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Céréales

Croissance de la demande agricole en léger ralenti dans les dix ans à venir

L’OCDE et la FAO viennent de publier leurs perspectives agricoles pour la période 2017-2026. Tour d’horizon.
Par Thierry Michel
Croissance de la demande agricole en léger ralenti dans les dix ans à venir
Les échanges commerciaux mondiaux de céréales (ici un chargement dans le port de Rouen) devraient progresser de 448 millions de tonnes d’ici à 2026
Selon l’OCDE/FAO, les prix des céréales «vont vraisemblablement rester sous pression» à court terme en raison de la faiblesse des cours pendant la période de référence (2014-2016), des conditions de reprise économique plutôt ternes, des stocks importants, des prix du pétrole bas et un dollar fort. Ils devraient augmenter à moyen terme mais moins que l’inflation. Le riz, qui reste la seule matière première de cette catégorie à n’avoir que l’utilisation en alimentation humaine comme référence, souffrira plus fortement de cette évolution que les autres céréales. De façon globale, les prix de toutes les céréales devraient en moyenne être inférieurs à ceux de la décennie précédente mais bien supérieurs à ceux d’avant 2007. Leur production devrait progresser de 12 % sur la période sous revue par rapport à celle de référence.

Production et utilisation
Ce qui donnerait les chiffres suivants : + 78 millions de tonnes pour le blé (+ 11 %) avec l’Inde comme principal contributeur de cette évolution devant l’Union européenne (+ 10 millions), la Fédération de Russie (+ 7 millions), le Pakistan (+ 6 millions) et la Chine (+ 5,5 millions). La production de riz augmenterait de 58 millions de tonnes. Côté maïs, la production pourrait progresser de 138 millions de tonnes (+ 14 %), les États-Unis (+ 29 millions), le Brésil (+ 22 millions), la Chine (+ 14 millions), l’Argentine (+ 11 millions), l’UE (+ 9 millions) et l’Inde (+ 6 millions) contribuant à cette dynamique. Les céréales secondaires enregistreraient une hausse de 30 millions de tonnes (+ 10 %), l’Éthiopie, l’Inde, l’Argentine, la Fédération de Russie et le Nigeria poussant ce mouvement.
L’utilisation globale concernant les céréales devrait progresser de 338 millions de tonnes, soit + 13 %, et ainsi atteindre 2 863 millions de tonnes en 2026. Celle de blé pourrait avancer de 11 %, principalement en raison de la demande en alimentation humaine. La progression concernant les utilisations en alimentation animale viendra principalement de la Chine, du Pakistan et du Vietnam alors que les utilisations de blé dans le secteur des biocarburants compteront pour 1,2 % du total des utilisations en 2026.
Les prévisions d’utilisation de maïs en alimentation animale font état d’une augmentation de 121 millions de tonnes, soit 60 % des utilisations en 2016, en raison d’un développement rapide des secteurs du bétail dans les pays en développement. La consommation humaine avancerait de 19 % sur la période toujours dans les pays en développement.
L’emploi de céréales secondaires progresserait de 34 millions de tonnes (+ 12 %) à cause des besoins en alimentation animale en premier lieu et de ceux en alimentation humaine en second lieu. Le premier segment serait plus dynamique en Afrique alors que le second verrait son expansion provenir plutôt de l’UE et de la Fédération de Russie.
De ce fait, la consommation totale de céréales augmenterait de 560 millions de tonnes entre 2017 et 2026 (à comparer avec les 494 millions de plus de la période de base) et ce sont les pays d’Asie qui contribueront le plus (80 %) à cette dynamique.

Échanges mondiaux
Les échanges commerciaux mondiaux de céréales devraient progresser de 448 millions de tonnes d’ici à 2026, soit une augmentation de 14 %. Ce niveau de projection indique un taux légèrement plus rapide, année par année, que celui de la production. Ceci porterait la part de la production écoulée sous forme d’échanges commerciaux à 15,6 % de la production mondiale. C’est la part du blé mis à la vente sur les marchés qui augmentera le plus (23 % de la production) devant le maïs et les céréales secondaires. La Fédération de Russie, qui a commencé à jouer un rôle de plus en plus important depuis quelques années sur ces marchés mondiaux, devrait renforcer sa présence. Devenue le cinquième exportateur de blé en moyenne au cours de la décennie précédente, elle devrait grimper au second rang sur la période à venir, contribuant pour 15 % des échanges commerciaux globaux. Les pays développés devraient rester les principaux exportateurs de blé et de céréales secondaires dans les dix prochaines années vers les pays en développement.
L’OCDE et la FAO attirent l’attention sur quelques autres points. Parmi eux, les prix relativement bas des céréales par rapport à la décennie passée vont impacter les décisions de planter - ou pas - et par conséquent aussi les réponses à fournir. Ces prix bas mais aussi leur comparaison avec d’autres types de productions végétales «pourraient aboutir à une réallocation des ensemencements». Les changements en Chine et la problématique des stocks de maïs dans ce pays sont d’autres incertitudes pour la décade 2017-2026.

Cadre général agricole mondial

La croissance de la demande devrait ralentir considérablement pendant la période 2017-2026 et la demande alimentaire de la plupart des produits examinés devrait progresser moins vite qu’au cours des dix dernières années.

Les échanges de produits agricoles et de poisson devraient progresser environ deux fois moins vite qu’au cours des dix dernières années, mais leur part dans la production du secteur restera à peu près constante pendant la prochaine décennie.»
Les échanges agricoles résistent généralement mieux aux fluctuations macroéconomiques que ceux d’autres produits. Pour l’OCDE, bien sûr, «étant donné le degré de protection assez élevé dont bénéficie l’agriculture, les échanges de produits agricoles auraient tout à gagner de nouvelles mesures de libéralisation des marchés.»
Les importations de denrées alimentaires jouent un rôle de plus en plus important pour la sécurité alimentaire, en particulier en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Dans certains pays, cette situation peut s’expliquer par l’accroissement de la demande face à des ressources naturelles insuffisantes pour produire localement, mais dans d’autres cas, elle est peut-être le signe de problèmes de développement agricole qui méritent l’attention. Les exportations nettes devraient s’accroître dans la région des Amériques ainsi que dans les pays d’Europe orientale et d’Asie centrale, et les importations nettes devraient augmenter dans les autres pays asiatiques et en Afrique. Les exportations agricoles restent concentrées dans un petit nombre de pays producteurs, ce qui contraste avec la dispersion des importations entre de nombreux pays. Cette situation risque de rendre les marchés mondiaux plus sensibles aux chocs sur l’offre, qu’ils résultent de facteurs naturels ou de l’action des pouvoirs publics, qu’aux chocs sur la demande. «On prévoit que les prix réels de la plupart des produits agricoles, halieutiques et aquacoles s’infléchiront légèrement à la baisse au cours des dix prochaines années, se maintenant ainsi à des niveaux inférieurs à leurs sommets antérieurs. Les prix des produits agricoles sont extrêmement volatils et peuvent s’écarter sensiblement de leur tendance à long terme pendant une période prolongée.»
En 2026, la disponibilité de calories devrait atteindre 2 450 kcal par jour en moyenne dans les pays les moins développés et dépasser 3 000 kcal par jour dans les autres pays en développement. L’insécurité alimentaire n’en demeurera pas moins un grave problème à l’échelle mondiale, où la coexistence de différentes formes de malnutrition constitue de nouveaux défis dans de nombreux pays.