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Matériaux

La construction en bois, un secteur d’avenir

Avec 16,7 millions d’hectares de forêts, soit 31 % du territoire métropolitain, la France dispose de la quatrième plus grande surface forestière d’Europe, qui permet de répondre aux enjeux climatiques et à ceux de la construction bois. Une filière structurée, au rôle environnemental indéniable, qui permet d’aménager les territoires de manière durable. Malgré un contexte tendu pour le bâtiment, la construction bois confirme sa résilience et se prépare pour l’avenir.

Par Charlotte Bayon
La construction en bois, un secteur d’avenir
Pixabay / Jean-Louis Servais
Avec 16,7 millions d’hectares de forêts, la France dispose de la quatrième plus grande surface forestière d’Europe.

Vingt-six milliards d’euros de valeur ajoutée, soit 1,1 % du PIB national, la filière forêt-bois mobilise près de 455 000 emplois directs et indirects, soit 12,4 % des emplois industriels français. En région Auvergne Rhône-Alpes, elle s’appuie sur un tissu dense et structuré, comptant 341 entreprises actives, près de 4 900 salariés et un chiffre d’affaires estimé à 740 millions d’euros, plaçant la région au troisième rang national, derrière la Nouvelle-Aquitaine (2,9 millions d'hectares de forêts, soit 17 % de la forêt nationale) et l'Occitanie (2,6 millions d'hectares boisés). Qu’il s’agisse de maisons individuelles, de logements collectifs, d’extensions, de surélévations ou de bâtiments tertiaires, cette diversité illustre la montée en puissance du bois et la modernisation du secteur pour l’ensemble des types de construction.

Une filière résiliente

Les deux dernières années ont été marquées par une baisse significative de la construction en neuf. Les raisons avancées sont diverses. Hausse des taux d’intérêt et des coûts, durcissement de l’accès au crédit, instabilités réglementaires (notamment sur la sécurité incendie) et politiques et difficultés de recrutement sont les principales. Pour autant, Jean-Pierre Mathé, prescripteur bois-construction et chargé de projet chez Fibois Auvergne Rhône-Alpes, assure que la filière a su faire preuve de résilience face aux difficultés en diversifiant notamment ses savoir-faire. « Aujourd’hui, les professionnels de la filière bois sont performants pour la charpente, mais également tout type de construction, de la maison individuelle jusqu’au logement collectif, en passant par des équipements publics ».

De multiples atouts

En effet, au-delà de ses avantages économiques, le bois est indubitablement un matériau indispensable pour faire face aux enjeux climatiques. Renouvelable, recyclable et réemployable, il présente un faible impact environnemental et contribue au stockage du carbone, tout en améliorant les performances énergétiques des bâtiments en construction bois. Les chantiers bois sont plus rapides, les nuisances et les déchets sont réduits et ce type de construction ne nécessite pas d’eau. L’architecture est plus libre et s’intègre plus facilement dans les territoires.

Bois biosourcé

À cela, s’est ajouté, en 2022, un cadre réglementaire de plus en plus favorable aux matériaux à faible impact environnemental : la RE2020. « La réglementation environnementale a franchi de nouveaux paliers et elle impose d’utiliser des matériaux moins énergivores. Les matériaux biosourcés, le bois en particulier, ont un véritable avantage de ce côté-là, d’autant plus que son image est déjà positive », souligne le spécialiste. Cette nouvelle réglementation a permis de renforcer l’utilisation de bois en construction. « Grâce à ces nouvelles normes, les entreprises en bois ont pu valoriser leurs solutions constructives et cela concerne beaucoup de maillons de la filière. Les entreprises de première transformation se sont beaucoup modernisées, ont investi énormément. Un travail de fond a également été opéré par Fibois, en ce qui concerne la sensibilisation, la formation des acteurs et la communication », explique Jean-Pierre Mathé. Dans la dynamique de la stratégie nationale bas carbone, qui prévoit la décarbonation du secteur du bâtiment d’ici 2050, Fibois a d’ailleurs mis en place le pacte bois biosourcé, un outil de développement qui s’adresse aux maîtres d’ouvrage, dans le but de massifier les recours aux matériaux biosourcés. Ainsi, collectivités, bailleurs et promoteurs intègrent progressivement davantage de bois dans leurs projets, tout comme les maîtres d’ouvrage et architectes, de plus en plus convaincus par des solutions constructives plus sobres et durables.

