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Innovations

Deux solutions challengées chez Agronov

Le pôle régional d'innovation en agroécologie a réuni récemment un Comité d'expert élevage afin d'évaluer des solutions technologiques novatrices.

Par Berty Robert
Deux solutions challengées chez Agronov
Lors de la réunion du comité experts élevage d'Agronov, début juillet à Bretenière.

Régulièrement, le pôle régional d'innovation en agroécologie Agronov soumet à un groupe d'experts des solutions technologiques imaginées par des entrepreneurs novateurs. Charge à ces derniers de convaincre un auditoire composé d'éleveurs, de conseillers techniques, d'acteurs de l'écosystème agricole, de représentants d'instituts techniques, de coopératives ou même de la MSA. Ces comités sont un véritable espace d'échanges et d'évaluation qui peuvent déboucher sur la présentation de solutions innovantes aux professionnels de la filière. La dernière réunion de ce comité d'expert était consacrée à l'élevage et s'est tenue à Bretenière, près de Dijon, début juillet. Parmi les projets présentés, nous en évoquerons deux :

– Greenphage SAS : créée en 2017 et basée à Montpellier, cette structure conçoit des solutions antibactériennes de précision à base de bactériophages, des virus qui infectent les bactéries. Ses cibles sont les bactéries pathogènes sur les animaux, ou portées par les animaux et dangereuses pour l'homme. Le produit proposé se mélange avec de l'eau. Pour Guillaume Ribes, ingénieur technico-commercial de l'entreprise, la solution de désinfection Greenphage présente l'intérêt de préserver le microbiote des animaux traités (les micro-organismes qui sont dans leur système digestif notamment). « Le traitement, précise Guillaume Ribes, est à la fois très économique et très sélectif : un litre suffit pour traiter 200 bovins, ou 80 000 volailles. Il ne s'agit pas d'un produit vétérinaire, on s'intéresse à l'écologie globale de l'élevage. » L'entreprise recherche actuellement des fermes pilotes pour l'accompagner dans le développement de cette solution. Greenphage peut déjà revendiquer le développement de trois solutions antibactériennes commercialisées mais qui concernent la bactériose du melon, le traitement contre les eschericia coli dans les eaux usées et contre ces mêmes bactéries dans les infections urinaires. Sur la solution qu'elle présentait à Agronov, il reste encore à définir les bactéries cibles des différents élevages, à construire une collection de bactéries pathogènes cibles et une collection de bactériophages naturels actifs contre ces bactéries. D'où l'importance de s'appuyer sur des élevages partenaires, notamment pour y conduire des essais. Mais tout cela doit aussi passer par une évolution réglementaire permettant l'introduction de bactériophages dans les aliments pour animaux. Le projet Greenphage apparaît prometteur mais il n'apporte pas de réponse sur la partie virale, pour laquelle le vaccin reste incontournable. La solution Greenphage pourrait néanmoins se révéler intéressante pour le traitement des carcasses ou sur la qualité de l'eau d'abreuvement. Sur les bovins, la boiterie pourrait être une cible prioritaire pour ce type de traitement.

– Démétech : cette société a mis au point un tunnel de germination hydroponique (technique qui consiste à faire germer des graines dans un environnement contrôlé sans terre, utilisant plutôt un substrat inerte.) L'objectif étant d'accroître l'autonomie fourragère des élevages. Le tunnel, long de 32 mètres s'organise sur 4 étages et 6 mètres de large. Il faut compter un investissement de 500 000 euros pour une production quotidienne de fourrage de plus de 1,2 t. Une installation de ce type est actuellement testée dans une ferme du Jura, à Montrond. Stéphane Rousseau, le directeur de Démétech estime que, pour le Gaec laitier qui teste l'équipement, la production de lait a crû de 28 % entre 2025 et 2026, grâce à ce dispositif « qui permet de pallier les aléas climatiques. » Face à cette innovation, les experts rassemblés par Agronov se sont interrogés sur l'intérêt économique de la solution, comparé à l'achat d'aliment. De son côté Démétech recherche d'autres agriculteurs afin d'élargir ses retours d'expérience et valider ou invalider certains choix techniques. Si cette solution présente indéniablement de l'intérêt, alors que les éleveurs s'interrogent sur leurs capacités à produire suffisamment de fourrage à l'avenir, elle comporte encore beaucoup de paramètres à affiner pour démontrer toute sa pertinence, notamment économique.