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Élections des 23 et 30 mars

La fonction de maire n’a plus la cote...

Les élections municipales des 23 et 30 mars constituent un véritable défi de représentation pour les communes des territoires ruraux. La difficulté à constituer certaines listes et à mobiliser les candidatures traduit le malaise de la représentation communale. Dans les petites communes les charges de la fonction pèsent plus lourd que les maigres avantages de la représentation.
Par Anne-Marie Klein
La fonction de maire n’a plus la cote...
Dans tous les départements, des communes ont peiné à recruter des candidats et certaines zones s’en trouvent complètement dépourvues.
La défection des candidats dans certaines petites communes rurales a révélé le grand malaise des maires ruraux. Dans tous les départements, des communes ont peiné à recruter des candidats et certaines zones s’en trouvent complètement dépourvues. Pour l’association des maires ruraux de France, il faut voir là l’effet de [I]«l’accumulation des difficultés rencontrées par les candidats aux élections municipales»[i]. Ce scrutin 2014 impose en effet la l’obligation de déclaration de candidature aux candidats des petites communes et la parité hommes-femmes pour les communes de 1000 habitants et plus. On peut aussi expliquer ces difficultés à “recruter” par une défiance croissante vis-à-vis des élus et des politiques dans leur ensemble et à une désaffection pour l’engagement au service du collectif. La montée de l’individualisme dans une société basée de plus en plus sur l’avoir et le paraître plutôt que l’être, produit là aussi ses effets. En tout cas, sur l’ensemble du territoire national, 64 communes n’ont pu mobiliser aucun candidat. C’est une première et un symptôme inquiétant, car les communes dans lesquelles aucun candidat ne s’est présenté devront en dernière instance, après un intérim assuré par le préfet du département, fusionner ou être dissoutes.

[INTER]Une charge de plus en plus lourde[inter]
Certains maires estiment de fait la charge de plus en plus lourde, surtout dans les petites communes rurales dotées de moins en moins de moyens et de pouvoirs. Le poids des intercommunalités se fait sentir, le vrai pouvoir de décision est là désormais. Or, l’activité de maire d’une commune rurale demande beaucoup de temps, compte-tenu de l’alourdissement des contraintes administratives et du manque de moyens financiers pour se doter d’un personnel administratif suffisant. Le maire aussi est souvent pris à parti, traité comme un bouc émissaire par des administrés qui ne mesurent pas toujours l’ampleur de la tâche compte-tenu du manque de moyens.

[INTER]Premier magistrat de la commune et médiateur[inter]
Le quotidien d’un maire est lourd: premier magistrat de la commune il doit régler les conflits d’usage, veiller à la sécurité, voire sa responsabilité de plus en plus souvent engagée. Il n’est pas toujours facile non plus de faire cohabiter des populations aux intérêts divergents. Les néo-ruraux déconnectés de la vie de la campagne doivent trouver leurs marques et se confronter aux vraies réalités de la campagne, les ruraux de souche et les agriculteurs en particulier doivent aussi apprendre à composer avec ces nouveaux installés. Le maire doit savoir endosser le costume d’un médiateur pour éviter que ne dégénèrent certains conflits d’usage. Le manque de moyens financiers impose des arbitrages parfois conflictuels, vaut-il mieux restaurer l’église ou entretenir la voirie ?
Face à la solitude, au dénuement de certains administrés le maire peut aussi se retrouver démuni, financièrement et humainement...

[INTER]Le défi de la représentation des agriculteurs[inter]
Signe de ce mal être des zones rurales, le redécoupage des territoires ruraux a suscité de vives oppositions, certains estimant comme François Sauvadet, président du Conseil général de Côte d’Or que [I]«la réforme des élections cantonales signe la mort de la représentation des territoires ruraux»[i]. Au-delà du contexte politique, le sentiment d’abandon des espaces ruraux est bien réel et pèse sur ces élections municipales. Dans ces conditions, la représentation des agriculteurs s’apparente à un véritable défi, d’autant qu’ils sont de moins en moins présents dans les organes décisionnels des communes.
L’initiative de Xavier Beulin, engageant les agriculteurs à se présenter aux élections municipales est nouvelle, mais elle traduit bien la spécificité du mandat municipal. Un mandat qui concerne la vie quotidienne des ruraux autant que des agriculteurs et où la représentation de ces derniers est en chute libre. Les agriculteurs s’ils veulent continuer à exercer leur métier dans de bonnes conditions doivent défendre leur place dans les communes et leurs instances de décision, c’est tout le sens de l’appel de la FNSEA. Il suffit de voir l’aberration de certains aménagements communaux pour s’en convaincre aussi.

Pas de candidats, pas d’élection et une commune reprise en main...

En l’absence de candidats, pas d’élection... Le Préfet nomme par la suite une délégation spéciale chargée d’organiser de nouvelles élections. Dans l’hypothèse de blocages répétitifs, le Préfet pourrait engager la procédure de dissolution de la commune par fusion. Cette délégation spéciale est composée de trois membres pour les communes de moins de 35 000 habitants et de sept membres au maximum pour les communes de plus de 35 000 habitants. La délégation élit en son sein un président qui remplit les fonctions de maire, ses pouvoirs se limitant aux actes de pure administration conservatoire et urgente de la commune (ce qui exclut notamment, la préparation du budget communal). En pratique, la délégation spéciale a surtout pour mission d’organiser de nouvelles élections pour remédier à la situation de blocage de la vie communale. Dans l’hypothèse d’un blocage total, à répétition, le Préfet sera contraint d’engager la procédure de dissolution de la commune par fusion avec d’autres communes.