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Dégâts de gibier dans la Nièvre

L’exaspération des agriculteurs monte

Une réunion à Baye le 9 février, une autre à Gimouille ce vendredi 26 au matin... Les dégâts de gibier, et plus particulièrement des sangliers, commence à peser lourd sur le moral des agriculteurs nivernais. En cause, les chasseurs qui ne seraient pas assez motivés...
Par Emmanuel Coulombeix
Les sangliers seraient aussi nombreux qu’en automne, malgré le déroulement de la période de chasse. Et ils s’attaqueraient à plus de secteurs que les années précédentes. C’est du moins ce qu’indique Olivier Laporte, le responsable du dossier chasse/dégâts de gibier de la FDSEA58. Et ces dernières semaines, les témoignages d’agriculteurs qui lui parviennent laisse transpirer une exaspération qui monte dans les campagnes. Avec des dégâts de plus en plus lourds aux cultures et à un moral déjà bien mis à mal par la conjoncture économique. «Selon les coins, les situations sont spécifiques et différentes» précise toutefois le syndicaliste agricole. A Gimouille, une réunion a lieu ce vendredi matin entre les agriculteurs de la commune et le Conseil départemental, les Voies navigables de France et la DDT, ce sont des bois «qui ne sont plus chassés, qui n’ont plus de plan de chasse» qui sont en cause. Une partie des 900 m2 appartient au Conseil départemental et une autre à VNF, en bordure de Loire et d’Allier, et «comme les sangliers sont chassés partout autour, avec un nombre de bagues illimité, ils se réfugient dans ces bois». Et causent d’irrémédiables dégâts à Dominique Fassier, où a lieu la réunion de matin, et à ses voisins agriculteurs : «les cultures sont détruites mais en plus ils viennent jusque dans la stabulation» constate Olivier Laporte.

Baye : Manque de volonté des chasseurs ?
A Baye où a lieu une réunion le 9 février chez MM. Rollin, «c’est un autre souci. Les équipes de chasse n’ont pas voulu tirer les sangliers au début de la saison. Ils sont aujourd’hui aussi nombreux qu’à l’automne, même s’il y en a eu d’abattus. Ce n’est pas facile de dire si c’est une prolifération naturelle ou s’il y a des lâchers mais nous constatons qu’il y en a autant malgré la période de chasse» dit Olivier Laporte. Là aussi, les agriculteurs désespèrent de trouver une solution au problème. Ce sont 2000 ha qui sont touchés, et les exploitants agricoles tout autour... «Les équipes de chasse disposent encore de 30 bagues et il y a possibilité de tirer mais on arrive en fin de saison de chasse, à la fin du mois, et nous ne croyons pas aux miracles» ! Une chasse réunissant toutes les équipes de chasse du secteur va se faire ce dimanche 28 février mais les agriculteurs souhaitent «que le préfet de la Nièvre autorise un rallongement de 15 jours de la période d’ouverture de chasse». Vu les dégâts, «les agriculteurs n’en peuvent plus  ! Cela ne peut pas durer» lance Olivier Laporte. «Est-ce que c’est parce que les animaux se regroupent en grosses bandes qu’il y a plus de dégâts ? Est-ce parce que les chasseurs ne veulent pas envoyer le gibier vers leurs voisins, par jalousie, qu’ils tirent moins? Est-ce parce que les méthodes de chasse ont changé, préférant de petits chiens courant sur 200 ou 300 m plutôt que des gros sur 2 ou 3 km ? Est-ce que certaines chasses, qui proposent des prestations à la journée, font des lâchers? On ne peut faire que des suppositions. En tout cas, il n’est pas normal que certains de nos collègues soient désormais obligés de choisir leurs cultures par rapport au risque d’attaques du gibier». Maïs et clôtures électriques n’y résistent plus...

Bonne entente avec la FDC
Olivier Laporte, dont la responsabilité à la FDSEA58 est d’être «un médiateur», se réjouit des bonnes relations qu’il entretient avec la Fédération départementale des chasseurs, qui voit le volume d’indemnisations augmenter. «Tant qu’il y a un dialogue, ils écoutent. Nous sommes obligés de leur montrer l’étendue des dégâts sur le terrain. Quand j’appelle le directeur de la FDC, il sait que je ne l’appelle pas pour rien, ni pour le compte d’un agriculteur qui aurait l’habitude de se plaindre. Le problème est pris au sérieux». Pourtant, cela suffit-il dans la Nièvre ? «En cas de souci, ma marge de manœuvre, c’est de faire intervenir Stéphane Aurousseau, le président de la FDSEA58 pour négocier» explique le syndicaliste agricole. Quand cela devient trop «inadmissible», sachant que la chasse est un loisir tandis que l’agriculture est une activité professionnelle... «Les agriculteurs seront-ils obligés de tous passer leur permis de chasser pour pouvoir défendre leurs surfaces agricoles, en obtenant la possibilité de tuer les sangliers, classés comme nuisibles, mais avec l’obligation de les laisser sur place s’ils n’ont pas de bague» demande, un brin provocateur, Olivier Laporte. «Il vaudrait tellement mieux que tout le monde, sur le terrain, joue le jeu»...