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Le préfet de la Nièvre chez Fabrice et Michel Prévotat

Dialogue renoué, actions encouragées

Jean-Pierre Condemine, le préfet de la Nièvre, a consacré sa matinée du 17 décembre a aller visiter des éleveurs bovins du Morvan, d’abord Michel et Fabrice Prévotat à Montigny-en-Morvan puis Didier Bouchoux à Corancy. Un échange s’est installé. Loin des actions syndicales coup de poings des semaines précédentes.
Par Emmanuel Coulombeix
Dialogue renoué, actions encouragées
Le 17 décembre, Fabrice et Michel Prévotat (à gauche) ont accueilli Jean-Pierre Condemine, le préfet de la Nièvre, et Hubert Goglins, le DDT adjoint, sur l’exploitation du premier.
Une semaine plus tôt, Michel Prévotat, président cantonal de la FDSEA de Château-Chinon, encadrait, avec quelques collègues, un contrôle de l’ASP à Blismes (lire Terres de Bourgogne n°1301). Mercredi 17 décembre, il accueillait le préfet de la Nièvre sur l’exploitation de son fils, Fabrice, à «l’Huis-Morot», sur la commune de Montigny-en-Morvan. L’échange a été aussi courtois et chaleureux que les gouttes de pluies étaient glaciales et les sols détrempés. Adepte d’un dialogue constructif avec la profession, Jean-Pierre Condemine ne rechigne pas à venir constater par lui-même la situation des éleveurs sur le terrain. «Et je le ferai sans doute de plus en plus» a-t-il lâché, au détour d’un dialogue riche et constructif avec ses hôtes. L’opération séduction, entamée avec Hubert Goglins, le DDT adjoint, à ses côtés, a fonctionné à plein. «N’attendez-pas d’être en difficulté pour nous saisir» a-t-il lancé à Michel et Fabrice Prévotat, comme un encouragement à faire partager cette marque de bonne volonté à toute la profession. Au cours de l’entretien, et de la visite dans la stabulation, le représentant de l’Etat s’est montré «attentif, ouvert et à l’écoute des problèmes et des revendications des éleveurs» selon ses hôtes pleinement satisfaits des deux heures de rencontre. Il a aussi fait allusion à «quelques pistes d’action».

Pour une agriculture familiale
Parmi les remarques des éleveurs, il y a d’abord eu celle de la nécessité du maintien d’une agriculture familiale. «Nous ne voulons pas de l’industrialisation de l’agriculture, pas d’une financiarisation telle que la connaît la filière laitière en Bretagne» a prévenu Fabrice Prévotat. «Nos grands-parents et nos parents ont tout fait pour pouvoir nous transmettre, alors qu’ils n’avaient pas les moyens d’acheter une ferme. Il faut plus de rentabilité de l’outil de travail à la famille» a surenchéri Michel Prévotat. Ce à quoi le haut fonctionnaire a répondu que «l’agriculture est un monde diverse. Je considère que l’agriculture familiale, qui doit évoluer sur certains points, est un atout pour l’agriculture française, à la fois dans les modes de consommation et dans le rapport au territoire». Le préfet, qui avait longuement rencontré les JA de la Nièvre, le dimanche précédent à La Celle-sur-Nièvre, a aussi voulu témoigner que «je rencontre des JA qui sont allants, très opiniâtres, qui sans cacher les difficultés, vont de l’avant avec une vraie passion pour leur métier. Je n’idéalise pas. Je sais que derrière, il y a des difficultés, mais l’agriculture familiale a toute sa place» a-t-il énoncé. Parmi les contraintes mal vécues par les éleveurs, Fabrice Prévotat a fait écho à l’impossibilité de retourner les prairies  : «Des céréaliers bien conseillés qui reprennent et font des montages y arrivent alors que nous nous ne pouvons pas labourer 4 ha» s’est-il plaint au haut fonctionnaire. Celui-ci a concédé que «c’est un sujet qui revient souvent». Tout comme la rapport des producteurs avec la grande distribution  : «Les grandes enseignes ont toute puissance. Elles nous tiennent la tête un coup au-dessous, un coup au-dessus de l’eau» a regretté Fabrice Prévotat. «Le prix du kilo est passé de 4,20 euros à 3,60 euros en un an. Et c’est à nous de nous serrer la ceinture» a insisté son père, qui a expliqué que dans le cadre de la charte qualité à laquelle une marque de grandes surfaces les contraint, «nous sommes payés au prix du marché alors que la plus-value est faite par le marketing et la publicité». Fabrice d’enfoncer le clou  : «ce sont des gens intouchables. L’Etat ne peut rien. On en reparlera». Et Michel Prévotat d’insister  : «il ne faudrait pourtant pas grand chose, 1 euro de plus au kg, sur une carcasse de 420 kg. Ce n’est pas énorme. La grande distribution pourrait réduire sa marge»... Le discours était rôdé et limpide, tant du président cantonal FDSEA que de son fils, ancien président des JA de la Nièvre.

Pistes d’actions
Sans trop dévoiler les idées qui l’animent et les résultats des groupes de travail qui se tiennent sour son autorité, Jean-Pierre Condemine a tenu à démontrer à ses hôtes qu’il ne restait pas les bras croisés. «Je suis à votre écoute. Mon rôle est de remonter vos revendications aux niveaux régional et national de façon objective, avec l’aide de la DDT» a-t-il précisé. Et d’insister : «le préfet peut aider à fédérer des actions plus locales sur le territoire, sans en dire plus pour l’instant, par exemple sur l’amélioration de la filière avec la grande distribution, mais aussi à l’export ou encore afin de favoriser les productions locales dans la restauration collective des collectivités publiques. Il y a des petites choses sur lesquelles on peut avancer» a-t-il promis. Tout en appelant les éleveurs à se prendre en main sur d’autres dossiers. «Vous devez porter haut votre image, ce que vous faites, la qualité de vos productions mais aussi le fait que vous êtes des protecteurs du territoire et des gardiens de l’environnement. Il faut éviter que s’installe une rupture entre les territoires. Je suis prêt à des actions concrètes dans ces domaines». Avant de partager le café avec ses hôtes, Jean-Pierre Condemine a même été jusqu’à reconnaître que «je suis assez d’accord avec çà» quand, au sujet des cours d’eau dans le Morvan, Michel Prévotat a assuré que «s’il y a des crapauds sonneurs sur le territoire du Parc naturel régional, c’est parce qu’il y a des paysans qui en ont pris soin !»   D’où la conclusion du préfet  : «je suis de plus en plus convaincu que l’avenir de l’agriculture passe par une approche globale du territoire». Ça passe autant par des solutions environnementales que par une conscience des besoins du secteur géographique en matière de petite enfance, de santé ou d’infrastructures numériques...