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Sous les feux croisés du gouvernement, des industriels et des producteurs

La grande distribution assouplit sa position

Pouvoirs publics, industriels et agriculteurs ont constitué un triple front pour amener les grandes enseignes de distribution à assouplir leur position dans la conduite de leurs relations commerciales avec les fournisseurs. Le Salon de l’agroalimentaire (Sial) a d’ailleurs été l’occasion d’enfoncer le clou et, le 23 octobre, lors d’une réunion organisée au ministère de l’Agriculture, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron a brandi la menace de contrôles renforcés sur les abus de position.
Par D’après AGRA
La grande distribution assouplit sa position
Les relations difficiles qu'entretiennent les distributeurs avec les agriculteurs semblent vouloir s’apaiser.
La réunion du 23 octobre organisée par les ministres de l’Agriculture, de l’Économie et du Commerce va-t-elle marquer un tournant dans les relations difficiles que les distributeurs entretiennent avec les industriels et les agriculteurs? Aucun engagement ferme n’a été pris, mais le ton était néanmoins à la conciliation. La présence et les propos du ministre de l’Économie, n’y sont pas étrangers et la menace d’un renforcement des contrôles et de la saisie de l’Autorité de la concurrence non plus. Emmanuel Macron a ainsi appuyé sur une corde sensible. Pour les distributeurs, le terrain commence à être sérieusement miné, d’autant que les nombreux contrôles menés cet été ont relevé nombre d’irrégularités énumérées dans un rapport transmis au ministre. Emmanuel Macron a aussi rappelé la grande attention que ses services portent au CICE (crédit d’impôt emploi compétitivité) et a prévenu la grande distribution qu’il n’était pas question que l’impact de ce dispositif chez les fournisseurs soit pris comme prétexte pour faire baisser les prix. Message bien reçu par la distribution et message bien entendu par les industriels, qui attendent aussi beaucoup du comité de suivi des relations commerciales décidé par le ministre lors de cette réunion du 23 octobre.

Les professionnels, sans illusions mais rassurés...
Quelques jours auparavant Manuel Vals en visite au Sial avait aussi brandi la menace de sanctions si des relations commerciales abusives étaient avérées, s’élevant contre «un risque de spirale perdant-perdant» dans le contexte actuel de guerre des prix entre les grandes enseignes de la distribution, qui pèse sur l’amont et «menace l’emploi». «Le gouvernement est décidé à appliquer toutes les dispositions de la nouvelle loi de consommation, la loi Hamon» a asséné le Premier ministre.
Même engagement le lendemain de Stéphane Le Foll, devant les Assises de l’Ania, où il a annoncé également qu’il comptait promouvoir l’étiquetage des produits d’origine France et inciter, via un guide de bonnes pratiques, la restauration collective à augmenter la part des produits français dans ses menus.
La tactique de l’encerclement semble avoir été payante puisqu’elle a contraint les distributeurs à changer de ton. Elle témoigne aussi de prises de positions politiques en cohérence avec la volonté gouvernementale affichée par Manuel Vals de soutenir le résultat des entreprises, en vue de créer des emplois plutôt que d’en supprimer au nom des prix bas.
Sans se faire trop d’illusions, les professionnels semblent plutôt rassurés. Coop de France apprécie ainsi la volonté gouvernementale d’une «application stricte de la loi, d’un renforcement des contrôles et des sanctions, mais également la mise en place d’un dialogue visant à apaiser les relations commerciales». Mais, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, dans le même temps, Coop de France créée un pôle agroalimentaire pour justement peser davantage sur les distributeurs.
Le temps est donc à l’apaisement, constat partagé par tous, y compris Xavier Beulin, le président de la FNSEA. Le président de l’Ania y voit «une volonté de changement d’état d’esprit», mais estime cependant «que la loi Hamon n’est déjà plus adaptée à la nouvelle situation. La concentration s’est poursuivie. La loi ne va pas assez loin» et anticipe déjà la réflexion sur une nouvelle loi.
En attendant que des actes confirment les postures, cette année encore, les patrons des entreprises, qu’elles soient grandes ou petites, vont toujours autant redouter le passage dans les «boxes» de Carrefour, Leclerc ou Auchan.