Renouvellement de la licence du glyphosate
L’annonce de la discorde
Fin août, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé que «la France voterait contre» le renouvellement de la licence du glyphosate dans l’Union européenne. Une annonce faite à quelques semaines du vote – lequel doit avoir lieu début octobre – et qui consterne les professionnels et les syndicats agricoles.
L’année dernière, Paris s’était déjà opposée à ce renouvellement sur fond d’abstention d’une partie des pays européens. La Commission avait donc prolongé temporairement l’autorisation précédente de dix-huit mois. Le vote d’octobre doit maintenant trancher la question pour les dix prochaines années et le moins qu’on puisse dire, est que cette déclaration est très mal accueillie par le monde agricole.
Dans une lettre commune adressée à Emmanuel Macron, les présidents de l’AGPB, de l’AGPM, de la CGB et de la FOP expliquent que «la dangerosité du glyphosate pour la santé humaine (…) est dénoncée par la société civile alors même que les agences françaises (ANSES : agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et européennes (ECHA : agence européenne des produits chimiques ; EFSA : autorité européenne de sécurité des aliments) recommandent de ne pas le classer comme substance cancérigène, mutagène ou reprotoxique». Au côté de la FNSEA, les filières végétales soulignent que ces agences se sont basées sur une analyse du risque et non du danger. Ce qui fait toute la différence, expliquant que «le rôle des agences scientifiques est non pas d’évaluer le danger mais le risque acceptable permettant l’utilisation de glyphosate».
En clair, tout ce qui peut être dangereux n’est pas forcément interdit si l’utilisation est maîtrisée. Ce qui est le cas selon les scientifiques. Le sujet est donc sensible mais le combat obligatoire pour les professionnels du secteur car ce non-renouvellement serait catastrophique en matière économique. Arvalis Institut du végétal a évalué les conséquences du retrait de ce désherbant à un total d’un milliard d’euros par an pour l’agriculture française. Et au-delà des conséquences économiques, cette décision aurait aussi un impact agronomique et environnemental.
Une annonce purement politique
Concernant cet impact, Benoît Mathé, vice-président de la section grandes cultures FDSEA 58, précise que «ça serait un retour en arrière, une remise en cause des techniques avec beaucoup plus de fuel consommé. Et on sera mauvais en matière de stockage de CO2». Ce qui serait un abandon des engagements de la France concernant le réchauffement climatique et du projet Ambition 4 pour 1000 qui vise à stocker du carbone (gaz à effet de serre) dans les sols. Un engagement de la COP21. Et Benoît Mathé de préciser qu’en matière économique, le retrait du glyphosate représenterait «70 euros par hectare et par an de perte de compétitivité». Mais pour lui, cette annonce de Nicolas Hulot «est à moitié une surprise et le contraire aurait été étonnant» considérant qu’en s’attaquant au glyphosate, on s’attaque symboliquement à Monsanto que l’on assimile aux OGM. «Mais Monsanto n’en a rien à faire du glyphosate qui est désormais dans le domaine public» précise le vice-président. Sauf que pour lui, «sans cet outil, on n’est plus compétitif» et le non-renouvellement de la licence serait «une marche de plus à gravir dans la compétitivité». Patrick Tétard – président d’Axéréal Nièvre – est quant à lui «surpris qu’on ne tienne pas compte de l’avis des scientifiques». Et comme Benoit Mathé, il a l’impression «d’une position politique» et de souligner : «le glyphosate, on en a besoin pour travailler. On a été vers un mode d’agriculture raisonné soutenu par Stéphane Le Foll» et la position de Hulot sonne comme un retour en arrière. Patrick Tétard a donc la sensation, avec la prise de position de Nicolas Hulot, de voir cette politique détricotée. Tout comme Hubert Allard, du groupe Soufflet dans le département, qui résume aussi une autre surprise des professionnels : «Nicolas Hulot est un ministre d’État et il passe devant le ministre de l’Agriculture» qui lui ne s’est toujours pas exprimé sur cette annonce.
Mobilisation des fédérations
Dès le 30 août, la FNSEA et les JA ont déclaré qu’une mobilisation était donc nécessaire dénonçant «cette prise de position qui va à l’encontre des logiques agronomiques et environnementales des exploitations» dans un calendrier extrêmement serré. Pour eux aussi, les enjeux sont centraux «le glyphosate, herbicide utilisé pour la gestion des inter-cultures, des prairies temporaires ou encore des adventices en culture pérenne, présente de nombreux intérêts agronomiques, et particulièrement dans les systèmes en Techniques Culturales Simplifiées ou en conservation des sols». Et au niveau plus local, la fédération de rappeler qu’il est aussi essentiel dans la lutte contre les plantes invasives comme l’ambroisie. La section Grandes Cultures de la FDSEA a donc contacté dans l’urgence les parlementaires afin de faire entendre la voix des professionnels de manière pragmatique. D’apaiser le débat en le ramenant aux constats purement scientifiques et de faire comprendre les conséquences immédiates d’un tel retrait sur la pratique culturale. Les agriculteurs vont dans le sens de l’Histoire et réaffirment leurs bonnes pratiques avec les outils donnés à l’heure actuelle. Sauf que le train de la société civile – celui des consommateurs parfois inquiets – va plus vite que le train de la recherche et de l’expérimentation. Et aujourd’hui, aucune solution alternative satisfaisante n’existe, aucun substitut équivalent efficace non plus. Le sujet n’est ni blanc ni noir, et sa complexité et sa technicité ne peuvent se satisfaire d’un débat passionnel. Il faudra à terme se mettre autour de la table pour une réflexion globale.
