Viande bovine
Des hausses de prix... à l’arraché
Les blocages auront eu raison des réticences de l’aval de la filière. C’est un premier petit pas qui devra être suivi de beaucoup d’autres, pour parvenir, à coup de 5 cts d’augmentation au kilo de carcasse, à une rémunération satisfaisante de l’activité d’élevage.
Après quatre jours de blocage, les abattages bovins ont pu recommencer grâce à l’accord obtenu, ou plutôt arraché, sur une hausse de prix à la production, lors de la réunion organisée sous l’égide du ministre de l’agriculture le 17 juin dernier.
Mais attention «c’est une suspension avec mise sous surveillance des opérateurs de la filière, grande distribution et industriels, pour vérifier le respect des engagements» prévenait aussitôt le président de la Fédération nationale bovine, Jean-Pierre Fleury.
Les transformateurs, suivis par les distributeurs, se sont engagés à revaloriser le prix payé au producteur de 5cts d’euros le kilo de carcasse, dès le lendemain et à réitérer ces hausses chaque semaine, jusqu’à ce que les cours atteignent les coûts de production. Stéphane Le Foll a appellé à rester «extrêmement vigilants quant à l’application de cet accord».
Le dialogue est donc renoué au sein de la filière et Stéphane Le Foll a demandé aux représentants d’Interbev de réfléchir rapidement à des solutions pour redonner des perspectives aux producteurs. D’ici septembre, un indicateur des cours du steak haché devrait être proposé, puisque c’est le produit sur lequel les prix de la viande bovine subissent les plus fortes baisses. «Aujourd’hui, c’est le steak haché qui sert à faire le prix» explique Jean-Pierre Fleury, considérant qu’un tel indicateur permettrait de «stopper la guerre sur le haché, pour libérer le marché du piécé». Si l’objectif est clair, le moyen est plus difficile à mettre en oeuvre et la définition de cet indicateur ne va pas être simple à établir.
Ce premier chantier ouvre aussi la voie à un autre vaste chantier : celui de la segmentation des viandes à partir d’un socle qualitatif consenti où le troupeau allaitant constituerait un coeur de gamme.
Voir Communiqué FNB
INTERVIEW: Jean-Pierre Fleury, président de la FNB
Et maintenant ?
« Il faut être clair sur cette négociation, chacun des membres représentatifs de la filière bovine s’est engagé au respect de l’augmentation de prix consentie pour l’ensemble des animaux commercialisés. La grande distribution, quant à elle, s’est engagée à appliquer cette augmentation à l’ensemble de la viande bovine apportée par les industriels. Il faut maintenant, à tous les niveaux de la filière, que chacun assume sa part de l’engagement pris devant un ministre de la République. On n’imagine pas, alors que notre société est en mal de repères, qu’un tel engagement solennel ne soit pas respecté, c’est une question d’exemplarité.
Le syndicalisme a ouvert une voie, conscient qu’il était de son devoir de donner un cadre au désespoir et à la colère qui montaient des campagnes. Maintenant, à chacun sa part de responsabilité et cela commence dans la cour de ferme. Et c’est valable aussi pour les négociants et les organisations de producteurs qui ne sont pas là seulement pour gérer des flux, mais d’abord pour défendre le meilleur prix pour les éleveurs.
Nous serons très vigilants quant au respect des engagements fermes pris devant le ministre et consentis grâce à la mobilisation des éleveurs.
Tout le monde doit tirer vers le haut, sortir du fatalisme ambiant et de la résignation, le marché sera ce qu’on en fera. L’intox a marché à plein dans un gigantesque poker menteur dont les dés étaient pipés. Le rapport Chalmin est heureusement venu appuyer les éleveurs dans leur lutte. Le décrochage est tel entre les baisses de prix imposées aux producteurs et les résultats engrangés par l’aval que cette hausse ne devrait même pas impacter le prix consommateur».
