Une délégation ministérielle en Bourgogne
La Chine, marché porteur pour la viande Charolaise?
Jiang Yaoping, vice-ministre du commerce de la République populaire de Chine, accompagné d'une délégation d'une quinzaine de membres, est venu, les 18 et 19 juillet en visite en Bourgogne. Reçue par les professionnels du Charolais puis des vins de Bourgogne, la délégation représentait les intérêts des 60 millions de Chinois de la classe moyenne, dont le mode de vie se libéralise et tend à copier le modèle européen. Des contrats pourraient en découler très rapidement.
Officiellement, la délégation chinoise est venue en Bourgogne pour [I]«observer et dupliquer le système impressionnant de sécurité sanitaire et de traçabilité que vous avez en Europe et en France»[i] selon le vice-ministre Jiang Yaoping, dans un français hésitant. Officiellement, donc, la délégation chinoise s'est intéressée le 18 juillet à la filière bovine charolaise, en étant reçue d'abord dans les abattoirs du groupe Bigard à Cuiseaux, puis dans l'après-midi par les représentants de la race charolaise à l'agropôle du Marault de Magny-Cours. Là, Michel Baudot, le président du Herd Book Charolais, traduit par une interprète, a retracé l'historique de la reine blanche, ses atouts économiques et d'élevage, les qualités de sa viande, ou encore ses expériences récentes en matière d'export, que ce soit en Russie ou au Kazakhstan... Avec une perche tendue aux invités du jour: [I]«et pourquoi pas en Chine où nous pourrions vous accompagner pour réussir les conditions d'un développement»[i]. Officiellement toujours, entre les échanges de cadeaux, dont la diplomatie chinoise sait faire preuve avec beaucoup de méticulosité, et le diner, tout aussi officiel, le vice-ministre venu de Pekin et ses compatriotes ont apprécié, en toute humilité, l'accueil qui leur a été réservé.
[INTER]Marché de 60 millions de cadres supérieurs[inter]
Ce qui est moins officiel, en revanche, et en tout cas peu vanté par les Chinois, c'est que ce pays d'1,3 milliards d'individus, qui vit sous le régime d'une des dernières dictatures communistes, s'est libéralisé économiquement comme aucun autre depuis dix ans. Sans tabou. A elle seule, la classe moyenne naissante représente près de 60 millions d'individus, à fort pouvoir d'achat et capable de tout se payer. Et le régime est aux petits oignons pour cette nomenklatura en pleine expansion. Comme par exemple, de lui offrir (ndlr: les marchés sont gérés et contrôlés par le gouvernement loin de toute logique d'économie de marché) «de la viande de haute qualité » selon Benoît Bidault Boone, qui se présente comme un homme d'affaires (exportateur de matières premières dans le monde), originaire d'Autun (71), et entremetteur des officiels chinois. Jusqu'à maintenant, 80% de la viande bovine consommée en Chine est importée d'Australie et n'a pas l'image de prestige des produits français. C'est là qu'interviennent les professionnels Bourguignons. Devant ces appétits de consommation, des marchés seraient bientôt à prendre. « La Chine, avec une croissance à deux chiffres, qui détient 80% des réserves de monnaie mondiales, serait prête à investir 250 milliards dans l'industrie agro-alimentaire d'ici cinq ans ». 250 milliards d'euros: un gâteau géant, par ces temps de disette économique et financière mondiale, que l'entremetteur de Saône-et-Loire compte bien faire partager aux professionnels de la viande et aux vignerons bourguignons. « C'est aujourd'hui le D-day, le début d'une aventure qui peut se traduire en contrats très rapidement » dit Benoît Bidault. Lui-même ainsi qu'un avocat inscrit au barreau de Paris, Louis Nusimovici, ont même créé une plateforme logistique afin de dénouer les fils des relations économiques, juridiques et administratives entre les deux pays.
[INTER]Jackpot ou chimère?[inter]
Réputés difficiles en négociations et ce [I]«même si ce n'est pas le prix qui compte»[i] (le luxueux bœuf de Kobé remporte un succès énorme en Chine), les Chinois n'en disent pas plus. Le contact est établi, un point c'est tout. La diplomatie économique reprendrait ses droits en passant des accords, ou pas, sur des volumes, des termes pérennes (à 3, 4 ou 5 ans), et une qualité. Si contrats il doit y avoir, l'homme d'affaire-entremetteur d'Autun conseillerait sans doute les professionnels, à commencer par le groupe Bigard, dont les méthodes de travail pourraient être amenées à changer pour s'adapter à la demande... Si on parle ici de milliers de tonnes de viande (rien n'est encore décidé ni même énoncé par les intéressés), M. Meunier, directeur de la région Est du groupe de transformation de viande, s'interroge tout de même sur la faisabilité d'un tel miracle chinois. Devant l'enthousiasme de Benoît Bidault et de l'avocat parisien pour l'Empire du milieu, il ne reste pas de marbre. Mais il s'interroge: [I]«Est-ce que nous avons touché le jackpot au loto? Il faudrait que mon groupe s'accorde avec nos banquiers et que les financiers chinois s'engagent sur des volumes à terme. Nous devrions adapter notre outil en fonction de la demande, sachant que nous avons des structures à faire tourner pour rentabiliser nos investissements, et surtout que le prix soit en rapport avec ce que demandent les éleveurs, c'est-à-dire un revenu minimum indexé sur les coûts de production, comme nous l'avons bien vu durant la crise de l'élevage»[i]. A en croire les intermédiaires, cette logique, par ailleurs de rigueur dans une économie européenne exsangue, serait complètement obsolète face aux raisonnements d'approvisionnement de l'àtat chinois. Si le papillon chinois se met à tourner autour du bœuf, la fourmi bourguignonne se lèvera-t-elle à l'Est?
