Accès au contenu
Vœux 2016

«Impossible de s’adapter indéfiniment»

Vincent Lavier, président de la Chambre d’agriculture de Côte d’Or, a présenté les vœux de la profession lundi soir à Bretenière.
Par Aurélien Genest
«Impossible de s’adapter indéfiniment»
Le président de la Chambre d’agriculture a accueilli la nouvelle préfète Christiane Barret, en poste depuis le 4 janvier.
Vincent Lavier n’a pu faire abstraction de la situation économique désastreuse de l’année écoulée, lors des vœux de la profession agricole proclamés lundi soir à la Maison de l’agriculture de Bretenière. Évoluant dans un contexte de prix mondiaux, les producteurs doivent constamment faire face aux normes européennes et à de lourds coûts français en matières sociale et fiscale.

Le président de la Chambre d’agriculture s’est directement adressé aux élus et politiques lors de cette cérémonie : «Nous pouvons avoir la meilleure agriculture du monde avec la meilleure productivité, les meilleurs techniciens, il arrive un moment où il devient impossible de rester dans la course avec un boulet à chaque pied». Il existe «deux alternatives politiques possibles» selon Vincent Lavier: «soit nous faisons le choix, dans ce pays, d’une agriculture tournée vers la satisfaction des marchés mondiaux, comme ont pu le faire quelques pays voisins en Europe, et nous nous donnons les moyens d’y arriver en travaillant notamment sur tous les leviers de la compétitivité. Soit nous nous limitons à honorer la demande intérieure ainsi que quelques marchés de niche en faisant le choix d’un autre modèle. Sauf qu’à ce jour, le débat n’a pas été tranché et que tout le monde autour de nous a cru que les agriculteurs allaient pouvoir continuer à s’adapter indéfiniment».

Difficile constat
Pour Vincent Lavier, «la situation n’est plus possible pour un certain nombre d’agriculteurs» : «j’en arrive à me demander si nous n’avons pas atteint les limites d’un système agricole, mis en place au début des années 60 avec la Pac et les lois d’orientation, qui voit sa résilience se détériorer sous l’effet conjugué d’une perte d’efficacité économique couplée à un accroissement important de l’endettement». Le plan de soutien à l’élevage est arrivé cet été mais une seule des mesures, en l’occurrence l’année blanche, aura «un véritable effet» selon le président de la Chambre d’agriculture, à condition «que les marchés se redressent, sans quoi le problème se reposera de la même façon l’année prochaine».

Vincent Lavier a regretté que les producteurs de matières premières servent de variable d’ajustement dans la politique des prix bas menée par la filière. Le responsable côte d’orien s’est même permis de «rêver» quelques instants : «La vente à perte est régie par la LME qui la considère comme une pratique commerciale déloyale et légalement interdite. Cette loi est destinée à protéger les petits commerces en limitant les abus de position dominante. En cette période de vœux, nous avons le droit de rêver un peu. Alors je m’adresserais bien au législateur pour lui demander de rédiger une loi qui interdise aux acheteurs de matières premières agricoles de proposer des prix qui ne permettent pas de couvrir les coûts de production de l’agriculteur !»

Un processus de mutualisation
Vincent Lavier a évoqué bien d’autres dossiers dans son intervention (drive fermier, réchauffement climatique, loi d’avenir...), tout en saluant une nouvelle fois les locaux de Bretenière, considérés «de bonne facture, très fonctionnels et correspondant tout à fait aux attentes». L’entité administrative régionale du réseau consulaire a elle aussi été présentée : «il est dans notre intérêt de nous structurer et de toute façon la loi d’avenir de agriculture nous y oblige. Elle nous demande aussi de s’engager dans un processus de mutualisation qui vise à mettre en place des services communs régionaux sur toutes les fonctions support comme les systèmes d’informations, la gestion des ressources humaines, la comptabilité, les services achat et la communication. L’organisation devra être opérationnelle pour le 1er janvier 2017. Les Chambres départementales conservent la maîtrise de leurs actions et restent bien l’interlocuteur privilégié des agriculteurs sur le terrain».