Propos recueillis par Anne-Marie Klein
... Avant la table ronde
Avant la réunion du 17 juin au ministère de l’Agriculture, les représentants de l’aval avait fait part de leurs propositions d’engagement dans des communiqués. Extraits.
FNICGV (Fédération nationale de l’industrie et des commerces en Gros de viande)
«Les entreprises de la FNICGV sont prêtes à s’engager sur une revalorisation des prix payés aux producteurs, dès lors que celle-ci sera répercutée sur leurs prix de vente. (...) Soucieuse de contribuer au renforcement de la filière bovine française, la FNICGV participe activement à la mise en oeuvre d’actions visant à mettre en avant « Viande de France », à la reconquête de la restauration hors domicile, à la mise en place d’un socle qualitatif pour consolider la demande intérieur, au renforcement d’actions à l’export».
FFCB (Fédération française des commerçants en bestiaux)
«La FFCB (...) appellent ses adhérents à anticiper la revalorisation du produit et redonner une impulsion et une dynamique aux marchés après ces derniers jours en appliquant dès vendredi (ndlr : 19 juin) une hausse du prix départ ferme.(...) La Fédération invite les entreprises de négoce d’animaux vivants à se concerter avec leurs « clients-abatteurs » pour finaliser cette politique où le « coeur de filière » devra être particulièrement attentif au respect de leurs engagements par les acteurs de la distribution – GMS, restauration hors domicile, etc».
Coop de France
«Coop de France rappellera (ndlr : lors de la réunion du 17 juin) l’engagement des coopératives agricoles à faire bénéficier directement les éleveurs de toute revalorisation, si celle-ci se traduit par une hausse des prix à la distribution. Coop de France (...) appelle ses coopératives adhérentes à demander à leurs clients un effort immédiat sur la revalorisation des prix».
Et l’Etat...
Il n’y a pas que les cours... Le ministre de l’Agriculture a annoncé le doublement de l’enveloppe de crédits pour la prise en charge des cotisations sociales MSA, la portant ainsi à 7 millions d’euros.
Elle doit ouvrir le droit à l’effacement des cotisations pour les éleveurs bovins viande en difficulté. Stéphane Le Foll a aussi annoncé la création d’ici l’été d’une plateforme export, un partenariat public-privé à but commercial, pour soutenir l’export de viande française (le porc et la volaille sont aussi concernés) sous marque commune. Ce devrait être un lieu en dehors des interprofessions, à vocation uniquement commerciale.
... Après la table-ronde
Carrefour
«Conscient des difficultés actuelles des filières bovines et porcines et des conséquences de cette situation sur la rémunération des producteurs», Carrefour, dans un communiqué en date du 23 juin «s’engage à répercuter à l’achat de façon hebdomadaire, les évolutions des marchés sur toute la viande fraîche bovine et porcine».
Voir Communiqué Carrefour
Lidl France
Dès le 19 juin Lidl France s’est proposé de répercuter la hausse des prix d’un seul coup, soit 60 cts€/kg pour soutenir les éleveurs bovins. L’enseigne s’engageait à revaloriser ses prix d’achat et s’étonnait que les industriels de la viande n’aient «toujours pas fait d’offre tarifaire en ce sens».
Voir Communiqué Lidl
Elvea France
L’organisation de producteurs Elvea France dans un communiqué du 19 juin à appeler les adhérents de son réseau à la «plus grande vigilance», en précisant que «certains abatteurs remettent en cause leur parole et ne limiteraient la hausse qu’à quelques catégories d’animaux».
Système U
Regrettant les actions qui ont visé ses magasins des régions Ouest, Système U s’engage dans un communiqué à une «revalorisation hebdomadaire du prix de la viande bovine de 5 centimes, pour atteindre 50 centimes». L’enseigne «sera vigilante quant aux répercussions de ces augmentations par ses fournisseurs auprès des producteurs».
