Blocages des grandes surfaces dans la Nièvre
La colère des éleveurs
Vendredi dernier, 3 juillet, de nombreux éleveurs du département ont mené, à l’aube, une action coup de poing en direction d’une quinzaine de supermarchés, d’enseignes différentes et bien connues des consommateurs.
L’accord interprofessionnel entre les éleveurs, représentés par le réseau FNSEA/JA, les abatteurs et les distributeurs, qui avait été trouvé au ministère de l’agriculture le 17 juin dernier prévoyait, entre autres mesures, une augmentation hebdomadaire de 5 centimes du kilo de viande payée aux éleveurs, jusqu’à ce que ces derniers couvrent enfin leurs coûts de revient. Sauf que près de quinze jours après, dans toute la France, les dits éleveurs n’ont pas vu le bout de cette hausse de leurs revenus. Et la colère a monté. Au plan national, la FNSEA a lancé un mot d’ordre «pour une nuit de la détresse en élevage», qui a eu lieu le 2 juillet au soir dans toute la France. Dans la Nièvre, des éleveurs de tout le département ont préféré le petit matin du 3 juillet pour mener une action simultanée dans une quinzaine d’enseignes de distribution du département. A 6 h, arrivant de leurs fermes, les manifestants, au volant de leurs tracteurs équipés de remorques remplies de fumier, ont investi, à Nevers (Géant Casino, Carrefour Marzy), à Decize, à Cosne-sur-Loire, et à Corbigny, les parkings des supermarchés. L’objectif était de déverser le contenu sur les charriots entreposés dans les guitounes, afin de perturber voire empêcher les consommateurs de venir faire leurs courses ce jour-là. Mené avec plus ou moins de zèle et de détermination, ce mouvement de colère qui sonne comme un «premier avertissement» face à la mauvaise volonté des distributeurs, révèle toute la détresse de la profession. Le 30 juin, les syndicats ont constaté que «malgré les blocages d’abattoirs et l’engagement de la filière à faire passer des hausses de prix sur toutes les catégories d’animaux, les dernières cotations restreignent les hausses aux seules vaches et génisses». Et rien d’autre. De fait, vendredi dernier, avant de déverser le fumier, les éleveurs ont cherché à obtenir des explications de la part des responsables de magasins. Calmement. Si au Géant de Nevers, Didier Ramet a pu s’entretenir avec le directeur qui a fait chercher un panonceau indiquant les derniers accords aux clients, mais qui n’était pas encore affiché, les réactions ont été diverses selon les endroits. A Decize, les esprits se sont tellement échauffés qu’un responsable d’enseigne a même sorti un fusil. A Château-Chinon, Michel Prévotat a pu être reçu par le directeur du supermarché Attac, sans que les tracteurs n’interviennent. Pour autant, l’action coup de poing, aussi spectaculaire ait-elle pu être, s’est terminée en moins d’une heure. Les syndicats majoritaires entendent graduer la montée en pression sur la grande distribution qui, «si elle passe les hausses de prix, sera rejointe par les abatteurs». Les prochaines cotations donneront le ton. Vendredi, à 7 h, les employés des grandes surfaces redoublaient d’efforts pour nettoyer les stigmates de la contestation et ouvrir les portes comme chaque jour. Le lendemain, des clients soulignaient les effluves de fumier qui les accueillaient à l’entrée du Carrefour de Marzy, sous le soleil et en pleine chaleur... Une façon d’attirer leur attention sur la nécessité d’un prix juste, qui rémunère correctement le travail des producteurs.