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Coup de froid sur les cultures

L'€™incertitude

La vague de froid qui gèle les sols de France, s'€™abat de plein fouet sur les cultures. Il est encore trop tôt pour savoir quelles en seront les conséquences pour les céréales et les colzas. Tour d'€™horizon avec Arvalis-Institut du végétal et le Cetiom.
Par Sources : Arvalis-Institut du Végétal et Cetiom
L'€™incertitude
Plateau Auxois, -14° à 8h30 du matin, le froid fige tout depuis des jours et entre de plus en plus profondément dans le sol.
Les céréales cultivées en France sont adaptées à des températures hivernales comprises entre -5° et -15° sous abri et les dégâts sont rares. Mais, observe Arvalis dans une note technique, ce qui est inhabituel cet hiver, c'€™est le développement avancé des plantes (jusqu'€™au stade «épi à 1 cm», en fonction des situations) ; ce qui les exposent d'€™autant plus à la vague de gel actuelle. Pour les colzas, le seuil de résistance au gel habituellement admis est estimé par le Cetiom à -18°, pour des cultures bien implantées, ayant pu bénéficier d'€™une phase d'€™adaptation au froid suffisante, ce qui a été le cas en général, pour les céréales aussi. Sur le colza, il ne devrait donc pas y avoir de dégâts au sud de la Franche-comté et en Bourgogne, les secteurs enneigés se trouvant encore un peu plus protégés.

[INTER]Plus ou moins de risques selon les espèces et les variétés[inter]
Le Cetiom et Arvalis-Institut du végétal sont d'€™accord sur le fait qu'€™il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de cette vague de froid inhabituelle. Le faible engorgement en eau des sols devrait limiter les effets mécaniques du gel, enfin les minimales annoncées «restent généralement acceptables pour les céréales d'€™hiver» constate Arvalis. Certaines espèces sont cependant plus sensibles que d'€™autres au froid : avoines d'€™hiver et orges de printemps semées en automne, blés durs. Ensuite viennent les orges d'€™hiver et les blés alternatifs, enfin, les espèces les moins à risque sont le blé tendre d'€™hiver, le triticale et le seigle, sous réserve que le stade «épi 1 cm» ne soit pas atteint. Enfin, au sein de chaque espèce il existe une forte variabilité génétique de la sensibilité au froid. Le stade de la culture va être également déterminant sur l'€™impact potentiel du froid ainsi que la densité du semis, des céréales semées claires courent moins de risque que des semis plus denses.

[INTER]Destruction partielle n'€™est pas condamnation [inter]
Si les dégâts s'€™avéraient important, Arvalis-Institut du Végétal précise que la destruction d'€™une partie des plantes ou des maîtres-brins ne condamne pas la culture. Les céréales ont de fortes capacités de compensation, à travers le tallage, la fertilité épi et le PMG. Une perte de plantes n'€™est vraiment préjudiciable que si elle dépasse 20 à 40% selon les milieux. Par ailleurs un système racinaire bien développé accroît la capacité de la culture à se rétablir au printemps. La seule attitude consiste à attendre pour préciser le diagnostic, la méthode de diagnostic étant disponible sur www.arvalis-infos.fr. Il faut naturellement reporter toutes les interventions de fertilisation et de traitement.
Même remarque au Cetiom, qui prévient que même en l'€™absence de destruction de plantes, la vague de froid va se traduire par une défoliation renforcée dont il faudra tenir compte pour ajuster les doses d'€™azote. Le gel pénètre chaque jour plus profondément dans le sol, ce qui retardera le redémarrage de la végétation et les capacités des plantes à régénérer leur appareil végétatif. Il est donc urgent d'€™attendre pour toute intervention de pouvoir observer les dégâts relatifs au gel ou à d'€™autres types de causes : phytotoxicités, ravageurs (larves altises et CBT)...

Céréales : les températures baissent, les prix montent

Sur un marché déjà tendu, les rumeurs de restriction des exportations russes et l'€™arrivée brutale de grand froid accélèrent la hausse des prix. D'€™une part, le maÏs se pose aujourd'€™hui comme le marché directeur de l'€™orientation des cours céréaliers mondiaux, entrainant dans sa hausse les cours du blé. D'€™autre part, la vague de froid a des effets directs sur les exportations russes et ukrainiennes dont la logistique se trouve bloquée. La possibilité des dégâts sur les céréales européennes et françaises en particulier, contribue à raffermie les cours sur le marché français. En l'€™espace de dix jours, les cotations de blé sur le marché à terme européen ont progressé de 18 euros la tonne et le marché physique a suivi, avec un blé standard, rendu Rouen propulsé de 195 €/t à 207 €/t et une orge fourragère pratiquement au même niveau que le blé. Les fondamentaux sont actuellement réunis pour justifier la tension des prix, mais il ne faut pas négliger l'€™extrême volatilité des prix de ce marché et le risque d'€™un retournement de tendance.