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états généraux de l’alimentation

Des discussions et de nombreuses questions

Annoncés par Emmanuel Macron en juillet dernier, ces Etats Généraux de l’alimentation ont pour vocation de faire émerger des propositions afin d’établir une feuille de route nationale concernant deux piliers. Le premier en matière de création et de répartition de valeur. Le second devant permettre une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Le 6 octobre dernier, la Nièvre s’est penchée sur le défi de la valeur ajoutée lors d’une table ronde au lycée agricole de Challuy.
Par Fabienne Desseux
Des discussions et de nombreuses questions
Etats Généraux : des invités pour réfléchir de manière globale
Portée par la Chambre d’agriculture, cette table ronde était une co-invitation de la Chambre et du lycée de Challuy avec l’appui de la DDT. Les Etats généraux se composant de deux chantiers divisés en quatorze ateliers, une thématique a donc été choisie. Et à Nevers le sujet principal était : «Comment créer, garder et répartir la valeur ajoutée dans la Nièvre au profit de l’agriculture et des territoires». L’objectif, tenter d’apporter des éléments de réponse aux travaux des ateliers nationaux 5 et 6. En l’occurence : «Rendre les prix d’achat et des produits agricoles plus rémunérateurs» et «Adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et au besoin des transformateurs». Pour engager une dynamique sur ces questions, huit acteurs de l’agriculture nivernaise étaient présents en compagnie des députés Perrine Goulet et Patrice Perrot. Emmanuel Bernard (Interbev), Eric Bertrand (président des abattoirs de Cosne), François Hauton (directeur de la Cuisine des Césars de Nevers), Didier Ramet (administrateur Terre d’Ovin, groupe Feder), Bertrand Ribaucourt (administrateur Sicarev), Antoine Roymé (directeur Carrefour Marzy), Régis Taupin (président de l’IGP Charolais de Bourgogne) et Patrick Tétard (administrateur Axéréal). Frédéric Guibert (directeur Leclerc Clamecy) initialement prévu parmi les intervenants, a finalement été excusé.  Devant une salle accueillant élus, entreprises, professionnels du vin de l’élevage ou des cultures ainsi que des élèves de BTS, les discussions ont débuté sur un constat : la Nièvre est le premier département agricole de Bourgogne-Franche-Comté et le revenu  moyen des agriculteurs est de moins de 400 euros mensuels. L’enjeu de la rémunération a donc été au cœur des trois axes abordés durant la matinée.

Perspectives locales et mondiales
Premier axe, «organiser la production, investir dans les filières». Avec en filigrane une question : le département a-t-il besoin d’investissement structurant ? Pour Emmanuel Bernard, «il faut s’adapter, on doit s’organiser» avec le double objectif de developper les perpectives locales mais aussi de trouver des réponses mondiales. Pour Eric Bertrand, il faut organiser des micro-filières car «individuellement ça ne fonctionnera pas». Côté débouchés, le directeur de Carrefour Marzy souligne que le souhait «est de se fournir localement et on veut aller au-delà de la filière bovine. C’est la politique de l’entreprise» même s’il concède «qu’on a une certaine inertie. Charge à nous de simplifier les process» ajoutant que les clients sont prêts à payer plus s’il y a la qualité. Concernant les abattoirs mobiles, Emmanuel Bernard pense que «ça ne réglera rien» et que «le problème est de trouver les consommateurs». Eric Bertrand ajoutant que «mobile ou pas, le souci vient du coût fixe des abattoirs». Bertrand Ribaucourt, pour sa part, considère qu’on «est en pleine guerre économique et que ce n’est pas la Nièvre qui va acheter nos produits Il faut trouver des marchés, alimenter la Chine». L’exportation, c’est aussi le mot qui ouvre le deuxième axe : faut-il diversifier, se segmenter ? Patrick Tétard est clair «on est dans un marché mondialisé, la Nièvre n’y échappe pas. On a une vocation exportatrice, ce n’est pas un gros mot». Et ce qu’il faut «c’est baisser les coûts, la meilleure qualité d’un produit c’est son prix». Régis Taupin regrettant de son côté «un problème de volonté politique», selon lui, il faut  travailler sur l’image «de l’autre côté de la frontière on a un regard admiratif sur la production charolaise». Didier Ramet recentrant la discussion sur «le juste prix pour rémunérer qui devrait être de 4,50 euros le kilo».

Des filières et de l’innovation
Lorsque l’on soulève la question de la diversification version éco-tourisme, peu semblent trouver l’ouverture porteuse. Pour les uns, les journées n’ont que 24h et si certains en font, ce n’est peut-être pas une raison -  toujours pour Didier Ramet -  «d’ouvrir toutes les  niches». Eric Bertrand soulignant que «s’il y a des valeurs ajoutées à faire sur ce volet, il faut y réfléchir». Pour Patrick Tétard même sentiment : «on veut des filières dignes de ce nom, pas des impasses». Mais le débat sur la diversification fait long feu et le problème de la rémunération est à nouveau abordé tout comme le problème des marges, des taxes et des charges tout au long de la chaîne des intermédiaires. Interpellé par Stéphane Aurousseau sur le fait que la grande distribution ne fait que du saupoudrage avec quelques animaux payés à 4,50 euros et «qu’il faut changer les règles du marché qui est faussé», Bertrand Ribaucourt répond que le «problème est politique, que les dossiers sont politiques. Ce qui va nous sauver, c’est l’exportation».  L’innovation, dernier axe abordé, l’a été rapidement faute de temps et les participants ont donné notamment à ce sujet la parole à Raphaël Sotty pour l’Agropôle du Marault. C’est le préfet, Joël Mathurin, qui a conclu cette matinée d’échanges en donnant ses convictions, comme le fait que les «stratégies nivernaises doivent être défensives et offensives» soulignant «qu’il y a des choix stratégiques à faire, avec nos forces et nos faiblesses. La seule compétitivité prix n’étant pas gagnante à long terme. Il faut une compétitivité qualité et une différenciation du produit qui nécessite un leadership politique». Et d’ajouter «l’état et la puissance publique ont aussi une partie de la réponse».
Au sortir de cette table ronde, on le voit, les idées ont été multiples et foisonnantes. Mais peut-être finalement la question qui résume le mieux cette matinée est elle celle d’un élève de BTS qui a simplement demandé à l’auditoire : «Alors on fait quoi ?».