Accès au contenu
Poursuivre l’assainissement

IBR : le bon plan du GDS 58

La Nièvre s’est déjà beaucoup assainie de l’IBR, mais reste encore en-dessous des statistiques des départements limitrophes. Le GDS 58 attire l’attention des éleveurs sur les bienfaits d’une qualification «indemne», processus qu’il propose de façon gratuite et simple.
Par Emmanuel Coulombeix
IBR : le bon plan du GDS 58
Rodolphe Morizot, technicien du GDS 58, veut augmenter le nombre de cheptels demandeurs et détenteurs d’appellations.
«Dans la Nièvre, 930 cheptels sont qualifiés sur un total de 2000. Notre objectif est d’arriver à 200 cheptels qualifiés supplémentaires d’ici deux ans» annonce le directeur du Groupement de Défense sanitaire (GDS) de la Nièvre, Alain Bonnel. C’est que, dans les tuyaux, le projet d’une harmonisation européenne autour d’une troisième prophylaxie à 1 ou 2 ans, inspirée par le plan IBR allemand, se profile à vitesse grand V. «A terme -mais on en parle déjà depuis plusieurs années- le plan français s’alignera sur celui de nos voisins d’outre-Rhin, qui sert de référence européenne, et les bovins positifs ne pourront plus sortir vers les ateliers d’engraissement, les abattoirs ni l’export» anticipe Rodolphe Morizot, le technicien du GDS. Autant dire que ces animaux n’auront sans doute plus beaucoup de valeur, si ce n’est qu’ils constitueront encore une menace pour la santé de tout leur cheptel.

Dans la Nièvre, face au problème, les premiers dépistages ont eu lieu en 1995, le plan IBR avec les premières appellations sur les cartes vertes a été décidé en 1997, sur la base du volontariat, mais il a fallu attendre 2006 pour que l’Etat, par arrêté ministériel, décide de rendre le dépistage et la vaccination des bovins positifs obligatoires. Depuis lors, le département s’est nettement assaini puisque de 55 000 bovins touchés à l’époque, la Nièvre n’en recense plus que 12 500 en 2015. «En dix ans, nous avons énormément progressé puisque nous sommes aujourd’hui à 68,4% de cheptels négatifs dont les deux tiers qui sont qualifiés» souligne Rodolphe Morizot. Mais ce n’est sans doute pas encore assez. Des élevages se privent de qualification, alors que les animaux sont négatifs et qu’il serait assez facile de les amener vers l’appellation, «un contrat entre l’éleveur et le GDS qui ne coûte rien et peut se résilier à tout moment».
Il suffit d’une prise de sang au moment des tests de brucellose mais les éleveurs semblent encore retenus par des «freins psychologiques anciens» selon Rodolphe Morizot, «des réticences à lever qui sont la conséquence d’un dénigrement du plan IBR par certains au départ» confirme Alain Bonnel.

Lettre aux vétérinaires
Afin de sensibiliser les cabinets de vétérinaires du département, le GDS 58 vient de leur écrire au début de l’année, afin qu’ils se fassent le relais auprès des éleveurs. «L’objet de la relance est d’augmenter le nombre de cheptels demandeurs et détenteurs d’appellations» souligne Rodolphe Morizot. Des réunions d’information pour les éleveurs dont les cheptels comptent entre 0 et 5 bovins positifs sont organisées au sein même des cabinets. Et la signature de contrats leur est proposée. L’engagement comporte ses exigences, comme le respect d’un cahier des charges qui implique deux prophylaxies entièrement négatives par animal entre 3 mois et 15 mois. Mais ce plan est gratuit et induit aussi quelques avantages.

La carotte, c’est avant tout la certitude d’une meilleure valorisation des animaux chez leurs acheteurs. Ainsi, en moyenne, un vendeur peut espérer tirer jusqu’à 30 euros supplémentaires par bovin indemne, dixit le directeur du GDS. Et ce n’est pas tout : «les opérateurs commerciaux nous disent qu’ils éprouvent des difficultés à trouver leur bonheur en bovins indemnes IBR pour l’export vers le Maghreb» confie le technicien. «Il faut que nous nous adaptions à la demande si l’on veut rendre l’export possible vers ces marchés-là» ajoute Alain Bonnel. Un pays qui importe, c’est un volume de production qui s’accroît, donc une meilleure valorisation des élevages, juste parce qu’il y a «un plus grand nombre de bovins certifiés». Si le tiers des cheptels négatifs qui ne demandent pas l’appellation dans la Nièvre le faisaient, ils deviendraient alors exportables. Dans le contexte économique que connaît l’élevage, pourquoi s’en passer ?

Une maladie virale ancienne

L’IBR ou Rhinotrachéite bovine infectieuse est un herpes virus qui a posé de très sérieux problèmes dans les élevages il y a une trentaine d’années. Maladie respiratoire (et de façon très exceptionnelle génitale), elle a particulièrement touché les ateliers d’engraissement. Aujourd’hui, c’est un problème commercial, qui déprécie les animaux qui en sont touchés, les négociants n’hésitant pas à faire feu de tout bois pour ajuster leurs prix.
Selon Alain Bonnel, le directeur du GDS 58, il s’agit d’un virus qui se transmet de mufle à mufle (et par voie génitale), à la fois par un contact direct mais aussi par le matériel, des cotes aux gants de fouilles, en passant par les mouchettes...
Comme la varicelle chez l’homme, qui une fois contractée et guérie, se transforme parfois en zona, des années plus tard, l’IBR peut rester à l’état de latence chez des bêtes dites «séropositives» durant toute leur vie. Celles-ci sont suspectes d’être recontaminantes et c’est pour çà que la profession a pris l’habitude de vouloir les éliminer. La vaccination permet de limiter la ré-excrétion virale mais «la solution idéale, c’est l’élimination du bovin» préconise Rodolphe Morizot, pour qui «la Nièvre a toujours été en avance sanitaire sauf sur l’IBR où on est au milieu des wagons». Des régions telles que la Bretagne ou la Franche-Comté, par exemple, parviennent à des taux de 98% d’animaux indemnes.