« Enraciner leurs rêves pour qu'ils grandissent avec eux »
Jeudi 5 février, un nouveau projet de vitiforesterie dans l'Yonne s'est concrétisé à Jussy. L'occasion pour plusieurs classes de primaire de Coulanges-la-Vineuse de découvrir la biodiversité au plus proche du sol.
Après six ans de plantation d'arbres au niveau national, l'association « Des enfants et des arbres » se réjouit du nombre de plantations prévu cette année, défini comme « du jamais vu » par Romane Constantin, chargée de communication de l'association. En Bourgogne, l'association comptabilise, depuis sa création, près de 23 plantations représentant près 3 800 arbres. Au cours de l'année, trois projets sont prévus au sein du département de l'Yonne, dont deux en mars et un jeudi 5 février au sein de l'exploitation de Guillaume Clément, viticulteur à Jussy. Après avoir donné un coup de main l'an dernier à Benoît Mouffron pour la concrétisation du projet de plantation de haies par des scolaires, Guillaume Clément confie qu’« entendre les enfants découvrir la biodiversité, comme des vers de terre, m'a particulièrement plu ». Ses premiers pas dans ce projet commencent par une discussion avec Sarah Dujardin, technicienne régionale à la Ligue de Protection pour les Oiseaux (LPO) qui lui « propose de l'accompagner dans les démarches administratives ». Tout part « d'un appel à projet lancé par l'association Des enfants et des arbres qui propose de financer nos plantations d'arbres », se souvient le viticulteur. Pour faire partie du projet, le viticulteur doit donc « démontrer sa volonté, son envie, et sa projection sur le long terme » d'avoir des haies dans ses vignes. Pour lui, c'était une évidence depuis de nombreuses années. « Je me suis converti en bio l'an dernier et j'ai décidé de sauter le pas, mais en réalité cela fait cinq ans que j'en rêve. La monoculture ce n'est pas envisageable, il faut de la diversité dans notre paysage. Au-delà du côté esthétique, cela permet de donner de la nourriture à la faune sauvage, de limiter l'érosion des sols, de prévenir le réchauffement climatique, de faire revenir des oiseaux sur nos terres et donc de recréer un cycle de prédation naturel », affirme-t-il, convaincu. En attendant que les scolaires arrivent, il confie que « deux cents arbres vont être plantés ce jour ».
« Leur planter une graine dans l'esprit »
En entendant les rires et les chamailleries au loin, les bénévoles des différentes instances se réunissent pour un point logistique. « Les élèves doivent créer cinq groupes : deux d'entre eux feront de la plantation, un groupe réalisera un atelier de sensibilisation aux espèces d'oiseaux, un groupe s'occupera d'étudier le sol et la biodiversité qui l'accompagne et le dernier groupe réalisera des jeux en autonomie. Ces jeux comprennent un Uno spécial oiseaux et un jeu qui leur fait comprendre la notion d'aménagement paysager », renseigne Sarah Dujardin. En arrivant, l'un des enfants demande « pour quelles raisons les vignes sont éloignées de la zone où nous allons planter ? ». Le sourire aux lèvres, Guillaume Clément répond que « c'est pour éviter que les racines des différents arbustes se concurrencent ». Pendant ce temps, d'autres enfants s'amusent à récupérer des vers de terre. Sarah Dujardin en profite pour prendre la parole et présenter la LPO. « Nous nous occupons de faire des inventaires sur les espèces d'oiseaux, de compter les espèces menacées et de protéger les espèces. Notre but est de faire connaître notre ligue pour protéger les oiseaux », informe-t-elle auprès des scolaires. Répartis par groupe, les enfants courent dans les champs pour rejoindre leurs animateurs respectifs. Parmi les groupes, nous retrouvons Marie-Pierre Bourlet et Nathalie Borgnat, institutrices à l'école primaire de Coulanges-la-Vineuse. « C'est une première pour nos élèves de faire partie d'un projet de cette ampleur », confient-elles le sourire aux lèvres, « et c'est pari réussi ». Cette intervention entre dans le cadre de leurs formations, où « cela nous permettra de travailler sur la biodiversité et la photosynthèse par la suite ». Localisée au sein d'un village viticole, l'école primaire enseigne à de nombreux enfants « d'agriculteurs et viticulteurs », et « les enfants sont donc déjà sensibilisés à la haie », conclut Marie-Pierre Bourlet.