L’Afdi 58 rentre d’une nouvelle mission à Madagascar
D’une «culture de la cueillette» à l’esprit d’une entreprise commerciale
Depuis 2009, les adhérents nivernais d’Agriculteurs français-Développement international (Afdi) soutiennent la création d’une coopérative laitière dans le centre de Madagascar. Jacky Roudier, retraité de la Chambre d’agriculture de la Nièvre, rentre d’une mission d’accompagnement auprès de Rofama, du nom de la structure malgache qui compte 137 adhérents dont 40 apporteurs réguliers. Où les canons du développement économique se heurtent à une culture paysanne à la fois ancrée dans des traditions séculaires et des pratiques dilettantes...
André Bordet, nouveau président de l’AFDI 58, qui est parti en mission à Madagascar en 2013, rappelle la genèse du projet Rofama: [I]«en 2009, des éleveurs du centre de Madagascar nous ont appelé parce qu’ils avaient un projet de création d’une laiterie et d’un point de vente. Après deux missions d’évaluation sur place, nous les avons aidés à affiner et à réduire un peu leurs ambitions compte tenu de leur organisation. Fin 2011, le point de vente était construit et mis en route fin 2012. Et cette année, c’est Jacky Roudier qui vient d’aller sur place, du 14 au 30 janvier, pour évaluer comment il est possible d’augmenter la production et de la lisser dans le temps»[i]. Parce que tout, à Madagascar, semble plus difficile et plus long pour les producteurs laitiers. Eux seuls, qui n’ont pas d’autre référence, semblent d’ailleurs ne pas s’en étonner. [I]«Pour des raisons de rentabilité, nous sommes partis sur un objectif de collecte de 320 litres par jour, ce que nous faisons en moyenne à la saison des pluies, beaucoup moins lorsque c’est la période sèche»[i] explique Jacky Roudier. Les responsables d’Afdi 58, auxquels se sont associés récemment ceux de Haute-Saône, n’emploient pas le terme [I]«d’amateurisme»[i]. C’est pourtant l’impression qui ressort de leur récit, lorsqu’ils évoquent les petits coopérateurs -une quarantaine d’actifs réguliers- de Rofama. Certes, Madagascar n’est pas la France avec sa tradition de performances laitières mais les freins au développement de la filière malgache sont plus liés à des pratiques culturales anciennes, de l’ordre d’un handicap [I]«culturel»[i], ainsi qu’à une approche du travail très en dilettante.
[INTER]4 à 5 vaches sur 0,85 ha[inter]
[I]«Ce sont des gens opportunistes qui font aujourd’hui du lait comme ils feraient autre chose. Culturellement, ce ne sont pas des éleveurs ancrés mais des paysans qui font plus de la cueillette que des cultures»[i] témoigne André Bordet. En moyenne, les adhérents de Rofama sont chacun propriétaires de 4 à 5 vaches (rouges norvégiennes ou suédoises) sur 0,85 ha sans possibilité d’augmenter leurs surfaces. Surtout, les Malgaches n’ont pas de tradition d’élevage laitier: [I]«leur agriculture de référence, c’est la riziculture et pour eux, mentalement, il est difficile d’admettre de faire autre chose»[i] poursuit Jacky Roudier. Il faut savoir qu’ils consomment individuellement 115 kg/an de riz, soit 35 kg de plus que les Asiatiques. C’est la base de leur alimentation. Alors l’élevage laitier, dans une logique de production, passe en arrière plan. [I]«Il y a un problème de qualité génétique des animaux. On met facilement un zébu en reproduction et on repasse aussitôt de 15 l de lait par vache et par jour à 3 l. On se débarrasse des veaux mâles très vite, pour gagner du «cash», et on garde les femelles pour le renouvellement mais en leur donnant du fourrage grossier pour vendre le lait le plus tôt possible. Et puis on vit au jour le jour. Les stocks sont inexistants. Ils n’ont pas la culture de faire des prévisions, de doubler les cultures fourragères»[i] ajoute André Bordet.
Les éleveurs disposent de beaucoup de pailles de riz, [I]«que nous suggérons de traiter à l’urée pour les rendre plus appétentes»[i] mais dans l’ensemble ils se contentent de faire pâturer l’herbe de brousse à leurs animaux, [I]«ce qui est suffisant à la saison humide mais pas à la saison sèche, surtout s’ils n’ont pas fait de stocks de fourrages»[i] décrit Jacky Roudier. Sur les 137 adhérents qui s’accrochent aux parts sociales et au Conseil d’administration, seuls une quarantaine d’éleveurs sont assidus à la collecte [I]«mais çà change et quelques leaders commencent à faire du ray grass en dérobée après le riz»[i].
