L’agriculture familiale, modèle d’avenir
A l’occasion de l’année internationale de l’agriculture familiale, décrétée par l’ONU, les jeunes agriculteurs familiaux de tous les continents ont rédigé un manifeste, ratifié en présence du ministre de l’Agriculture le 4 septembre à Bordeaux. Un acte symbolique pour défendre le seul modèle agricole qui leur parait capable de répondre aux enjeux sociaux, actuels et futurs.
Les jeunes agriculteurs «regardent leur avenir dans les yeux», affirme Thomas Diemer, président de Jeunes agriculteurs en ouverture du Sommet mondial des jeunes agriculteurs, organisé le 4 septembre à Bordeaux à l’initiative d’Afdi (Agriculteurs français et développement international) et de JA, dans le cadre de Terres de Jim. Premier sommet international de jeunes agriculteurs organisé depuis plus de 10 ans, l’évènement a réuni une cinquantaine de jeunes agriculteurs venus des cinq continents avec le même objectif : faire reconnaitre l’agriculture familiale comme modèle d’avenir. Et l’enjeu est de taille, car le potentiel de l’agriculture familiale est loin d’être valorisé. «C’est triste à dire mais la reconnaissance du métier n’est plus là», déplore ainsi Alex, jeune agriculteur québécois. Même impression au Kenya où, comme en témoigne Hilda, jeune agricultrice, «l’agriculture est un métier réservé à ceux qui ne sont pas éduqués». Or, sans davantage de reconnaissance, l’attractivité du métier continuera à décliner alors même que l’agriculture familiale apparaît comme «seule réponse durable» aux défis économiques, sociaux et environnementaux auxquels le monde doit actuellement faire face, affirme Gérard Renouard, président d’Afdi qui souligne également son rôle dans le maintien de la paix : «quand les ventres ont faim, il n’y a pas que l’estomac qui crie», ajoute-t-il. La diminution importante du nombre d’agriculteurs suite au développement de l’agriculture intensive dans les pays du Nord a contribué à distendre les liens entre l’agriculture et la société, qui «ne comprend plus ce que fait le monde agricole», explique Jean-Michel Sourisseau, du Cirad. Matteo Bartolini, jeune agriculteur italien et président du Ceja, en témoigne : «il faut dire au public que nous ne faisons pas que produire de la nourriture : nous entretenons la biodiversité, le paysage…».
Emploi et revenu
Sans compter que ce modèle traditionnel de développement agricole a atteint ses limites. Pour des raisons connues d’épuisement des ressources, d’une part, mais aussi parce qu’il s’est développé en poussant les populations rurales vers les villes. Or, le monde va devoir se confronter «au grand défi de la démographie face à l’emploi», ajoute Jean-Michel Sourisseau. Les jeunes agriculteurs revendiquent donc des moyens spécifiques pour un monde rural souvent délaissé : au Brésil, l’exode rural continue, ce qui entraine «une perte des savoir-faire et de la culture», déplore Junior Alves, qui vient des zones arides du pays, mais espère que «d’ici 20 ans, l’égalité des chances sera réelle entre ruraux et urbains».
Pour maintenir les emplois dans l’agriculture, il faut aussi agir sur le niveau de revenu, constatent les jeunes de tous les pays. Le malien Ibrahima insiste : «si les gens voient qu’un jeune agriculteur a de l’argent pour construire sa maison et s’acheter une voiture, il n’y a plus besoin de leur expliquer que c’est un vrai métier». La formation est une solution indispensable, mais les jeunes alertent également sur la nécessité de protéger l’accès au foncier, préoccupation commune quel que soit le pays, même aux Etats-Unis où les droits à payer pour reprendre l’exploitation familiale sont si élevés qu’ils découragent les jeunes.
Un manifeste international
Tout au long de l’année, les jeunes agriculteurs de 48 pays ont échangé pour rédiger ce manifeste en faveur de l’agriculture familiale, agriculture d’avenir. L’enjeu de la reconnaissance est avant tout celui de l’identification en tant que catégorie définie pour obtenir des politiques spécifiques aux agriculteurs familiaux, et aux jeunes en particulier. Tous ont signé le manifeste à la fin du Sommet, «première marche d’un développement futur», témoigne un JA français enthousiaste. Ils rêvent à l’avenir de la mise en place d’une instance internationale des jeunes agriculteurs.
Chacun repart, pour le moment avec l’objectif de porter les revendications du manifeste dans son pays. Le chemin à parcourir auprès des politiques est encore long, même si les choses avancent. Stéphane Le Foll, venu conclure la journée, a annoncé que les principes d’investissement responsable dans l’agriculture devraient être adoptées prochainement. «Nous ferons aussi en sorte que la prochaine présidence du G20 inscrive l’agriculture dans ses grands enjeux» ajoute-t-il. «Nous avons besoin de réaffirmer les grands principes qui font que l’agriculture familiale a une histoire, un présent, mais notre responsabilité est de lui donner un avenir», conclut-il devant une assemblée forcément convaincue.