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Méthanisation

Du gaz dans le Morvan

Engagée depuis longtemps dans une démarche environnementale, la ferme de l'€™abbaye de la Pierre-qui-Vire valorise aujourd'€™hui ses effluents d'€™élevage par le biais d'€™une unité de méthanisation installée sur l'€™exploitation.
Par Dominique Bernerd
Du gaz dans le Morvan
Philippe Abrahamse, co-gérant de l'exploitation et l'unité de méthanisation bardée de bois du Morvan.
Située à quelques centaines de mètres au dessus de la célèbre abbaye, la ferme de la Pierre qui Vire, à Saint-Léger-Vauban, est engagée depuis plus de 20 ans en agrobiologie. L'€™exploitation compte 170 ha de SAU, 150 ha de prairies temporaires et produit des fromages bio à partir du lait de ses 75 vaches brunes des Alpes et de ses 100 chèvres alpines chamoisées. Production annuelle : 450 000 litres de lait pour 320 000 transformés (vaches) et de 45 à 50 000 litres transformés en totalité pour les chèvres.
Mettre en place une unité de méthanisation sur une exploitation est un travail de longue haleine. Né d'€™une première réflexion suite à un stage sur le sujet organisé par la Chambre d'€™agriculture de l'€™Yonne en 2006, le projet a mûri lentement dans l'€™esprit de Philippe Abrahamse, co-gérant de l'€™exploitation : «à l'€™époque, on était encore en aire paillée dans la stabule et je n'€™étais pas vraiment convaincu par l'€™utilisation d'€™effluents liquides, ni même par le processus de méthanisation en lui-même». Il y a 3 ans, s'€™est posée la question de passer en logettes : «à la fois pour éviter la grosse corvée de paille mais aussi pour des raisons économiques. Ici on est dans le Morvan, de la paille, il n'€™y en a pas et si on doit brûler plus de 5000 l de fuel annuellement pour aller chercher les 2000 à 2500 t de paille dont on a besoin, c'€™est aberrant !» L'€™exploitation cherchant également à diminuer sa consommation de propane, c'€™est tout naturellement que le projet s'€™est concrétisé, suite au remplacement de ses aires paillées en logettes et fin 2010, débutaient les travaux de l'€™unité de méthanisation.

[INTER]Une économie de gaz estimée à 10 000 € par an[inter]
Entrée en fonctionnement début février 2012, l'€™installation est composée d'€™une préfosse de 24 m3, un digesteur de 353 m3, un post digesteur de 1414 m3 et d'€™un moteur de cogénération de 30 kWé (25 cv) *. Elle est alimentée à partir des substrats issus de l'€™élevage : entre 1000 et 1200 tonnes de lisier bovins, 120 t. de fumier des veaux, 140 t. de fumiers caprins. Se rajoutent environ 200 tonnes de déchets de décorticage de céréales, en provenance de la coopérative bio Coceby.
Le système de cogénération biogaz, permet, grâce à son moteur thermique de 30 kW et à un alternateur, de produire à la fois du courant et de la chaleur. L'€™électricité ainsi obtenue, réinjectée sur le réseau, est estimée à 203 000 kWh par an. Soit la consommation annuelle de 33 habitations hors chauffage (6000 kWh/an) ou l'€™équivalent de 70 000 litres d'€™essence. L'€™énergie thermique récupérée sur le refroidissement du moteur et le gaz d'€™échappement est prévue pour alimenter la fromagerie et les maisons d'€™habitation avoisinantes. Seule la laiterie est aujourd'€™hui raccordée au système, pour la production de son eau chaude sanitaire. Philippe Abrahamse estime l'€™économie de gaz réalisée à 10 000 €/an. Reste toutefois une inconnue : quid de la chaleur obtenue l'€™été ? Parmi les perspectives imaginées pour la valoriser : un projet de séchage de foin en grange.

[INTER]Coût de rachat de l'€™électricité : entre 16 et 17 cts d'€™€ le kwh[inter]
S'€™inscrivant dans un projet global d'€™exploitation qui impliquait le passage en logettes, l'€™unité de méthanisation a permis également des économies substantielles sur le poste paille : «là où on en consommait jusqu'€™à 12 kg par jour et par animal, on en utilise plus qu'€™environ 500 gr, soit l'€™équivalent d'€™une botte par semaine, disposés par-dessus les matelas mousse installés dans les logettes». Raclé automatiquement plusieurs fois par jour, le lisier est ensuite envoyé par un système de canalisations dans la préfosse, avant de passer dans le digesteur. Le digestat obtenu étant ensuite épandu sur les parcelles de
l'€™exploitation.
Coût de l'€™installation globale : environ 500 000 €, subventionnés à près de 50% dans le cadre d'€™une subvention PPE (Plan National de Performances Energétiques des Exploitations Agricoles). Le tarif de rachat d'€™électricité devrait se situer entre 11,19 et 13,37 cts d'€™€/kWh. Auxquels se rajoutent une prime effluents élevage de
2,6 cts et une prime sur la valorisation des déchets pouvant atteindre 4 cts.

* Sources données chiffrées : Relais Agri Energie à la Chambre d'€™agriculture de l'€™Yonne