Panorama économique de la ferme Nièvre
L’effet «ciseau produit/charges» plombe les revenus
Il y avait beaucoup de monde, lundi 25 novembre au soir, dans l’amphithéatre du Casino de Pougues-les-Eaux, où CER France Alliance présentait, comme de coûtume, les résultats économiques de la ferme Nièvre. Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB, concluait les débats.
Ce qui domine de la foison de chiffres et statistiques déclinées par Nicolas Roche, le responsable des études et références de CER France, c’est la hausse des charges qui a touché tous les agriculteurs cette année, quel que soit leur système de production. Ajouté à une baisse des revenus, l’effet ciseau a donc compliqué l’année de la majorité des exploitations nivernaises, certaines atteignant même, notamment en bovins allaitants mais parfois aussi en grandes cultures, le niveau zéro. Tour d’horizon des systèmes, fourni par le centre de gestion:
Grandes cultures: 2013 est une année contrastée. Les rendements des céréales sont assez bons sans être aussi élevés qu’en 2009 ou 2004. Entre 2012 et 2013, les rendements du blé et de l’orge d’hiver progressent de 0,1 à 0,4 t/ha. En revanche, 2013 est une année historiquement basse pour le colza, dont le rendement a chuté de 0,5 à 1 t/ha et se situe à son plus bas niveau depuis vingt ans. La valorisation des céréales baisse de 30 à 50 euros/t; celle des oléagineux perd de 90 à 140 euros/t. La chute est brutale mais les prix restent très supérieurs à leur niveau de la récolte 2009. L’effet [I]«prix»[i] s’ajoute à l’effet [I]«rendements»[i], ce qui fait chuter de 17% le niveau du produit qui, malgré tout, dépasse encore de 17% le niveau de 2009. Les charges ont poursuivi leur hausse: +5% d’engrais (prix et consommations), + 12% de semences (prix et consommations), +7% de phytos (consommation), + 20% de cotisations sociales (assiette basée sur les meilleurs revenus), +3% de fermage (indice), + 10% d’amortissements (poursuite d’importants investissements suite à la récolte 2012). Globalement, les charges s’accroissent de 6% et dépassent de 4%, en euros constants, leur précédent record de 2009. Le résultat courant chute et s’annule: on retrouve les mêmes effets de fermeture brutale du [I]«ciseau produit-charges»[i] qu’en 2009 alors que les prix de vente sont meilleurs en 2013. Dans ce contexte, si 52% des exploitations se situent dans une tranche de revenus comprise entre 10 000 et 50 000 euros, le CER France constate une extrême variabilité des situations, avec 28% des exploitations au-dessous de zéro (et jusqu’à -50 000 euros). Et Nicolas Roche évoque une conjoncture [I]«très défavorable»[i] et [I]«instable»[i] et une tendance profonde à [I]«la hausse des coûts de production subies et choisies»[i] depuis 7 ans et des incertitudes quant aux normes environnementales et à l’évolution de la PAC.
Bovins viande: La remontée des cours amorcée en 2011 s’est confirmée en 2012 et s’est prolongée en 2013. Ce sont les cours des femelles qui progressent encore en 2013: + 4 à 7% en maigre et + 10 à 12% en gras. Les cours des mâles ne progressent plus, voire même régressent pour certaines catégories de maigre (broutards d’automne, taurillons). Globalement, les prix de vente progressent de 1% en système maigre, 5% en système gras et 3% en système femelles grasses et mâles maigres. Depuis deux ans, en euros courants, les cours bovins atteignent un niveau inégalé; en revanche, en euros constants, les cours du maigre restent inférieurs à ceux de la période 2003-2006. Les cours du gras retrouvent leur niveau de la fin des années 90. Malgré la hausse des prix bovins, le produit total perd de 0,5 à 1%, du fait de la baisse de 15-20% de la part céréalière. Les charges sont en hausse de 4% sous l’effet des hausses de plusieurs postes (+10% d’engrais, +10% d’aliments concentrés, + 10% de cotisations sociales exploitant). Cette hausse se cumule avec celles des deux années précédentes. En euros constants, les charges n’ont jamais été aussi élevées. Le résultat courant régresse de 30 à 45%: en maigre, il se situe à 85 euros/ha, soit 9000 euros par UTAF. C’est l’un des plus bas niveaux depuis ces vingt dernières années alors que les cours sont bons. En bovins maigres, le revenu a décroché en 2007 et ne s’est jamais vraiment relevé. En gras, il se situe de 75 euros/ha (mâles et femelles gras) à 120 euros/ha (femelles grasses), soit de 11000 à 15000 euros par UTAF. L’engraissement, en particulier des femelles, conserve une supériorité relative.
