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Coopération Conseil régional et région de Maule au Chili

Des stagiaires chiliens dans des exploitations nivernaises

L’histoire commence en 2009. Le ministère de l’Agriculture signe alors un accord de coopération avec son homologue chilien. Ici, le Conseil régional s’engageait avec Maule. Deux ans plus tard, l’Eplefpa du Morvan et celui de Fontaine mettaient en place des échanges d’étudiants et de stagiaires.
Par Fabienne Desseux
Des stagiaires chiliens dans des exploitations nivernaises
Franco, Catalina, Marcel Cottin, Nicolas Rojas et Mireille Coquelard Gallois. 
Depuis cet accord de coopération, ce partenariat permet à des étudiants français en BTS aquaculture du Lycée d’enseignement général et technique (LEGT) du Morvan et des adultes stagiaires du CFPPA de se rendre au Lycée agricole de Duao au Chili. À l’inverse, de jeunes chiliens en formation à San José dans cette ville – à un niveau équivalent à une terminale d’un lycée agricole – viennent en immersion sur des exploitations. Leur séjour dure un mois dont deux semaines sur le terrain. Catalina et Franco, âgés de dix-huit ans, viennent tout juste de redécoller vers leur pays natal afin de terminer la validation de leur diplôme dont les filières d’enseignement principal sont le maraîchage, l’équestre et l’élevage. Cette session de septembre 2017 avait vu l’arrivée de six stagiaires, deux filles et quatre garçons. Une partie était accueillie en Saône-et-Loire, les autres à Lormes ou Savigny-Poil-Fol tandis que Catalina et Franco s’installaient chez Catherine et Marcel Cottin à Isenay. Pour ces derniers, rien de plus naturel que de recevoir ces stagiaires du bout du monde. Maître de stage à Agrosup Dijon, Marcel Cottin a hébergé nombre de jeunes de toutes nationalités au fil des années. Angleterre, Sénégal, Ukraine, Congo... L’exploitation est depuis longtemps l’auberge espagnole des jeunes venus découvrir l’agriculture de nos territoires  : «Catalina et Franco font de tout ici, ils ont une participation active. Ce que j’ai remarqué, c’est qu’ils ont une capacité d’observation que nos jeunes français n’ont pas». Sans doute, explique Mireille Coquelard Gallois, directrice-adjointe au CFPPA du Morvan, «parce que le système d’apprentissage est plus basé sur la pratique au Chili alors qu’il est plus théorique ici.»

«Partout où je peux les emmener, je les emmène»
La famille Cottin a sa façon bien à elle de s’occuper de ses stagiaires de passage… «Partout où je peux les emmener, je les emmène», explique Marcel Cottin, «je cherche ce qui les intéresse et mon objectif professionnel est de trouver un interlocuteur précis. Puis il n’y pas de tableau des horaires. On se cale sur la vie de famille. On va bosser, on va se promener, on fait comme avec nos gamins». Seul souci, la barrière de la langue. Là encore les solutions sont nombreuses. Tout d’abord le rôle de Nicolas Rojas, service civique chilien arrivé en mars, qui permet de faire le premier lien. Mais au quotidien, la débrouille est de mise. Dictionnaire et téléphone pour des traductions en temps réel, tout est bon pour communiquer même si cela peut générer des frustrations. Et lorsque les échanges viennent sur les méthodes et les différences entre nos deux pays, l’atlas est toujours à portée de main. Car l’intérêt de la famille Cottin n’est pas de circonstance, creusant les interrogations, cherchant des réponses et faisant faire le maximum de travaux au sein de l’exploitation comme «donner la farine aux vaches à l’engraissement et même commencer à conduire le tracteur». Une méthode que tous les patrons de structures n’appliquent pas, les Cottin allant au-delà de la demande de l’Eplefpa. Comme le souligne Mireille Coquelard Gallois : «Ici on peut faire ce genre de choses. Ce n’est pas partout comme ça». Mais parfois, pas besoin de chercher très loin pour proposer aux stagiaires des découvertes agricoles inédites. Catalina et Franco ayant vu pour la première fois... un poulailler.  

Une aventure humaine
Pour Catalina et Franco, les débuts ont pu être un peu difficiles. Car aucun des deux n’avaient jamais quitté le sol chilien. Et même pour quelques semaines, le déracinement a pu se faire sentir. Heureusement, l’accueil familial et global des Cottin les a mis à l’aise, de même que la présence de leur homologue, Nicolas Rojas. Lorsqu’on interroge Catalina, elle dit souhaiter dans l’avenir se tourner vers une carrière vétérinaire. Ainsi, après son diplôme, cinq ou six ans d’études universitaires l’attendent. Venir ici est pour elle une belle opportunité pour apprendre à connaître une autre culture. Franco, de son côté, souhaite travailler dans le domaine équin. Sa famille possédant une exploitation de chevaux mais aussi de brebis et de vaches. Lui aussi est content de ce voyage et des découvertes professionnelles qu’il y a fait. Et si ces échanges franco-chiliens ne sont pas une obligation pour valider les diplômes des stagiaires, ils constituent avant tout une véritable aventure humaine. À la fois pour les jeunes mais aussi pour ceux qui les reçoivent. Une manière d’appréhender la mondialisation à travers ce qu’elle peut avoir d’humain, de proche et de riche.

Transmettre pour se comprendre. Mireille Coquelard Gallois est, quant à elle, ravie de la qualité de ces échanges et souhaite que de nombreux exploitants ouvrent ainsi leur porte à ces étudiants chiliens. Car il est parfois difficile de trouver des professionnels pour les accueillir, les maîtres de stage étant parfois compliqués à trouver. Cette année, une petite dizaine de jeunes chiliens ont foulé le sol français et rapporteront leur expérience à Duao où - sans aucun doute - ils aiguiseront la curiosité des promotions à venir.

Focus

Cela fait huit ans que les échanges entre le Maule et la Bourgogne sont actés. Pas tout à fait un hasard lorsque l’on sait que Michelle Bachelet – présidente du Chili – avait des ancêtres en Côte-d’Or. Venue le 30 mai 2009 à Chassagne-Montrachet, là où ils avaient vécu, elle y rencontre François Patriat alors président du Conseil régional et signe avec lui cet accord décentralisé. Dans la foulée, la Bourgogne ouvre un bureau de représentation à Santiago du Chili dans le but de renforcer sa présence économique. De nombreuse actions sont mises en place afin de valoriser les savoir-faire et enrichir les compétences des étudiants bourguignons favorisant ainsi l’employabilité. Ce partenariat Bourgogne-Maule possède cinq axes principaux : la formation professionnelle agricole, le développement économique et commercial, la santé, la jeunesse et la culture. Depuis 2011, la coopération entre le CFPPA du Morvan, le lycée agricole de Fontaines et le lycée de Duao est basée sur stages en aquaculture, agriculture biologique, élevage et analyse et conduite des systèmes d’exploitation. Depuis 2012 des accueils de formateurs ont été mis en place afin d’échanger autour des pratiques pédagogiques.