Voir Communiqué Système U
SNCIV-SNCP
Dans un communiqué daté du 19 juin, le SNCIV-SNCP assure que «toutes les équipes commerciales sont mobilisées pour faire respecter la consigne ministérielle de hausse de prix, mais pointe du doigt les viandes étrangères importées qui viennent troubler l’application des hausses des cours de la viande».
Mais attention «c’est une suspension avec mise sous surveillance des opérateurs de la filière, grande distribution et industriels, pour vérifier le respect des engagements» prévenait aussitôt le président de la Fédération nationale bovine, Jean-Pierre Fleury.
Les transformateurs, suivis par les distributeurs, se sont engagés à revaloriser le prix payé au producteur de 5cts d’euros le kilo de carcasse, dès le lendemain et à réitérer ces hausses chaque semaine, jusqu’à ce que les cours atteignent les coûts de production. Stéphane Le Foll a appellé à rester «extrêmement vigilants quant à l’application de cet accord».
Le dialogue est donc renoué au sein de la filière et Stéphane Le Foll a demandé aux représentants d’Interbev de réfléchir rapidement à des solutions pour redonner des perspectives aux producteurs. D’ici septembre, un indicateur des cours du steak haché devrait être proposé, puisque c’est le produit sur lequel les prix de la viande bovine subissent les plus fortes baisses. «Aujourd’hui, c’est le steak haché qui sert à faire le prix» explique Jean-Pierre Fleury, considérant qu’un tel indicateur permettrait de «stopper la guerre sur le haché, pour libérer le marché du piécé». Si l’objectif est clair, le moyen est plus difficile à mettre en oeuvre et la définition de cet indicateur ne va pas être simple à établir.
Ce premier chantier ouvre aussi la voie à un autre vaste chantier : celui de la segmentation des viandes à partir d’un socle qualitatif consenti où le troupeau allaitant constituerait un coeur de gamme.
Voir Communiqué FNB
INTERVIEW: Jean-Pierre Fleury, président de la FNB
Et maintenant ?
« Il faut être clair sur cette négociation, chacun des membres représentatifs de la filière bovine s’est engagé au respect de l’augmentation de prix consentie pour l’ensemble des animaux commercialisés. La grande distribution, quant à elle, s’est engagée à appliquer cette augmentation à l’ensemble de la viande bovine apportée par les industriels. Il faut maintenant, à tous les niveaux de la filière, que chacun assume sa part de l’engagement pris devant un ministre de la République. On n’imagine pas, alors que notre société est en mal de repères, qu’un tel engagement solennel ne soit pas respecté, c’est une question d’exemplarité.
Le syndicalisme a ouvert une voie, conscient qu’il était de son devoir de donner un cadre au désespoir et à la colère qui montaient des campagnes. Maintenant, à chacun sa part de responsabilité et cela commence dans la cour de ferme. Et c’est valable aussi pour les négociants et les organisations de producteurs qui ne sont pas là seulement pour gérer des flux, mais d’abord pour défendre le meilleur prix pour les éleveurs.
Nous serons très vigilants quant au respect des engagements fermes pris devant le ministre et consentis grâce à la mobilisation des éleveurs.
Tout le monde doit tirer vers le haut, sortir du fatalisme ambiant et de la résignation, le marché sera ce qu’on en fera. L’intox a marché à plein dans un gigantesque poker menteur dont les dés étaient pipés. Le rapport Chalmin est heureusement venu appuyer les éleveurs dans leur lutte. Le décrochage est tel entre les baisses de prix imposées aux producteurs et les résultats engrangés par l’aval que cette hausse ne devrait même pas impacter le prix consommateur».
Propos recueillis par Anne-Marie Klein
... Avant la table ronde
Avant la réunion du 17 juin au ministère de l’Agriculture, les représentants de l’aval avait fait part de leurs propositions d’engagement dans des communiqués. Extraits.