Polyculture-élevage allaitant: le fait nouveau des trois dernières années est que les revenus de ces exploitations se situent à la moyenne entre exploitations spécialisées viande et spécialisées cultures. Auparavant, leur revenu se situait en-deçà de cette moyenne. En système maigre, les exploitations mixtes semblent avoir trouvé une efficacité relative qui leur avait fait défaut jusque là. En système gras, l’engraissement des femelles a confirmé son efficacité; en revanche l’engraissement à la fois des mâles et des femelles semble décrocher: faible revenu et disparition de ce système. En 2013, le revenu des exploitations de polyculture-élevage est tiré vers le bas par la part céréalière. Le résultat courant est très faible. Il n’y a qu’en 2009 qu’il était plus bas. 46% des exploitations de ce système obtiennent un résultat courant par UTAF, situé entre -10 000 euros et + 10 000 euros. 35% sont au-dessus, mais leur nombre diminue dans les plus hauts revenus, tandis que 19% se classent entre -10 000 et -50 000 euros. Les revenus plombés par la conjoncture céréalière laissent apparaître les mêmes incertitudes pour l’avenir que les systèmes grandes cultures: disparition des systèmes aux meilleurs potentiels (engraissement), normes environnementales et évolution de la PAC.
Élevage ovin: il est généralement associé aux bovins viande, sur de plus petites structures qu’en bovins spécialisés. Commercialement, la conjoncture ovine est repartie à la hausse en 2008, après cinq ans de recul. Cette hausse se poursuit encore en 2013 (+4%); en euros constants, le cours des agneaux reste inférieur de 8% à celui du pic de 2001 mais il est supérieur à celui des autres années. En 2013, l’amélioration des cours ne suffit pas à compenser la hausse des charges: le résultat courant baisse de 20%. Il se monte à 125 euros/ha, soit 12000 euros par UTAF. Même s’il est supérieur à celui des autres systèmes en 2013, le résultat courant reste toutefois relativement modeste au regard de la main d’oeuvre. Nicolas Roche s’interroge pour la suite: [I]«le plafond des cours est-il atteint du fait que la viande semble chère pour le consommateur?»[i] Parmi les incertitudes, figurent la marginalisation de la production et le maintien du niveau des aides.
Bovins lait: le lait n’est pas une production très répandue dans la Nièvre. Les statistiques du CER France s’appuient sur 37 exploitations dont 13 observées. Le prix du lait a subi de fortes fluctuations depuis six ans. Il a augmenté de 12% en 2008, baissé de 13% en 2009, augmenté de 6% en 2010 et 7% en 2011, baissé à nouveau de 5% en 2012 avant de se relever de 6% en 2013. Malheureusement, cette amélioration des prix s’est faite avec moins de volumes produits (-5%). Comme les autres, les exploitations laitières ont subi une nouvelle hausse de leurs charges (dont + 10% d’aliments). Globalement, leur produit perd 4% alors que leurs charges s’alourdissent de 3,5%: leur résultat courant chute de ¾. Il n’est plus que de 5000 euros par UTAF.
Selon CER France, [I]«derrière les moyennes générales, il existe d’importantes marges de manoeuvre individuelles. Il y a plus de diférences d’une exploitation à l’autre au sein d’un même système, qu’entre systèmes. A orientation et taille équivalentes, il y a 300 à 600 euros/ha d’écart de revenu entre le 20% d’exploitations les plus performantes et les 20% les moins performantes. Les causes sont multiples. Chaque exploitant peut, à partir de l’analyse de sa comptabilité ou de ses coûts de revient et avec l’appui de son comptable ou de son conseiller, diagnostiquer des forces et des faiblesses, mesurer des marges de manoeuvre et définir des actions de progrès spécifiques»[i].
