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Plante invasive

Contre l’ambroisie, vigilance et fiche pratique

Problème de santé publique autant que menace pour les rendements agricoles, l’ambroisie réclame de la vigilance et des actions fédérant plusieurs acteurs, pour réduire ou stopper son développement. La Chambre régionale d’agriculture mène des actions en ce sens.
Par Berty Robert
Contre l’ambroisie, vigilance  et fiche pratique
Avec un peu d’expérience, l’ambroisie se repère facilement.
Si l’ambroisie représente un problème en matière de santé humaine, en raison de l’impact de ses pollens sur les personnes allergiques, cette plante invasive peut aussi remettre sérieusement en question les performances de différentes cultures agricoles. En se développant dans les cultures de printemps, elle entraîne des pertes de rendements importantes. La lutte contre l’ambroisie n’est donc pas à prendre à la légère. On estime que l’introduction accidentelle de cette plante, originaire d’Amérique du Nord, en France remonte à la seconde moitié du XIXe siècle. Il en existe trois espèces, mais seule l’ambroisie à feuilles d’armoise est présente en Bourgogne Franche-Comté. Son développement est si important que des stratégies au niveau territorial ont dû être mises en place. Les préfets déterminent les mesures à mettre en œuvre dans chaque département et les collectivités territoriales ont la charge de nommer un ou plusieurs référents communaux sur la question. Ils sont les relais des animateurs de la lutte, participent à la surveillance contre l’ambroisie, préviennent les personnes concernées quand sa présence est détectée et veillent à la mise en œuvre des mesures de lutte.

Priorité aux informations pratiques
C’est dans ce cadre général, coordonné par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) Bourgogne Franche-Comté, que s’intègre l’action de la Chambre régionale d’agriculture BFC, qui a élaboré une fiche intitulée « Comment lutter contre l’ambroisie ? » (1) En une dizaine de pages, on y découvre la physiologie de la plante et l’on apprend à la reconnaître. Les agriculteurs ont aussi accès à la stratégie de lutte qui repose sur plusieurs leviers agronomiques : la rotation des cultures, le déchaumage et les faux semis, le décalage des dates de semis des cultures de printemps… Il faut aussi que l’agriculteur prenne grand soin de ne pas contaminer ses parcelles indemnes d’ambroisie. La priorité est donnée aux informations pratiques mais il faut aussi savoir que cette fiche s’accompagne de sessions de formation, à destination des conseillers de Chambre d’agriculture et d’agriculteurs. Deux sessions se sont tenues en 2019 et 2020. « Un Comité technique régional Ambroisie a été installé », précise Marie-Sophie Petit, en charge du service Agronomie, Productions végétales, Environnement, Territoires au sein de la Chambre Régionale d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté, « et une opération pilote de lutte contre l’ambroisie va prochainement être mise en place, sur un micro-territoire, dans le Jura. Il est important que cette lutte soit menée de manière concertée entre les différents acteurs concernés ».


(1) Pour se procurer la fiche « Comment lutter contre l’ambroisie ? » on peut la télécharger sur le site www.bourgognefranchecomte.chambres-agriculture.fr

Reconnaître l’ambroisie, ça s’apprend !

Christophe Ruffoni est exploitant agricole en grandes cultures, en Haute-Saône, à Dampierre-sur-Salon, près de Gray. Vice-président de la Chambre d’agriculture de son département, il est en charge des dossiers environnementaux. Mi-juin, il a participé à une formation de sensibilisation sur l’ambroisie, organisée par la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté. « Mon but, explique-t-il, c’était d’apprendre à reconnaître la plante. Apprendre à la détecter, c’est le moyen d’éviter qu’elle envahisse nos parcelles. Avant, je confondais l’ambroisie avec d’autres plantes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour l’instant, je n’en ai pas sur mes parcelles mais on sait qu’en Haute-Saône, elle est de plus en plus présente. Plus nous serons nombreux à être formés pour la reconnaître, mieux ce sera ». Cet agriculteur demeure aussi conscient qu’au-delà de la capacité à détecter la plante, lutter contre elle repose aussi sur des changements d’habitudes culturales. Il faut, notamment, revoir les rotations. « Par exemple, souligne Christophe Ruffoni, sur les parcelles où l’ambroisie est détectée, il faut éviter de mettre du tournesol ou du soja, parce que le cycle de culture correspond au cycle de développement de l’ambroisie, et comme il n’y a pas de travaux mécaniques pendant l’été, dans ces parcelles, en raison de la présence de tournesol ou de soja, le développement de l’ambroisie s’en trouve facilité. En revanche, si vous avez du blé ou de l’orge de printemps, fauché vers la fin juillet, lors du déchaumage, vous pouvez la détruire. Il faut accompagner les agriculteurs qui sont confrontés à ce problème parce que, si on ne le fait pas, certains exploitants ne vont pas vouloir signaler la présence d’ambroisie, parce qu’ils savent qu’ils ne tireront aucun produit de la parcelle concernée, qui devra être détruite, et qu’ils ne seront pas indemnisés. Mettre un tel système en place permettrait de lutter plus efficacement contre l’ambroisie, qui est aussi un problème de santé publique ».