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Corbigny

L’abattoir va devoir trouver un plan B

Il y avait foule pour cette réunion concernant l’abattoir. Car chacun se doutait, après des années de questionnements,  que l’avenir de cet outil allait se dévoiler ce matin-là dans les locaux de la mairie. Un avenir qu’il va falloir prendre en main pour le faire exister.
Par Fabienne Desseux
L’abattoir va devoir trouver un plan B
Les acteurs autour de la table pour tenter de trouver une issue.
En ouverture de cette réunion, le préfet Joël Mathurin a souligné qu’il voulait cet échange le plus large possible. Et en effet, la salle de la mairie était plus que remplie pour comprendre ce qui allait se jouer dans les mois à venir. Mairie, Conseil départemental, Comcom, DDT, DDCSPP, Direccte, Conseil régional, Draff, Chambres consulaires, Sicarev, Cialyn, Sicagemac, syndicats, JA... Une soixantaine de personnes étaient réunies autour de la table. Les deux députés nivernais étant eux simplement représentés. Et l’espoir, s’il y en avait un, a vite été douché lorsque le préfet a indiqué qu’en matière d’économie «la meilleure arme c’est l’anticipation puis l’innovation et enfin une stratégie de territoire». Une phrase laissant présager des annonces de la Sicarev. Philippe Dumas, son président, et Bernard Pouillon, son directeur général, ont d’abord dressé un bref historique du groupe avant d’entrer dans le cœur du sujet  : la Sicarev rebâtissait sa stratégie car il fallait «réfléchir pour nous sur du long terme. Le danger est de garder tous les outils alors qu’en France on est en surcapacité en matière d’abattoir». Et Bernard Pouillon a rapidement été très clair : «Sur les dix ans, le groupe ne pourra pas investir sur tous les outils».  Interrogé par la salle, il énoncera rapidement ce que chacun avait déjà compris  : «On fera le choix de garder Paray-le-Monial» plutôt que Corbigny. Mais d’expliquer que la Sicarev ne veut pas partir sans tenter de passer le relai  : «On a la volonté de trouver une solution pour le site. Nous sommes des gens responsables, on ne partira pas sans un accord avec nos partenaires». Mais soulignant aussi qu’il ne faut pas faire l’économie «d’une réflexion plus générale sur les abattoirs de la région». En clair, Corbigny, plus assez rentable pour Sicarev peut potentiellement avoir une autre vie si les acteurs locaux s’investissent dans un projet global. Mais attention, pour la Sicarev, «il ne faut pas se voiler la face, le problème est plus vaste». Prenant la parole, Éric Bertrand souligne de son côté qu’anticiper est une bonne chose avant d’ajouter  : «Les abattoirs de proximité, j’y crois. Sur le territoire, c’est un élément important, après... Tout ça ne va pas forcément nous mener bien loin, à moins de trouver des modèles économiques qui peuvent durer  sachant que la consommation de viande est ce qu’elle est. En attendant, il ne faut pas attendre deux ans pour se poser la question, sinon Sicarev va dire  : Tant pis pour vous ! »

«Il faut arrêter la langue de bois»
Sicarev se veut donc un accompagnateur, un facilitateur. «On peut céder les murs, le fond... mais il faut un projet sérieux. Le plus tôt sera le mieux. On est ouverts à tout mais rapidement». Joël Mathurin indique que «dans ces conditions, cet état d’esprit, il y a une réponse de territoire à apporter, une logique de projet. Il faut s’inscrire dans une logique de durabilité, dans un espace intercommunal et peut-être même plus large encore. Mais les acteurs publics ne peuvent que mettre en place un contexte. Il faut donc que les acteurs économiques de cette chaîne s’engagent dans une logique d’appropriation économique et pas seulement d’usagers». Emmanuel Benard aborde, quant à lui, un sujet qui n’a pas encore été évoqué  et qui est pourtant des plus importants : les trente-cinq salariés «qui doivent être inquiets». Concernant l’avenir du site, il dit que «les chiffres sont têtus» et de préciser : «Il y a 380 000 bovins et seulement 29 000 qui finissent dans les abattoirs. Les éleveurs ont leurs projets avec des destinations différentes et pas forcément en direction de l’abattoir». Puis d’ajouter que «dans un contexte où on signe le CETA - j’observe aussi le Mercosur, c’est terrible - je me demande comment on peut se préoccuper du devenir des familles ici (…) Mais je suis confiant pour qu’on trouve une solution. Si on a un projet cohérent, c’est faisable, mais il y a un travail colossal à faire autour de ça». D’autres interventions soulèvent ensuite la question du calendrier, de savoir si des modèles transposables existent ailleurs, certains interpellant à nouveau la Sicarev ne comprenant pas comment le groupe peut se passer complètement de l’abattoir. Mais la décision est prise. Et comme le souligne à nouveau Philippe Dumas  : «L’outil ne fait pas partie de la stratégie du groupe mais on ne veut pas partir comme des voleurs». Pour lui, la réflexion doit aller vite, il faut un projet solide dans un an maximum. Bernard Pouillon ajoutant, soufflant le chaud et le froid  : «Il faut arrêter la langue de bois. Le gâteau se rétrécit. Les outils, il y en aura de moins en moins, il faut en garder certains mais de manière pérenne. Il faut, à ce sujet, une réflexion non pas locale mais régionale. Sicarev ne peut pas avoir un abattoir tous les 100 kilomètres».

Une équipe projet va se mettre en place
Autour de la table, on évoque le fait de devoir trouver des marchés de niches, des clients potentiels, développer internet... Mais quand Rémy Collado du groupe Shiver est interrogé, il explique «que notre vocation est de vendre des produits issus de BFC. Notre position restera la même mais on ne va pas obliger à abattre sur un site précis mais sur une région. Nos volumes ne changeront pas. Nous ne sommes pas donneurs d’ordre sur le lieu d’abattage». Et lorsque le préfet s’interroge sur d’éventuelles perspectives commerciales concernant la mise en avant de transports courts, de bien-être animal Remy Collado répond que «oui il y a une demande, on y est attentif mais la proximité on l’a. On répond déjà à ces critères» soulignant lui aussi une baisse de la consommation. L’exemple de l’abattoir d’Autun est abordé, mettant en avant la mobilisation des éleveurs et un travail avec la grande distribution. Interrogeant encore d’éventuels partenaires, Joël Mathurin obtient des réponses de bouchers et d’éleveurs locaux qui veulent bien s’engager à faire travailler l’abattoir.
La Chambre des métiers voulant, elle, servir de lien pour que les gens intéressés se fassent connaître auprès d’eux afin d’organiser la réflexion globale. Et Bernard Pouillon de redire qu’il «faut s’engager, sinon Corbigny est mort. Mais je me pose des questions. Un marché de niche, oui, mais ne faut-il pas plutôt réfléchir à un cœur d’abattoirs. Il n’y aura pas plusieurs niches et plusieurs abattoirs». En fin de réunion, Joël Mathurin semble satisfait de l’intérêt porté par les acteurs de la filière présents ce jour-là affirmant qu’il y a ici «un savoir-faire, une performance sanitaire et environnementale». Mais soulignant que d’ici un an, il faudra pouvoir donner un projet clair. Un projet qui «nécessite une dynamique privée et publique». L’organisation doit se mettre en place, mobiliser les ressources et les acteurs pour pourvoir espérer trouver une issue favorable pour l’abattoir. Un plan B. Un équipe-projet se met donc en place, la Comcom devant porter cette réflexion qui, il faut l’espérer, n’est pas un marché de dupes.