La mèche est allumée, qui voudra l’éteindre ?
115 tracteurs, 700 manifestants... les artères de Nevers n’étaient pas assez grandes pour les contenir tous. Paysans et salariés de l’agriculture, de l’agro-fourniture et de l’agro-alimentaire, se sont retrouvés au coude à coude pour défendre un pan essentiel de l’économie rurale.
C’est du jamais vu dans une manifestation agricole que d’avoir rassemblé sous une même bannière des agriculteurs, des commerciaux en agro-équipement, des salariés de négoces, de coopératives, la Fédération des marchands de bestiaux, des représentants du marché au cadran... tous directement liés à l’activité agricole. Quand l’agriculture tousse, les entreprises agricoles, para-agricoles et agro-alimentaires s’enrhument. La crise du revenu agricole et les cessations d’activité qu’elle pourrait engendrer avec la perte de centaines d’emplois sur les territoires concernés, inquiète tous les acteurs de l’économie rurale liée au secteur agricol. Alors ils ont tous répondu au mot d’ordre de la FDSEA et des JA : syndicalistes et non syndicalistes, salariés et exploitants, côte à côte, pour défendre leur métier, leur avenir et réaffirmer leurs convictions.
Une colère difficilement contenue
Dans la matinée, les différents points ciblés par la colère paysanne ont été visités, symboliquement enserrés par des clôtures pour certains et, si les dégâts occasionnés par l’échauffement des esprits sont restés contenus, certaines maladresses administratives, rapidement divulguées, n’ont pas joué en faveur de l’apaisement. Il en va ainsi de l’annonce pendant la manifestation de la visite de deux nouveaux contrôleurs sur une exploitation déjà visitée la veille (avec une résistance au contrôle largement médiatisée), en contradiction avec les engagements pris. Information ou rumeur ? Difficile dans le cadre d’une manifestation de vérifier la véracité des faits, mais les esprits s’échauffent vite à de telles annonces.
115 tracteurs et plus de 700 personnes ont ainsi convergé depuis différents points névralgiques de Nevers vers la place de la Résistance, non sans avoir fait quelques arrêts bruyants et quelques fois salissants, à l’Onema, à l’inspection du travail, à la Direccte, à la DDT, la DSV... tous services de l’État symbolisant pour les manifestants la pression devenue «insoutenable» de contrôles et d’une réglementation subie comme «une entrave à la liberté de travailler et de produire».
A l’heure des discours et alors que Michèle Kiry, la préfète et Patrice Joly, le président du Conseil général, montaient à la tribune, «la tension était perceptible» selon les représentants professionnels présents, qui peinaient à canaliser la colère accumulée. Et l’absence très remarquée du Conseil régional n’était pas faite pour calmer les esprits.