FNICGV (Fédération nationale de l’industrie et des commerces en Gros de viande)
«Les entreprises de la FNICGV sont prêtes à s’engager sur une revalorisation des prix payés aux producteurs, dès lors que celle-ci sera répercutée sur leurs prix de vente. (...) Soucieuse de contribuer au renforcement de la filière bovine française, la FNICGV participe activement à la mise en oeuvre d’actions visant à mettre en avant « Viande de France », à la reconquête de la restauration hors domicile, à la mise en place d’un socle qualitatif pour consolider la demande intérieur, au renforcement d’actions à l’export».
FFCB (Fédération française des commerçants en bestiaux)
«La FFCB (...) appellent ses adhérents à anticiper la revalorisation du produit et redonner une impulsion et une dynamique aux marchés après ces derniers jours en appliquant dès vendredi (ndlr : 19 juin) une hausse du prix départ ferme.(...) La Fédération invite les entreprises de négoce d’animaux vivants à se concerter avec leurs « clients-abatteurs » pour finaliser cette politique où le « coeur de filière » devra être particulièrement attentif au respect de leurs engagements par les acteurs de la distribution – GMS, restauration hors domicile, etc».
Coop de France
«Coop de France rappellera (ndlr : lors de la réunion du 17 juin) l’engagement des coopératives agricoles à faire bénéficier directement les éleveurs de toute revalorisation, si celle-ci se traduit par une hausse des prix à la distribution. Coop de France (...) appelle ses coopératives adhérentes à demander à leurs clients un effort immédiat sur la revalorisation des prix».
Et l’Etat...
Il n’y a pas que les cours... Le ministre de l’Agriculture a annoncé le doublement de l’enveloppe de crédits pour la prise en charge des cotisations sociales MSA, la portant ainsi à 7 millions d’euros.
Elle doit ouvrir le droit à l’effacement des cotisations pour les éleveurs bovins viande en difficulté. Stéphane Le Foll a aussi annoncé la création d’ici l’été d’une plateforme export, un partenariat public-privé à but commercial, pour soutenir l’export de viande française (le porc et la volaille sont aussi concernés) sous marque commune. Ce devrait être un lieu en dehors des interprofessions, à vocation uniquement commerciale.
... Après la table-ronde
Carrefour
«Conscient des difficultés actuelles des filières bovines et porcines et des conséquences de cette situation sur la rémunération des producteurs», Carrefour, dans un communiqué en date du 23 juin «s’engage à répercuter à l’achat de façon hebdomadaire, les évolutions des marchés sur toute la viande fraîche bovine et porcine».
Voir Communiqué Carrefour
Lidl France
Dès le 19 juin Lidl France s’est proposé de répercuter la hausse des prix d’un seul coup, soit 60 cts€/kg pour soutenir les éleveurs bovins. L’enseigne s’engageait à revaloriser ses prix d’achat et s’étonnait que les industriels de la viande n’aient «toujours pas fait d’offre tarifaire en ce sens».
Voir Communiqué Lidl
Elvea France
L’organisation de producteurs Elvea France dans un communiqué du 19 juin à appeler les adhérents de son réseau à la «plus grande vigilance», en précisant que «certains abatteurs remettent en cause leur parole et ne limiteraient la hausse qu’à quelques catégories d’animaux».
Système U
Regrettant les actions qui ont visé ses magasins des régions Ouest, Système U s’engage dans un communiqué à une «revalorisation hebdomadaire du prix de la viande bovine de 5 centimes, pour atteindre 50 centimes». L’enseigne «sera vigilante quant aux répercussions de ces augmentations par ses fournisseurs auprès des producteurs».
Voir Communiqué Système U
SNCIV-SNCP
Dans un communiqué daté du 19 juin, le SNCIV-SNCP assure que «toutes les équipes commerciales sont mobilisées pour faire respecter la consigne ministérielle de hausse de prix, mais pointe du doigt les viandes étrangères importées qui viennent troubler l’application des hausses des cours de la viande».