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Installation

Des télécommunications à l'agriculture

Jauffrey Mandine, 38 ans, est installé à Saint-Léger-des-Vignes depuis février, avec son père Alain, 65 ans. Retour sur leur parcours.

Par Chloé Monget
Des télécommunications à l'agriculture
Jauffrey (à gauche) et son père, Alain, installés à Saint-Léger-des-Vignes, proposent de la vente à la ferme de légumes et caissettes de viande le mercredi de 15 h à 18 h et le samedi de 9 h à 12 h.

Installé sur les hauteurs de Saint-Léger-des-Vignes, Jauffrey Mandine est à la tête de l'EARL la Ferme de Carrue(1), qui se compose de 110 vaches charolaises non inscrites et de 156 ha dont 1,5 ha de maraîchage (plein champ, hors plants faits sous serre), avec vente à la ferme. Dans ses missions quotidiennes il est épaulé par son père Alain Mandine, 65 ans, comme aide familiale qui sourit : « aujourd'hui c'est Jauffrey le boss ». En effet, avant de venir dans la Nièvre, ils travaillaient déjà ensemble, mais dans un domaine tout à fait différent : les télécommunications.

Un changement total

Autrefois, ils étaient aux commandes d'un groupe de trois entreprises spécialisées dans la fabrication et la vente de produits tels que des interphones dédiés à la Marine Nationale ou des balises interrails pour la régulation des métros automatiques de la RATP. « À l'époque, j'étais l'associé majoritaire du groupe et Jauffrey associé minoritaire », précise Alain. « Avant Covid, les affaires étaient très dynamiques. Mais la crise sanitaire a tout chamboulé : nous sommes passés, sur l'une des entreprises, de 300 000 euros de chiffre d'affaires par mois à 3 000 euros. L'histoire s'est arrêtée un peu après la crise sanitaire ». À l'issue de cette fin difficile, Alain prend alors sa retraite, et le projet de Jauffrey se monte. « J'avais envie de me lancer comme exploitant agricole depuis longtemps mais cela a été plus précoce que prévu ». Si Jauffrey et Alain ne sont donc pas issus du milieu agricole, ils insistent sur le fait de « toujours avoir été en contact avec celui-ci de près ou de loin, et d'avoir toujours eu un attrait pour ce secteur en filigrane durant leur vie ». Ainsi, Jauffrey se forme au Campus NaturAlim Chartres / la Saussaye (28) via un BPREA de maraîchage et, une fois le diplôme en poche, il commence à chercher une exploitation à reprendre en s'appuyant sur le répertoire transmission installation (RDI), porté par les Chambres d'agriculture. Selon Jauffrey, le RDI offre une « bonne visibilité sur les possibilités tout en faisant un premier tri ». Après cette recherche virtuelle, place au réel avec l'organisation de visites des exploitations. « Nous en avons visité une vingtaine située en Saône-et-Loire et dans la Nièvre ». Pour eux, ce choix de départements se justifie : « nous voulions un endroit qui soit l'inverse de l'Eure-et-Loir, avec des forêts, des cours d'eau, des collines… et qui puisse faire face au changement climatique. En parallèle, il fallait que la ferme soit à proximité d'une agglomération, afin de développer la vente à la ferme… indispensable pour la viabilité du projet. Et enfin, nous voulions un endroit où il fait bon vivre au quotidien ».

Faire toute la différence

Une fois les visites effectuées, l'heure de la sélection sonne et plusieurs points font la différence : « la volonté du cédant à aller au-delà d'une transaction financière mais bien à transmettre un savoir-faire et des connaissances ». En effet, si Jauffrey était confiant dans ses capacités de maraîcher, il l'était moins pour celles dédiées à l'élevage. « Faire naître un veau ne s'invente pas… Je voulais donc profiter du savoir-faire du cédant et j'ai pu réaliser une période de transition via Start Agri' avec Bertrand Grandjean, le cédant, puis avec une période d'accompagnement durant 2025 ». En parallèle, il évoque un autre élément : le crédit vendeur. Alain réagit : « si ce système est assez répandu dans l'industrie, il est apparemment rare dans le milieu agricole. Or, les conditions de ventes des fermes évoluent, et le milieu agricole n'a d'autre choix que de trouver des solutions, en explorant ce qui se fait dans les autres domaines… ». Jauffrey ajoute : « Je pense que sans cet ajustement des cédants, il sera difficile pour les jeunes de reprendre des exploitations » et poursuit : « je remercie d'ailleurs, le cédant, la Chambre d'agriculture de la Nièvre et le Crédit Agricole et Initiative Nièvre car sans leur accompagnement, leur soutien et leur confiance dans mon projet, rien n'aurait été possible ». Enfin, Jauffrey détaille que l'accueil des Nivernais a été « chaleureux » et insiste : « je remercie du fond du cœur mon cédant qui m'a présenté tous les acteurs économiques avec lesquels il travaillait mais aussi à ses voisins et amis. Aujourd'hui, je me suis totalement intégré, tout comme mon père, et nous ne regrettons aucunement notre choix ». Avec une petite année de recul, Jauffrey et Alain reviendront, dans une prochaine édition, sur les ajustements faits et les innovations apportées depuis l'installation ainsi que sur les projets qu'ils souhaiteraient mettre en place.

Seuls les plants sont cultivés sous serre.

(1) Ferme de Carrue, 6 rue de Carrue à Saint-Léger-des-vignes. Vente à la ferme le mercredi de 15 h à 18 h et le samedi de 9 h à 12 h.