite Dufay, présidente du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, est venue en Côte-d’Or pour écouter et comprendre les attentes d’un monde agricole en souffrance, mais néanmoins porteur de solutions.
Par Berty Robert
La Région, invitée à découvrir la réalité des zones intermédiaires
C’est dans un Gaec de Côte-d’Or situé sur le plateau châtillonnais que Marie-Guite Dufay (au centre) a été conviée par la profession agricole, afin d’avoir une vision concrète des difficultés rencontrées par les exploitations qui opèrent sur les zones int
« Vous devriez venir plus souvent ! Vous faites tomber la pluie ! » Cette remarque dite, sur le ton de la plaisanterie, était adressée à Marie-Guite Dufay, la présidente du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. Effectivement, quelques gouttes ont fait leur apparition à l’arrivée de l’élue au Gaec de la Contrée, dans le village d’Ampilly les Bordes, au nord de la Côte-d’Or, mais elles furent bien timides et vite oubliées. À l’image de la faiblesse des précipitations observées sur ce plateau du châtillonnais depuis des semaines. En ce mardi 25 août, la problématique du manque d’eau figurait en bonne place sur les thèmes inscrits au programme de cette visite, mais elle n’était pas la seule. Répondant à l’invitation de la FRSEA de Bourgogne Franche-Comté, des JA BFC et de la Chambre régionale d’agriculture, Marie-Guite Dufay venait débattre, mais surtout écouter ce que la profession agricole dans son ensemble souhaitait exprimer, à propos des zones intermédiaires (ZI) aux terres à faible potentiel, à propos de la future PAC, du plan de relance… les sujets ne manquaient pas ! Cette rencontre, Christophe Chambon, nouveau président de la FRSEA, l’avait souhaitée dès sa prise de fonction, le 6 juillet dernier, avec son nouveau conseil d’administration. Pour accueillir la présidente, il était entouré de Florent Point (président des JA BFC) et l’évènement a eu lieu en présence de plusieurs présidents de fédérations départementales (Fabrice Faivre, FDSEA21, Damien Brayotel, FDSEA89, Emmanuel Aebischer, FDSEA70, Christophe Buchet FDSEA39), de Christian Decerle, président de la Chambre régionale d’agriculture, de Vincent Lavier, son homologue pour la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or et de nombreux autres responsables d’organisations professionnelles agricoles.

« Problématiques territoriales »
De son côté, Marie-Guite Dufay était entourée de Sophie Fonquernie, vice-présidente du Conseil régional en charge de l’agriculture, de la viticulture et de l’agroalimentaire, et de Michel Halliez, directeur de l’agriculture et de la forêt au sein de la Région. Inviter la présidente de Région n’était pas le fait du hasard : c’était une manière de souligner que les difficultés du monde agricole en Bourgogne Franche-Comté sont, comme le soulignait Christophe Chambon, « des problématiques d’ordre territorial et pas seulement agricole ». Et puis, ne l’oublions pas, la Région est aussi en charge de la gestion de certains fonds européens (Feder, Feader), un aspect à prendre en compte alors que se profile la PAC 2021-2027. Bref : avoir l’oreille de cette collectivité peut s’avérer très utile. Encore fallait-il pouvoir illustrer les difficultés du moment par un exemple concret. Le Gaec de la Contrée, au sein duquel sont associés Clément Babouillard et ses parents permettait à Marie-Guite Dufay de toucher du doigt ce que traverse une exploitation située en ZI (voir encadré). Sur ces zones, en tout cas, comme le soulignait Christophe Chambon, « l’attente d’un rééquilibrage des aides européennes dans la future PAC est forte ». Le fait est que, sur les ZI de Côte-d’Or mais aussi de l’Yonne voisine, depuis 2014, les rendements sont à la baisse. Selon CER France, on n’atteint même pas les 1 000 euros/ha avec les aides découplées, alors qu’on devrait les atteindre sans… Fabrice Faivre a décrit à Marie-Guite Dufay cette « triple peine » que constitue, dans les ZI, la baisse des aides PAC, le changement climatique favorisant les attaques d’insectes ravageurs et l’impossibilité croissante du recours aux matières actives permettant de lutter contre ces insectes. Clément Babouillard est d’ailleurs revenu sur l’exemple des betteraviers qui ont très récemment obtenu le retour de néonicotinoïdes afin de lutter contre des pucerons vecteurs d’une jaunisse qui a ravagé leur culture cette année : « Si nous avions une telle solution pour le colza, on pourrait encore en faire… ».