La vie de la coopérative reste fragile: [I]«souvent, les adhérents ne traient pas eux-mêmes leurs vaches et la confient à un ouvrier qui fait tout. Beaucoup se reposent aussi sur le technicien de Rofama, un ingénieur malgache formé, que nous payons. La coopérative a aussi changé trois fois de gérant, certains ayant un peu confondus les poches. Quant à la vente du lait, elle est surtout faite par des vendeurs ambulants payés au pourcentage par la coop, même si il y a aussi des particuliers, des hôtels, des revendeurs et même des transformateurs qui en achètent aussi»[i].
[INTER]Gros potentiel économique[inter]
Car, les petits producteurs de Rofama n’en sont pas à un paradoxe près. Leur dilettantisme ne doit pas masquer le potentiel de développement économique de leur projet. [I]«Si nous collections 500 litres par jour, nous les vendrions»[i] assure Jacky Roudier. Rofama se situe à proximité d’une ville de 150 000 habitants, Fianarantsoa, [I]«où il y a une grosse demande de lait. Et en dépit du manque d’organisation, la coopérative touche un prix correct. Le lait est un produit cher là-bas. Alors que le salaire moyen est de 40 euros par mois, le litre de lait est vendu au même prix qu’en France. Il vaut l’équivalent d’une journée de travail d’un salarié»[i] détaille André Bordet. Le potentiel est d’autant plus prometteur pour Rofama qu’à Madagascar [I]«le lait est perçu comme un médicament. La coopérative a d’ailleurs adopté un slogan commercial qui, en malgache, signifie «lait de qualité pour avoir la santé». Et que ce soient des blancs qui amènent la qualité, c’est un argument de plus !»[i] A raison d’une mission par an, l’Afdi 58 préfère parler [I]«d’accompagnement humain, technique et économique, plutôt que d’aide matérielle»[i]. Le budget annuel pour Afdi 58 est d’environ 10 000 euros (sachant que le voyage coûte 3 000 euros), et que les adhérents du GDS 58 versent une cotisation exceptionnelle depuis 3 ans qui vient s’ajouter aux subventions du Crédit agricole Centre Loire et d’Axéréal. En 2013, André Bordet a bien apporté de France deux tanks à lait à la coopérative mais l’essentiel aujourd’hui [I]«c’est que grâce à eux, la coopérative fait des analyses de l’eau dans le lait, de l’acidité avant de mélanger les laits, tout ce qui permet d’assurer une réelle qualité et un argument commercial fédérateur»[i]. Quand ils ont un peu d’excédents, les adhérents fabriquent même des yaourts congelés et du fromage, [I]«un produit de luxe et pas dans les habitudes alimentaires malgaches»[i]. Tandis que là-bas, grâce à l’action des Nivernais on peut entrevoir une grande marge de progrès. D’autant que les Malgaches sont pleins de bonne volonté: [I]«avez-vous déjà vu quelqu’un essayer de changer le filament d’une ampoule grillée? Moi, oui, à Madagascar»[i] s’enthousiasme André Bordet qui veut y voir une preuve qu’entre les difficultés de la situation et la spontanéité des hommes, Rofama dispose encore de ressorts inexploités... Et de perspectives prometteuses.
[INTER]4 à 5 vaches sur 0,85 ha[inter]
[I]«Ce sont des gens opportunistes qui font aujourd’hui du lait comme ils feraient autre chose. Culturellement, ce ne sont pas des éleveurs ancrés mais des paysans qui font plus de la cueillette que des cultures»[i] témoigne André Bordet. En moyenne, les adhérents de Rofama sont chacun propriétaires de 4 à 5 vaches (rouges norvégiennes ou suédoises) sur 0,85 ha sans possibilité d’augmenter leurs surfaces. Surtout, les Malgaches n’ont pas de tradition d’élevage laitier: [I]«leur agriculture de référence, c’est la riziculture et pour eux, mentalement, il est difficile d’admettre de faire autre chose»[i] poursuit Jacky Roudier. Il faut savoir qu’ils consomment individuellement 115 kg/an de riz, soit 35 kg de plus que les Asiatiques. C’est la base de leur alimentation. Alors l’élevage laitier, dans une logique de production, passe en arrière plan. [I]«Il y a un problème de qualité génétique des animaux. On met facilement un zébu en reproduction et on repasse aussitôt de 15 l de lait par vache et par jour à 3 l. On se débarrasse des veaux mâles très vite, pour gagner du «cash», et on garde les femelles pour le renouvellement mais en leur donnant du fourrage grossier pour vendre le lait le plus tôt possible. Et puis on vit au jour le jour. Les stocks sont inexistants. Ils n’ont pas la culture de faire des prévisions, de doubler les cultures fourragères»[i] ajoute André Bordet.
