Il devient urgent d'agir sur les naissances
Éleveur nivernais, vice-président de la FNB et élu de la Chambre d'agriculture de la Nièvre, Emmanuel Bernard livre, dans cette lettre ouverte, son inquiétude sur l'évolution des naissances en élevage bovin, dans le département. Il appelle à une vaste mobilisation pour enrayer cette tendance délétère.
« Après une campagne de vêlages 2024-2025 catastrophique dans le département due aux conséquences de la FCO (sérotypes 3 et 8), cette nouvelle campagne se termine sans rebond du nombre de naissances. Au-delà des conséquences économiques et psychologiques pour les élevages, c’est toute une filière qui subit une moindre production d’animaux destinée aux différents débouchés nationaux et Italiens notamment. La Chambre d’agriculture a évalué ces conséquences en termes de pertes économiques pour les éleveurs, quelques aides régionales ont permis à 120 éleveurs de limiter la casse. Ensuite, la protection sanitaire nécessaire, notamment par la vaccination, est proposée afin de limiter les risques dans l’avenir. Avec la hausse des cours, c’est bien la quantité de kilos produits qui détermine le revenu. La section bovine de la FDSEA de la Nièvre se mobilise avec les acteurs de la filière afin de permettre à ceux qui désirent recapitaliser de réfléchir à un financement en fonds de roulement. Cela s’adresse en priorité aux jeunes agriculteurs mais aussi à ceux qui réfléchissent à un développement de leur élevage. Produire des veaux ne se décrète pas et l’augmentation des cheptels ne rime pas forcément avec une meilleure efficacité du travail. Dans ce contexte, la Chambre d’agriculture peut amener des pistes de réflexions. Partout sur le territoire nivernais nous devons nous mobiliser pour mieux gérer nos facteurs de production. D’autre part, cette conjoncture aboutit à une raréfaction de la ressource pour la filière. L’exportation d’animaux vers l’Italie diminue fortement, ce qui peut sembler une bonne nouvelle pour certains, mais qui ouvre la voie à d’autres débouchés dans un pays qui n’a pas de cheptel assez important pour ses besoins. Enfin, pour notre filière locale, nos abattoirs souffrent d’un manque d’animaux. Pour les industriels et coopératives, les contrats sont les outils adaptés à une sécurisation pour un approvisionnement dans la durée. En revanche, pour nos outils locaux, une mobilisation collective est très importante. L’abattoir de Cosne qui a rouvert depuis quelques semaines mérite un accompagnement spécifique par les Chambres d’agriculture des différents départements concernés, des collectivités territoriales et surtout d’un engagement des éleveurs. La segmentation nécessaire doit rester un enjeu majeur dans un avenir proche. Les bouchers, des grandes et moyennes surfaces (GMS) ainsi que des restaurateurs ont besoin de produits locaux dans un modèle économique maîtrisé. C’est pourquoi, dans la Nièvre, il semble important de favoriser le maintien de cet outil. Pour le reste, il faut continuer de réfléchir à l’organisation d’une unité de transformation, soit adossée à cet abattoir, soit un lieu ayant un intérêt logistique. En revanche, à l’instar de ce qui est proposé dans le plan souveraineté annoncé par la ministre de l’Agriculture lors du dernier Salon de l’Agriculture, développer un projet d’abattage supplémentaire n’a pas de sens dans la situation actuelle. Cette vision n’a aucune posture politique, mais un regard critique face à une perte continue de potentiel de production. Arrêtons de perdre des vaches, produisons plus pour des marchés locaux et nos clients historiques et investissons dans des outils d’avenir… Le service élevage de la Chambre d’agriculture sera aux côtés de ceux qui ont le goût d’entreprendre ».