Sources: Résultats Économiques de L’Agriculture de la Nièvre et
Panorama des Exploitations
Agricoles de la Nièvre – CER France Alliance Centre
Grandes cultures: 2013 est une année contrastée. Les rendements des céréales sont assez bons sans être aussi élevés qu’en 2009 ou 2004. Entre 2012 et 2013, les rendements du blé et de l’orge d’hiver progressent de 0,1 à 0,4 t/ha. En revanche, 2013 est une année historiquement basse pour le colza, dont le rendement a chuté de 0,5 à 1 t/ha et se situe à son plus bas niveau depuis vingt ans. La valorisation des céréales baisse de 30 à 50 euros/t; celle des oléagineux perd de 90 à 140 euros/t. La chute est brutale mais les prix restent très supérieurs à leur niveau de la récolte 2009. L’effet [I]«prix»[i] s’ajoute à l’effet [I]«rendements»[i], ce qui fait chuter de 17% le niveau du produit qui, malgré tout, dépasse encore de 17% le niveau de 2009. Les charges ont poursuivi leur hausse: +5% d’engrais (prix et consommations), + 12% de semences (prix et consommations), +7% de phytos (consommation), + 20% de cotisations sociales (assiette basée sur les meilleurs revenus), +3% de fermage (indice), + 10% d’amortissements (poursuite d’importants investissements suite à la récolte 2012). Globalement, les charges s’accroissent de 6% et dépassent de 4%, en euros constants, leur précédent record de 2009. Le résultat courant chute et s’annule: on retrouve les mêmes effets de fermeture brutale du [I]«ciseau produit-charges»[i] qu’en 2009 alors que les prix de vente sont meilleurs en 2013. Dans ce contexte, si 52% des exploitations se situent dans une tranche de revenus comprise entre 10 000 et 50 000 euros, le CER France constate une extrême variabilité des situations, avec 28% des exploitations au-dessous de zéro (et jusqu’à -50 000 euros). Et Nicolas Roche évoque une conjoncture [I]«très défavorable»[i] et [I]«instable»[i] et une tendance profonde à [I]«la hausse des coûts de production subies et choisies»[i] depuis 7 ans et des incertitudes quant aux normes environnementales et à l’évolution de la PAC.
Bovins viande: La remontée des cours amorcée en 2011 s’est confirmée en 2012 et s’est prolongée en 2013. Ce sont les cours des femelles qui progressent encore en 2013: + 4 à 7% en maigre et + 10 à 12% en gras. Les cours des mâles ne progressent plus, voire même régressent pour certaines catégories de maigre (broutards d’automne, taurillons). Globalement, les prix de vente progressent de 1% en système maigre, 5% en système gras et 3% en système femelles grasses et mâles maigres. Depuis deux ans, en euros courants, les cours bovins atteignent un niveau inégalé; en revanche, en euros constants, les cours du maigre restent inférieurs à ceux de la période 2003-2006. Les cours du gras retrouvent leur niveau de la fin des années 90. Malgré la hausse des prix bovins, le produit total perd de 0,5 à 1%, du fait de la baisse de 15-20% de la part céréalière. Les charges sont en hausse de 4% sous l’effet des hausses de plusieurs postes (+10% d’engrais, +10% d’aliments concentrés, + 10% de cotisations sociales exploitant). Cette hausse se cumule avec celles des deux années précédentes. En euros constants, les charges n’ont jamais été aussi élevées. Le résultat courant régresse de 30 à 45%: en maigre, il se situe à 85 euros/ha, soit 9000 euros par UTAF. C’est l’un des plus bas niveaux depuis ces vingt dernières années alors que les cours sont bons. En bovins maigres, le revenu a décroché en 2007 et ne s’est jamais vraiment relevé. En gras, il se situe de 75 euros/ha (mâles et femelles gras) à 120 euros/ha (femelles grasses), soit de 11000 à 15000 euros par UTAF. L’engraissement, en particulier des femelles, conserve une supériorité relative.