Se préparer pour l’avenir

« Aujourd’hui, les entreprises de la construction bois affichent des carnets de commandes bien remplis, souvent sur un délai entre huit et quatorze mois, et abordent l’avenir avec une confiance mesurée. Les investissements se poursuivent, notamment dans la modernisation des outils de production et l’industrialisation, avec le développement de produits techniques comme les panneaux structurels ou le bois lamellé », assure Jean-Pierre Mathé. Le seul point de vigilance, selon lui, reste celui de l’emploi. « C’est un vrai sujet. Les entreprises ont du travail, souhaitent recruter, mais peinent à trouver de la main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les bassins d’emploi déjà tendus ». Dans un contexte de transition écologique et d’adaptation au changement climatique, la filière forêt-bois devra également poursuivre ses efforts pour renforcer la résilience des forêts et valoriser au mieux la ressource en bois.

Fibois Aura
Jean-Pierre Mathé, prescripteur bois-construction et chargé de projet chez Fibois Auvergne-Rhône-Alpes.

Réduire l’impact de la construction grâce au réemploi

Réduire l’impact de la construction grâce au réemploi
Eco’mat 38
Exemple de réemploi de bois de ferme, pour créer un abri pour vélos.

Alors que le secteur du bâtiment génère encore près de 42 millions de tonnes de déchets par an, la pratique du réemploi des matériaux s’impose comme une piste majeure pour réduire l’impact environnemental et modifier les façons de construire. En s’appuyant sur le bâti existant, sur le diagnostic des matériaux et sur les outils numériques, la filière bois dessine une nouvelle manière de construire, à la fois plus sobre et plus résiliente.

Donner une seconde vie au bois, c’est le projet lancé en 2020 par Fibois, à travers une feuille de route pour structurer une nouvelle façon de bâtir, du diagnostic du bâti existant jusqu’à son réemploi dans de nouveaux projets. Longtemps centrée sur la production en neuf, la filière du bâtiment est aujourd’hui appelée à changer son fusil d’épaule, notamment face au réchauffement climatique qui fragilise la ressource en bois. Ainsi, pour Fibois, le futur de la construction passera par une meilleure valorisation de la ressource déjà existante. Cette approche répond à un double enjeu : réduire l’empreinte carbone du secteur et limiter la consommation de ressources neuves.

Construire demain

Le réemploi en construction bois ne se résume pas à un travail de substitution entre matériaux neufs et ceux déjà utilisés : c’est un réel travail d’anticipation qui s’opère, dans une vision plus vaste de la pratique architecturale. Ainsi, le réemploi nécessite une anticipation dès la conception, avec une attention portée à la traçabilité des matériaux utilisés ainsi qu’à la qualité des matériaux qui auront vocation à être réemployés. Il peut s’agir de structures, telles que des poutres, des solives ou des charpentes, tout comme des composants secondaires (platelages, menuiseries, parements). Le bois se prête d’ailleurs particulièrement bien à ce système de réemploi, grâce à sa légèreté et sa capacité à être démonté et transformé, tout en conservant ses propriétés mécaniques et environnementales, contrairement à d’autres matériaux. Cette réhabilitation permet également de prolonger le stockage de carbone déjà effectué, tout en évitant les nouvelles émissions entraînées par la construction en neuf. En France, malgré un fort potentiel, le réemploi reste encore trop peu pratiqué : d’après une étude de l'Institut technologique Forêt Cellulose Bois construction Ameublement (FCBA), seulement 2,5 % des déchets bois issus du bâtiment sont aujourd’hui réutilisés.

Un nouveau regard sur la construction

D’après Fibois, afin de développer le réemploi en construction bois, il convient d’opérer une réflexion plus profonde sur la construction et de changer son regard sur la culture du projet de construction : au-delà de la technicité, il s’agit de projets complexes, puisque travailler avec les ressources existantes implique des contraintes. D’après Fibois, « La réhabilitation permet de valoriser l’existant, de prolonger la vie d’un lieu. En milieu rural, cette démarche prend une dimension particulière : on assiste à un fort exode rural qui vide les centres historiques riches en bâtiments porteurs de mémoire et d’identité. Réhabiliter, c’est aller contre l’oubli, c’est préserver et perpétuer la mémoire d’un lieu ». Les concepteurs doivent donc adopter une nouvelle approche de la construction, tout en valorisant les savoir-faire locaux et les circuits courts. Malgré les freins (réglementation, assurances), les expérimentations naissent petit à petit sur le territoire et commencent à structurer la filière du réemploi. Cette structuration, d’après Fibois, passe également par une sensibilisation des acteurs, leur formation, la mise en place d’outils et de méthodologies, une coordination claire entre maîtres d’ouvrage, bureaux d’études et entreprises, ainsi qu’un soutien réglementaire afin de lever certains freins techniques et juridiques.