Dans une lettre commune adressée à Emmanuel Macron, les présidents de l’AGPB, de l’AGPM, de la CGB et de la FOP expliquent que «la dangerosité du glyphosate pour la santé humaine (…) est dénoncée par la société civile alors même que les agences françaises (ANSES : agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et européennes (ECHA : agence européenne des produits chimiques ; EFSA : autorité européenne de sécurité des aliments) recommandent de ne pas le classer comme substance cancérigène, mutagène ou reprotoxique». Au côté de la FNSEA, les filières végétales soulignent que ces agences se sont basées sur une analyse du risque et non du danger. Ce qui fait toute la différence, expliquant que «le rôle des agences scientifiques est non pas d’évaluer le danger mais le risque acceptable permettant l’utilisation de glyphosate».
En clair, tout ce qui peut être dangereux n’est pas forcément interdit si l’utilisation est maîtrisée. Ce qui est le cas selon les scientifiques. Le sujet est donc sensible mais le combat obligatoire pour les professionnels du secteur car ce non-renouvellement serait catastrophique en matière économique. Arvalis Institut du végétal a évalué les conséquences du retrait de ce désherbant à un total d’un milliard d’euros par an pour l’agriculture française. Et au-delà des conséquences économiques, cette décision aurait aussi un impact agronomique et environnemental.
Une annonce purement politique
Concernant cet impact, Benoît Mathé, vice-président de la section grandes cultures FDSEA 58, précise que «ça serait un retour en arrière, une remise en cause des techniques avec beaucoup plus de fuel consommé. Et on sera mauvais en matière de stockage de CO2». Ce qui serait un abandon des engagements de la France concernant le réchauffement climatique et du projet Ambition 4 pour 1000 qui vise à stocker du carbone (gaz à effet de serre) dans les sols. Un engagement de la COP21. Et Benoît Mathé de préciser qu’en matière économique, le retrait du glyphosate représenterait «70 euros par hectare et par an de perte de compétitivité». Mais pour lui, cette annonce de Nicolas Hulot «est à moitié une surprise et le contraire aurait été étonnant» considérant qu’en s’attaquant au glyphosate, on s’attaque symboliquement à Monsanto que l’on assimile aux OGM. «Mais Monsanto n’en a rien à faire du glyphosate qui est désormais dans le domaine public» précise le vice-président. Sauf que pour lui, «sans cet outil, on n’est plus compétitif» et le non-renouvellement de la licence serait «une marche de plus à gravir dans la compétitivité». Patrick Tétard – président d’Axéréal Nièvre – est quant à lui «surpris qu’on ne tienne pas compte de l’avis des scientifiques». Et comme Benoit Mathé, il a l’impression «d’une position politique» et de souligner : «le glyphosate, on en a besoin pour travailler. On a été vers un mode d’agriculture raisonné soutenu par Stéphane Le Foll» et la position de Hulot sonne comme un retour en arrière. Patrick Tétard a donc la sensation, avec la prise de position de Nicolas Hulot, de voir cette politique détricotée. Tout comme Hubert Allard, du groupe Soufflet dans le département, qui résume aussi une autre surprise des professionnels : «Nicolas Hulot est un ministre d’État et il passe devant le ministre de l’Agriculture» qui lui ne s’est toujours pas exprimé sur cette annonce.
Mobilisation des fédérations
Dès le 30 août, la FNSEA et les JA ont déclaré qu’une mobilisation était donc nécessaire dénonçant «cette prise de position qui va à l’encontre des logiques agronomiques et environnementales des exploitations» dans un calendrier extrêmement serré. Pour eux aussi, les enjeux sont centraux «le glyphosate, herbicide utilisé pour la gestion des inter-cultures, des prairies temporaires ou encore des adventices en culture pérenne, présente de nombreux intérêts agronomiques, et particulièrement dans les systèmes en Techniques Culturales Simplifiées ou en conservation des sols». Et au niveau plus local, la fédération de rappeler qu’il est aussi essentiel dans la lutte contre les plantes invasives comme l’ambroisie. La section Grandes Cultures de la FDSEA a donc contacté dans l’urgence les parlementaires afin de faire entendre la voix des professionnels de manière pragmatique. D’apaiser le débat en le ramenant aux constats purement scientifiques et de faire comprendre les conséquences immédiates d’un tel retrait sur la pratique culturale. Les agriculteurs vont dans le sens de l’Histoire et réaffirment leurs bonnes pratiques avec les outils donnés à l’heure actuelle. Sauf que le train de la société civile – celui des consommateurs parfois inquiets – va plus vite que le train de la recherche et de l’expérimentation. Et aujourd’hui, aucune solution alternative satisfaisante n’existe, aucun substitut équivalent efficace non plus. Le sujet n’est ni blanc ni noir, et sa complexité et sa technicité ne peuvent se satisfaire d’un débat passionnel. Il faudra à terme se mettre autour de la table pour une réflexion globale.