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Abreuvement des bovins

Il fallait faire quelque chose

Mathieu Labonde, en Gaec avec Corentin Kukulinski près de Bligny-sur-Ouche, réalise de gros travaux pour limiter les contraintes en périodes de sécheresse.

Par AG
Il fallait faire quelque chose
L'éleveur charolais, devant deux de ses bacs en béton de 2 000 litres chacun.

Dans le petit village d'Auxant, il n'y a pas de nappe : « Il n'y a aucune réserve d'eau ou presque, à part quelques puits. La roche est à moins d'un mètre », décrit Mathieu Labonde. Les complications lors des années sèches, cet éleveur de 185 mères charolaises en connaît un rayon : « c'est à chaque fois une grosse galère pour nous, avec beaucoup de travail, de temps passé, d'énergie déployée et d'argent dépensé. L'année dernière, il a manqué de l'eau pendant cinq mois : le coût de la main-d’œuvre, du matériel et du fioul pour acheminer de l'eau à nos bovins a atteint 15 000 euros. À cela, il a fallu ajouter une facture du réseau de 8 000 euros, car nous n'avons pas tout pris dans la rivière de l'Ouche, située à 5 km de l'exploitation. En 2023, cette même facture s'élevait à 12 000 euros ! ». Mathieu Labonde était en réflexion depuis longtemps : « il fallait faire quelque chose, cela ne pouvait plus durer comme ça… Nous avons trouvé une belle parade avec la participation du Syndicat du bassin de l'Ouche (SBO). Ce dernier souhaitait travailler sur la sauvegarde de l'Éclin, le seul cours d'eau qui traverse la commune avec beaucoup d'eau en hiver mais quasiment rien dès le mois de juin ». Pour le maintien des berges, le SBO a fait installer 3 km de clôtures le long de ce cours d'eau : « en contrepartie, nous avons demandé une autorisation de pompage, avec l'objectif de stocker l'eau hivernale en excès. Des puits de captage ont été réalisés, d'autres ont été réaménagés. L'opération avec le SBO a concerné cinq puits. De notre côté, avec Corentin, nous avons créé dix autres points d'eau sur nos 250 ha de prairies. Les travaux ne sont pas tous terminés aujourd'hui : nous recommencerons au printemps pour que tout soit prêt cet été ».

Pratiques et fonctionnels

Les dispositifs fonctionnent à l'aide d'une pompe solaire. L'activation du système est automatique et régulée par un flotteur positionné dans les bacs à eau. Dans le même temps, Mathieu Labonde et Corentin Kukulinski ont investi dans une citerne souple pour stocker 500 m3 d'eau : « l'objectif est, encore une fois, de la remplir en hiver, pour utiliser l'eau quand nous en aurons besoin. Nous avons aussi une station pour filtrer et traiter cette eau pour nos bovins ». Les travaux réalisés ne s'arrêtent pas en si bon chemin : 1,8 km de conduite d'eau a été installé pour relier les trois bâtiments d'élevage du Gaec : « nous pourrons utiliser l'eau stockée, pour limiter les dépenses. Ces conduites nous permettront également d'envoyer de l'eau du réseau dans les bacs, en cas de forte sécheresse. Nous devrions gagner cinq heures de travail par jour durant l'été, ce n'est pas rien ! ». Les « choses » ont été faites en bonne intelligence, poursuit le naisseur-engraisseur : « la biosécurité a été prise en compte, elle aussi. Les points d'eau sont aménagés sur un sol sec et sain, avec des cailloux. Ici, nous sommes en zone tuberculose, nous ne sommes jamais assez prudents avec la faune sauvage. Et nous avions des problèmes de dermatite digitée, l'autre nom de la Mortellaro. Ces dispositifs sont donc les bienvenus ». Sans compter leurs 250 heures de travail, Mathieu Labonde et Corentin Kukulinski ont dépensé 35 000 euros en matériels divers et variés. Les deux éleveurs ont bénéficié d'une aide du Conseil départemental et d'une bonification JA, suite à l’installation de Corentin en avril dernier, pour diminuer la facture initiale qui s'élevait à 60 000 euros.

Le dispositif, avec le cours d'eau en arrière plan.