[INTER]Marché de 60 millions de cadres supérieurs[inter]
Ce qui est moins officiel, en revanche, et en tout cas peu vanté par les Chinois, c'est que ce pays d'1,3 milliards d'individus, qui vit sous le régime d'une des dernières dictatures communistes, s'est libéralisé économiquement comme aucun autre depuis dix ans. Sans tabou. A elle seule, la classe moyenne naissante représente près de 60 millions d'individus, à fort pouvoir d'achat et capable de tout se payer. Et le régime est aux petits oignons pour cette nomenklatura en pleine expansion. Comme par exemple, de lui offrir (ndlr: les marchés sont gérés et contrôlés par le gouvernement loin de toute logique d'économie de marché) «de la viande de haute qualité » selon Benoît Bidault Boone, qui se présente comme un homme d'affaires (exportateur de matières premières dans le monde), originaire d'Autun (71), et entremetteur des officiels chinois. Jusqu'à maintenant, 80% de la viande bovine consommée en Chine est importée d'Australie et n'a pas l'image de prestige des produits français. C'est là qu'interviennent les professionnels Bourguignons. Devant ces appétits de consommation, des marchés seraient bientôt à prendre. « La Chine, avec une croissance à deux chiffres, qui détient 80% des réserves de monnaie mondiales, serait prête à investir 250 milliards dans l'industrie agro-alimentaire d'ici cinq ans ». 250 milliards d'euros: un gâteau géant, par ces temps de disette économique et financière mondiale, que l'entremetteur de Saône-et-Loire compte bien faire partager aux professionnels de la viande et aux vignerons bourguignons. « C'est aujourd'hui le D-day, le début d'une aventure qui peut se traduire en contrats très rapidement » dit Benoît Bidault. Lui-même ainsi qu'un avocat inscrit au barreau de Paris, Louis Nusimovici, ont même créé une plateforme logistique afin de dénouer les fils des relations économiques, juridiques et administratives entre les deux pays.
[INTER]Jackpot ou chimère?[inter]
Réputés difficiles en négociations et ce [I]«même si ce n'est pas le prix qui compte»[i] (le luxueux bœuf de Kobé remporte un succès énorme en Chine), les Chinois n'en disent pas plus. Le contact est établi, un point c'est tout. La diplomatie économique reprendrait ses droits en passant des accords, ou pas, sur des volumes, des termes pérennes (à 3, 4 ou 5 ans), et une qualité. Si contrats il doit y avoir, l'homme d'affaire-entremetteur d'Autun conseillerait sans doute les professionnels, à commencer par le groupe Bigard, dont les méthodes de travail pourraient être amenées à changer pour s'adapter à la demande... Si on parle ici de milliers de tonnes de viande (rien n'est encore décidé ni même énoncé par les intéressés), M. Meunier, directeur de la région Est du groupe de transformation de viande, s'interroge tout de même sur la faisabilité d'un tel miracle chinois. Devant l'enthousiasme de Benoît Bidault et de l'avocat parisien pour l'Empire du milieu, il ne reste pas de marbre. Mais il s'interroge: [I]«Est-ce que nous avons touché le jackpot au loto? Il faudrait que mon groupe s'accorde avec nos banquiers et que les financiers chinois s'engagent sur des volumes à terme. Nous devrions adapter notre outil en fonction de la demande, sachant que nous avons des structures à faire tourner pour rentabiliser nos investissements, et surtout que le prix soit en rapport avec ce que demandent les éleveurs, c'est-à-dire un revenu minimum indexé sur les coûts de production, comme nous l'avons bien vu durant la crise de l'élevage»[i]. A en croire les intermédiaires, cette logique, par ailleurs de rigueur dans une économie européenne exsangue, serait complètement obsolète face aux raisonnements d'approvisionnement de l'àtat chinois. Si le papillon chinois se met à tourner autour du bœuf, la fourmi bourguignonne se lèvera-t-elle à l'Est?