Une puissance publique qui doit accompagner
Quant à la question de l’eau, Guillaume Moyot, secrétaire général des JA 21 mettait les pieds dans le plat en rappelant qu’il fallait savoir « où l’on voulait emmener l’agriculture », pointant des suppressions dévastatrices d’aménagements sur le lit tout proche de la Seine. La présidente de Région avait été claire d’emblée : « je ne suis pas là pour faire des annonces mais pour travailler avec vous ». Marie-Guite Dufay a néanmoins souligné qu’écouter les agriculteurs et découvrir leur réalité pouvait faire évoluer des points de vue : « Si des solutions existent, certaines réclament du temps pour se mettre en place et il faut voir comment la puissance publique peut prendre en compte ce besoin de temps exprimé par les agriculteurs en souffrance ». L’élue a rappelé l’implication de la Région en matière de communication afin de promouvoir les productions agricoles locales, consécutivement à la crise du Covid. Marie-Guite Dufay, qui se dit pourtant opposée au photovoltaïque au sol, se demandait néanmoins si cela ne pourrait pas constituer une solution, dans des cas de terres à très faible potentiel. Une interrogation prolongée par Sophie Fonquernie qui voit dans les difficultés du moment la possibilité, pour les ZI, de s’engager plus avant dans des solutions expérimentales telles que l’agroforesterie ou des essais de nouvelles variétés de cultures. Encore faudrait-il que le monde agricole puisse les mener sereinement, ces éventuels essais, et plusieurs participants à la journée du 25 août ont rappelé à l’élue que ce n’était pas toujours le cas… « Des solutions, nous en avons, concluait Jacques de Loisy, président de la commission Productions végétales à la FDSEA 21. Mais elles réclament du pragmatisme. Sur le 2ème pilier de la PAC, on peut demander que la Bourgogne Franche-Comté soit mieux dotée. Il faut redonner de l’élan de trésorerie aux exploitations, via la PAC, avant d’enclencher des investissements face au dérèglement climatique. Il y a aussi le projet d’un plan de relance « Protéines » au niveau national qui peut profiter à tout le monde, à condition qu’on accompagne financièrement les exploitants confrontés à des marges brutes en baisse. Il peut constituer un vrai projet d’avenir pour la BFC. Quant aux investissements face au dérèglement climatique, ils peuvent se traduire sur l’agriculture de précision, sur l’eau, sur l’énergie, en accompagnant le financement des raccordements au réseau pour le photovoltaïque par exemple. Enfin, la Région peut aussi réfléchir à l’investissement dans le stockage, à travers un plan bâtiments… » Si Marie-Guite Dufay n’amenait pas la pluie avec elle, elle représentait néanmoins le 25 août une collectivité porteuse de nombreux espoirs.

Une recherche permanente de solutions alternatives

Afin d’expliquer à la présidente de Région les difficultés qui se posent à une exploitation située en zone intermédiaire, Clément Babouillard n’a pas eu besoin d’aller très loin : tout près d’un de ses bâtiments la structure du terrain sur lequel il travaille révèle bien la mince couche de terre, synonyme de potentiel réduit. L’exploitation est en polyculture-élevage sur un total de 620 hectares, dont 580 en cultures. « Nous tentons, précise Clément Babouillard, de compenser la faible rentabilité à l’hectare par une surface plus grande. Face aux pertes de revenus entraînées par le dérèglement climatique et la quasi impossibilité de poursuivre les cultures de colza ou de moutarde, nous tentons de trouver des solutions. Cela peut passer par de la production d’énergie solaire, nous avons aussi un projet de méthanisation, mais ici, une année sur trois, nous avons un revenu négatif ou proche de zéro. Et encore, nous sommes assurés ! ». Pour illustrer son propos l’exploitant explique que la marge nette sur les pois a été, lors de la dernière récolte, de 9 euros par hectare et pour le tournesol, c’est une perte sèche de 50 euros par hectares qui a été enregistrée. Cette année, seul le blé apportera du résultat positif mais ce gain ne suffira pas à compenser les mauvaises performances des autres cultures. Le Gaec cherche par tous les moyens à réduire ses coûts de production, en privilégiant, par exemple, le matériel d’occasion plutôt que le neuf, en pratiquant l’entraide avec ses voisins, mais avec des aides PAC trop faibles et peu de possibilités de modifier l’assolement, le sentiment qui prévaut aujourd’hui est celui d’une impasse.