Les éleveurs disposent de beaucoup de pailles de riz, [I]«que nous suggérons de traiter à l’urée pour les rendre plus appétentes»[i] mais dans l’ensemble ils se contentent de faire pâturer l’herbe de brousse à leurs animaux, [I]«ce qui est suffisant à la saison humide mais pas à la saison sèche, surtout s’ils n’ont pas fait de stocks de fourrages»[i] décrit Jacky Roudier. Sur les 137 adhérents qui s’accrochent aux parts sociales et au Conseil d’administration, seuls une quarantaine d’éleveurs sont assidus à la collecte [I]«mais çà change et quelques leaders commencent à faire du ray grass en dérobée après le riz»[i].
La vie de la coopérative reste fragile: [I]«souvent, les adhérents ne traient pas eux-mêmes leurs vaches et la confient à un ouvrier qui fait tout. Beaucoup se reposent aussi sur le technicien de Rofama, un ingénieur malgache formé, que nous payons. La coopérative a aussi changé trois fois de gérant, certains ayant un peu confondus les poches. Quant à la vente du lait, elle est surtout faite par des vendeurs ambulants payés au pourcentage par la coop, même si il y a aussi des particuliers, des hôtels, des revendeurs et même des transformateurs qui en achètent aussi»[i].
[INTER]Gros potentiel économique[inter]
Car, les petits producteurs de Rofama n’en sont pas à un paradoxe près. Leur dilettantisme ne doit pas masquer le potentiel de développement économique de leur projet. [I]«Si nous collections 500 litres par jour, nous les vendrions»[i] assure Jacky Roudier. Rofama se situe à proximité d’une ville de 150 000 habitants, Fianarantsoa, [I]«où il y a une grosse demande de lait. Et en dépit du manque d’organisation, la coopérative touche un prix correct. Le lait est un produit cher là-bas. Alors que le salaire moyen est de 40 euros par mois, le litre de lait est vendu au même prix qu’en France. Il vaut l’équivalent d’une journée de travail d’un salarié»[i] détaille André Bordet. Le potentiel est d’autant plus prometteur pour Rofama qu’à Madagascar [I]«le lait est perçu comme un médicament. La coopérative a d’ailleurs adopté un slogan commercial qui, en malgache, signifie «lait de qualité pour avoir la santé». Et que ce soient des blancs qui amènent la qualité, c’est un argument de plus !»[i] A raison d’une mission par an, l’Afdi 58 préfère parler [I]«d’accompagnement humain, technique et économique, plutôt que d’aide matérielle»[i]. Le budget annuel pour Afdi 58 est d’environ 10 000 euros (sachant que le voyage coûte 3 000 euros), et que les adhérents du GDS 58 versent une cotisation exceptionnelle depuis 3 ans qui vient s’ajouter aux subventions du Crédit agricole Centre Loire et d’Axéréal. En 2013, André Bordet a bien apporté de France deux tanks à lait à la coopérative mais l’essentiel aujourd’hui [I]«c’est que grâce à eux, la coopérative fait des analyses de l’eau dans le lait, de l’acidité avant de mélanger les laits, tout ce qui permet d’assurer une réelle qualité et un argument commercial fédérateur»[i]. Quand ils ont un peu d’excédents, les adhérents fabriquent même des yaourts congelés et du fromage, [I]«un produit de luxe et pas dans les habitudes alimentaires malgaches»[i]. Tandis que là-bas, grâce à l’action des Nivernais on peut entrevoir une grande marge de progrès. D’autant que les Malgaches sont pleins de bonne volonté: [I]«avez-vous déjà vu quelqu’un essayer de changer le filament d’une ampoule grillée? Moi, oui, à Madagascar»[i] s’enthousiasme André Bordet qui veut y voir une preuve qu’entre les difficultés de la situation et la spontanéité des hommes, Rofama dispose encore de ressorts inexploités... Et de perspectives prometteuses.