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Journée « herbe » à Montapas le 10 septembre (3)

Denis Adam: «de l’aliment en moins et des kilos en plus ! »

La Chambre d’agriculture de la Nièvre prépare une journée «herbe», le 10 septembre, chez Denis Adam à Montapas. Rencontre avec l’intéressé qui précise les objectifs et l’ambition de cet événement qui fera une large part à ses propres références et à sa performance technico-économique.

Par Propos recueillis par Emmanuel Coulombeix
Denis Adam: «de l’aliment en moins et des kilos en plus ! »
Pâturage tournant, méthode des températures, auto-insémination artificielle de ses vaches... Denis Adam fait preuve d’une technique exemplaire pour conduire son exploitation.

Terres de Bourgogne: L’atout géographique de votre exploitation, qui se situe au centre du département, n’est pas suffisant pour expliquer que la Chambre vous ait choisi pour accueillir sa journée «herbe» le 10 septembre. En quoi êtes-vous représentatif du message des conseillers d’élevage?

Denis Adam: «J’ai découvert le pâturage tournant il y a 20 ans, à la ferme expérimentale des Bordes, dans l’Indre; ce que j’y ai vu m’a plu et j’ai alors décidé de m’y mettre progressivement. Aujourd’hui, j’utilise 80% de mes parcelles en pâturage tournant. Les 20% qui restent, je ne peux pas y faire du pâturage tournant parce que les parcelles sont soit trop humides soit les points d’eau y sont difficilement accessibles. Et puis j’ai adhéré au réseau Sentinelles de la Chambre d’agriculture depuis 2011 et j’utilise aussi la méthode des températures (cumulées à partir du 1er janvier), ce qui m’indique quand la végétation repart et quand je peux lâcher... Je fais aussi moi-même l’insémination artificielle à partir des paillettes de mes taureaux ou ceux de mes voisins. Cela nous permet de faire de la sélection avec des reproducteurs que seul je ne pourrais pas acheter. Je m’inscris totalement dans l’axe de communication de la Chambre quand elle veut remettre l’axe «ruminant-herbe-fourrage» au coeur de nos systèmes herbagers. Et puis la Chambre n’avait pas organisé de telle manifestation publique depuis l’opération génisses et l’opération bâtiments...»

 

TdB: Quels sont les avantages de votre pratique?

D.A.: «L’objectif de la journée sera de démontrer que nous avons tout à y gagner. Moi la pâturage tournant m’apporte plus de docilité des animaux, plus d’herbe en quantité et en qualité tout au long de l’année, donc plus de stocks fourragers pour passer l’hiver, une flore plus adaptée avec moins de chardons ou de mauvaises herbes, et donc au total plus d’autonomie. Et puis j’ai des gains de croissance sur les veaux et du poids en plus sur les vaches... C’est à la fois des aliments en moins et des kilos en plus!

 

TdB: Dans la Nièvre, la technique pourrait-elle se généraliser?

D.A.: «L’inconvénient, c’est la portance, le piétinement, mais il faut aussi des points d’ombre et d’abreuvement, et des clôtures électriques. L’investissement est conséquent mais le retour sur investissement le compense vite très largement. Ces sont plutôt les élevages laitiers ou du Morvan qui sont sensibles au pâturage tournant parce qu’ils n’ont pas besoin de bétaillère, mais je pense que c’est la même chose qu’un bâtiment bien aéré ou une bonne ration pour l’hiver, c’est une des clés pour progresser...»

 

TdB: Quel sens voulez-vous donner à la journée, qui accueillera nombre de vos collègues du département?

D.A.: «Elle va apporter à chaque agriculteur une autre façon de voir et concevoir son herbe. Le pâturage tournant est une technique qui permet de bonnes croissances et les techniciens de la Chambre peuvent conseiller ceux des visiteurs qui voudront s’y essayer, chacun chez soi, sans trop de grosse contrainte. Avec la Chambre, nous espérons plusieurs centaines de visiteurs, le plus possible, car l’idée, c’est de tendre une perche aux éleveurs, en espérant qu’ils sauront la saisir. Les ateliers se baseront sur les références de mon exploitation et il y aura des visites et des démonstrations: certains pâturages seront accessibles, les clôtures seront visibles, ainsi qu’un quad pour les poser, et on évoquera aussi le sur-semis. Et puis il y aura l’intervention d’une femme très importante, Pascale Pelletier, la responsable de la ferme des Bois, à Jeu-les-Bois (Indre), où j’ai été conquis il y a vingt ans, et dont la connaissance des plantes de la prairie donnera un éclairage sur sa façon de faire».

 

TdB: Le 10 septembre, c’est votre exemplarité qu’on va consacrer?

D.A.: «Je ne fais que mener ma ferme comme je le peux, en essayant de dégager un revenu pour faire vivre ma femme, qui travaille à l’extérieur, mes enfants et mon ouvrier. Je souhaite mettre mes résultats à la disposition des autres éleveurs, mais en plaçant la journée sous le signe de la simplicité et de la convivialité. Il y aura d’ailleurs un repas le midi pour ceux qui le veulent et ceux qui viendront de loin. Mon objectif est que les gens passent d’abord une bonne journée et si seul un petit truc leur plaît ici pour chez eux, moi qui n’ai rien à leur prouver ou à leur apprendre, je serai satisfait!»