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Première couvée de l’espace-test agricole de la Baratte

«La pérennité passe par une réflexion élargie»

L’espace-test maraîcher de la Baratte a permis à Guillaume Debeer de réaliser un rêve de gosse. Issu de la première couvée ouverte en 2013, il est désormais son propre patron. Mais si l’essai est transformé, le match est loin d’être gagné.
Par Fabienne Desseux
«La pérennité passe par une réflexion élargie»
Guillaume Debber, espace-test «ici, c’était une friche».
Si l’envie de travailler la terre lui a toujours été chevillée au corps, Guillaume Debeer a attendu longtemps pour la concrétiser. «Mon cadre familial n’est pas du métier. Et sans terre, j’ai vite compris que cela allait être compliqué». Alors, l’enfant de Vézelay, qui a ensuite grandi dans l’Oise, a changé de direction en devenant éducateur. Mais l’idée d’être maraîcher ne faisait que sommeiller et a refait surface au bout d’une dizaine d’années. Il a alors passé un BPREA vivant de petits boulots, faisant les foins ou les récoltes chez des céréaliers. Et c’est par hasard en écoutant la radio qu’il entend l’appel à trouver des candidats pour cet espace-test et s’installe finalement à Nevers. «Ici, c’était une friche pendant vingt ans, une terre riche. Mais durant six mois il a fallu tout installer, on a fait une année blanche». Le Conseil départemental a mis 80 000 euros pour le matériel, les serres et d’une dizaine de légumes, Guillaume Debeer en est aujourd’hui à trente, et a également développé deux vergers. Ces trois années à l’espace-test «m’ont permis de vérifier l’existence d’une clientèle et la couveuse d’entreprises, grâce à une gestion simplifiée, de m’approprier l’outil de décision». Aujourd’hui à son compte, son affaire «La Baratt’ABio» a désormais un employé. Mais si l’expérience a été une formidable opportunité, il pense que la pérennité de son activité et celle de l’espace-test «passe par une réflexion élargie».  

Pérenniser le projet par une volonté politique
L’objectif du projet était de reconstituer à moyen terme une filière locale respectueuse de l’environnement, ce qui est en bonne voie. Mais au bout de ses trois années de test, Guillaume Debber a d’abord dû négocier «pour avoir un bail sur ses terres et ne pas tout recommencer ailleurs» et garder ainsi le sens premier du projet. Mais pour lui, la problématique «est que l’on va vers une concurrence avec les suivants. L’activité bio reste un marché de niche, il n’est pas extensible. Il faudrait organiser une filière, une concertation est obligatoire pourquoi pas une Amap (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne)». Et lorsqu’on lui parle d’avenir, il souligne : «On y arrive quand même, mais je ne sais pas si j’ai les épaules à moyen terme surtout si on reste isolé. Les marchés ne sont pas une fin en soi, ce n’est pas pérenne». Le maraîcher espère donc «qu’au delà du tableau» une volonté politique se mette en place. Pour lui, la piste principale à explorer est celle de la restauration collective : «installer du bio dans les cantines et aussi du coup, former des personnels dans les écoles». Sinon il craint de devoir vendre ailleurs, notamment à Paris où la demande est plus forte. «Mais je préfèrerais que cela bénéficie aux gens du coin». Ce qui, il est vrai, serait en cohérence avec l’esprit de cet espace-test.