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Marion Leseur

De Harley Davidson à la ferme de Planfort

Elle ne pensait pas reprendre un jour l’exploitation familiale. À l’aube de son installation, Marion Leseur, ex-commerciale chez Harley-Davidson, ex-salariée de Lacoste, projette la ferme fondée par ses grands-parents dans une nouvelle dimension.

Par Émeline Durand
De Harley Davidson à la ferme de Planfort
La Revue agricole de l'Aube
« Quand on n’est pas fort, il suffit d’être intelligent, sourit la jeune femme. Au lieu d’être en mode gros bras, je regarde des astuces d’autres éleveuses dans la gestion du troupeau ».

Elle aurait pu travailler encore quelques années chez le constructeur des mythiques motos Harley Davidson comme commerciale. Peut-être même aussi pour la marque de textile auboise Lacoste où elle a appris la comptabilité et la gestion. Mais c’est un tout autre chemin que Marion Leseur s’apprête à emprunter. Portée par le même enthousiasme que dans ses précédentes expériences professionnelles, la trentenaire se prépare à reprendre l’élevage de Limousines et la pension de chevaux de ses parents à la ferme de Planfort, à Brévonnes (Aube). Un lieu qu’elle adore. « J’ai toujours eu un pied dans la ferme avec les chevaux », raconte cette « apprentie éleveuse ».
Prendre la suite n’était pourtant pas joué d’avance. Aucun de ses deux grands frères ne souhaitait s’installer, pas plus qu’elle. C’est que la ferme a connu de près au début des années 2000, l’épisode de la vache folle. Un traumatisme. « Et puis, confie la jeune femme, je pensais qu’il fallait être deux comme mes grands-parents, comme mes parents, pour travailler sur l’exploitation ». Aujourd’hui, pourtant, Marion Leseur se sent capable d’assumer seule, l’élevage de bovins allaitants couplé à la pension. Surtout, cette reprise lui apparaît maintenant comme une évidence. « Il était hors de question de laisser la ferme à quelqu’un d’autre. J’ai mûri. Grâce à mes différents postes, j’ai acquis des compétences transverses dans la gestion, le commercial, l’administratif… L’opérationnel, la conduite de tracteur, la gestion des animaux, ça s’apprend ».

La ferme, une marque

Ce sont ces compétences techniques, donc, auxquelles l’éleveuse se forme. Actuellement en BPREA à distance, elle prépare sa reconversion aux côtés de son père, Xavier. Sur le papier, c’est une candidate à la reprise. Dans les faits, elle occupe déjà grandement le terrain à la ferme pendant ses périodes de stage. Quarante-cinq vêlages de Limousines, une race inscrite au Heard book, le registre de la préservation de la race, une douzaine de chevaux en pension. En plus de faire monter en puissance le centre équin, développer la génétique en vendant davantage de reproducteurs, l’ex-commerciale a aussi eu une idée : réunir l’ensemble des activités de l’exploitation sous une marque : La Ferme de Planfort. Avec un logo que l’éleveuse affiche déjà fièrement sur sa veste.
Pour faciliter son quotidien, Marion Leseur réfléchit à automatiser certaines tâches. Quand on est une femme, gérer seule des vaches de plus de 600 kg nécessite de trouver d’autres ressources que la seule force physique. « Quand on n’est pas fort, il suffit d’être intelligent, sourit la jeune femme. Au lieu d’être en mode gros bras, je regarde des astuces d’autres éleveuses dans la gestion du troupeau comme la psychologie des bovins ».

Réseau d’entraide

Au cœur de l’étable, ses animaux ont pour la plupart un nom. Une proximité dont elle ne se cache pas. Aujourd’hui la jeune éleveuse se sent légitime, y compris en tant que femme. Elle ne regrette pas le confort du salariat, ne craint ni la masse de travail, ni la solitude. Et puis, glisse-t-elle, « il y a des choses simples que l’on faisait dans l’ancien temps, accepter le petit coup de main ». La future agricultrice se verrait bien développer un réseau d’entraide. Avec des agriculteurs voisins. Avec sa cousine peut être aussi, qui s’installe sur une exploitation non loin de là, à Yèvres-le-Petit. Être une femme seule, sur l’exploitation ne lui fait pas peur. Au cœur de la ferme, isolée du village, la cadette aurait pu vivre dans la maison de ses parents, qui envisagent de se rapprocher prochainement des facilités de la ville. Mais c’est dans celle de ses grands-parents, l’antre du corps de ferme, qu’elle a choisi de s’installer. Très attachée, confie-t-elle, au lieu qui l’a vu naître, la demoiselle de Planfort, comme la surnommait affectueusement son grand-père, prendra ses quartiers cet automne.