Polyculture-élevage allaitant: le fait nouveau des trois dernières années est que les revenus de ces exploitations se situent à la moyenne entre exploitations spécialisées viande et spécialisées cultures. Auparavant, leur revenu se situait en-deçà de cette moyenne. En système maigre, les exploitations mixtes semblent avoir trouvé une efficacité relative qui leur avait fait défaut jusque là. En système gras, l’engraissement des femelles a confirmé son efficacité; en revanche l’engraissement à la fois des mâles et des femelles semble décrocher: faible revenu et disparition de ce système. En 2013, le revenu des exploitations de polyculture-élevage est tiré vers le bas par la part céréalière. Le résultat courant est très faible. Il n’y a qu’en 2009 qu’il était plus bas. 46% des exploitations de ce système obtiennent un résultat courant par UTAF, situé entre -10 000 euros et + 10 000 euros. 35% sont au-dessus, mais leur nombre diminue dans les plus hauts revenus, tandis que 19% se classent entre -10 000 et -50 000 euros. Les revenus plombés par la conjoncture céréalière laissent apparaître les mêmes incertitudes pour l’avenir que les systèmes grandes cultures: disparition des systèmes aux meilleurs potentiels (engraissement), normes environnementales et évolution de la PAC.
Élevage ovin: il est généralement associé aux bovins viande, sur de plus petites structures qu’en bovins spécialisés. Commercialement, la conjoncture ovine est repartie à la hausse en 2008, après cinq ans de recul. Cette hausse se poursuit encore en 2013 (+4%); en euros constants, le cours des agneaux reste inférieur de 8% à celui du pic de 2001 mais il est supérieur à celui des autres années. En 2013, l’amélioration des cours ne suffit pas à compenser la hausse des charges: le résultat courant baisse de 20%. Il se monte à 125 euros/ha, soit 12000 euros par UTAF. Même s’il est supérieur à celui des autres systèmes en 2013, le résultat courant reste toutefois relativement modeste au regard de la main d’oeuvre. Nicolas Roche s’interroge pour la suite: [I]«le plafond des cours est-il atteint du fait que la viande semble chère pour le consommateur?»[i] Parmi les incertitudes, figurent la marginalisation de la production et le maintien du niveau des aides.
Bovins lait: le lait n’est pas une production très répandue dans la Nièvre. Les statistiques du CER France s’appuient sur 37 exploitations dont 13 observées. Le prix du lait a subi de fortes fluctuations depuis six ans. Il a augmenté de 12% en 2008, baissé de 13% en 2009, augmenté de 6% en 2010 et 7% en 2011, baissé à nouveau de 5% en 2012 avant de se relever de 6% en 2013. Malheureusement, cette amélioration des prix s’est faite avec moins de volumes produits (-5%). Comme les autres, les exploitations laitières ont subi une nouvelle hausse de leurs charges (dont + 10% d’aliments). Globalement, leur produit perd 4% alors que leurs charges s’alourdissent de 3,5%: leur résultat courant chute de ¾. Il n’est plus que de 5000 euros par UTAF.
Selon CER France, [I]«derrière les moyennes générales, il existe d’importantes marges de manoeuvre individuelles. Il y a plus de diférences d’une exploitation à l’autre au sein d’un même système, qu’entre systèmes. A orientation et taille équivalentes, il y a 300 à 600 euros/ha d’écart de revenu entre le 20% d’exploitations les plus performantes et les 20% les moins performantes. Les causes sont multiples. Chaque exploitant peut, à partir de l’analyse de sa comptabilité ou de ses coûts de revient et avec l’appui de son comptable ou de son conseiller, diagnostiquer des forces et des faiblesses, mesurer des marges de manoeuvre et définir des actions de progrès spécifiques»[i].
Sources: Résultats Économiques de L’Agriculture de la Nièvre et
Panorama des Exploitations
Agricoles de la Nièvre – CER France Alliance Centre