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Salués par la préfète de la Chambre d’agriculture

Ces Nivernais qui jouent la carte de l’agro-écologie

Une petite réunion de présentation avait lieu, le 4 février, dans les locaux de la Chambre d’agriculture de la Nièvre. Les trois porteurs des projets validés par le ministère de l’Agriculture récemment (lire Terres de Bourgogne du 24 janvier) se sont présentés à Michèle Kirry, la préfète.
Par Emmanuel Coulombeix
Ces Nivernais qui jouent la carte de l’agro-écologie
La préfète de la Nièvre, Michèle Kirry, est venue écouter la présentation des trois projets retenus par le ministère de l’Agriculture dans la Nièvre, à l’invitation du président de la Chambre, Eric Bertrand (au centre). Le 4 février, Eric Dewavrin, Bernar
Eric Bertrand, le président de la Chambre, a introduit les présentations en saluant l’effort de mobilisation des trois structures nivernaises dans le cadre de l’appel à projets du ministre: [I]«Ils ne sont pas arrivés par hasard. Ils étaient déjà lancés avant qu’on évoque l’agro-écologie au ministère, parfois depuis plus de deux ans. Il faut relever la réactivité dont ils ont fait preuve dans le cadre de cet appel à projets national, puisque les dossiers devaient être déposés avant le 14 juillet dernier et qu’ils n’ont bénéficié que d’une quinzaine de jours pour être dans les clous»[i]. Et c’est donc [I]«avec un grand plaisir»[i] qu’Eric Bertrand a appris et décidé de faire partager à la préfète l’annonce que les trois projets nivernais ont été retenus, parmi 4 en Bourgogne et plus de 450 dans la France entière. Une façon comme une autre de mettre en avant, de façon formelle, l’indéniable souci de créativité d’agriculteurs qui imaginent et défendent une agriculture performante, à la fois sur le plan économique et sur le plan environnemental. Même [I]«s’ils ne deviendront pas forcément Groupement d’intérêt économique et environnemental»[i], tels que l’adoption en 1ère lecture de l’Assemblée nationale de la Loi d’Avenir les prévoit, les trois projets nivernais les [I]«préfigurent»[i] et témoignent d’une ferme Nièvre qui ose et qui va de l’avant, [I]«en adéquation avec les attentes de la société»[i]. Cela valait bien une séance de satisfaction générale, devant la presse, en présence de la plus haute représentante de l’Etat dans le département. Les projets leaders n’y sont pas si fréquents...

[INTER]Des agriculteurs passionnés[inter]
Chaque responsable des structures lauréates a, durant dix minutes, rappelé la genèse de son projet, et laissé parler -concrètement- sa passion. Ainsi, Eric Dewavrin, président du Ceta Entre Loire et Allier, a-t-il expliqué [I]«qu’on entend beaucoup parler de chimie lors des tours de plaine, ce qui me froisse depuis que j’ai pris la présidence du groupement il y a deux ans»[i]. Conforté par les positions du ministre en faveur de l’agro-écologie, le Ceta et ses 24 adhérents qui représentent 3 300 ha s’est très tôt impliqué dans le cadre d’un projet européen baptisé [I]«Pure»[i]. L’idée, c’est qu’alors que les techniciens des organisations agricoles donnent leurs conseils dans les fermes habituellement, là, à l’inverse, [I]«nous voulions changer de méthode»[i]. Car il s’agit avant tout d’une méthode! [I]«Tous les adhérents se mettent autour de la table. L’un de nous expose son problème spécifique et ce sont ses pairs qui réfléchissent ensemble sur le problème donné. Le technicien reste en retrait. Les agriculteurs proposent des solutions qu’ils essaieraient eux-mêmes à l’adhérent qui les a sollicités»[i] explique Eric Dewavrin. Du coup, [I]«nous pouvons éventuellement avoir recours à la chimie... mais pas que. Nous cherchons les solutions optimales. La grande idée, c’est de rallonger la rotation: Avec une culture de plus, on règle le problème du désherbage si une orge n’est plus propre. Par exemple, on implante un trèfle, une dérobée, ce qui réduit le salissement. Et on calcule la marge à la rotation et non plus à la culture»[i]. Exemple parmi d’autres de solutions imaginées dans ce projet, intitulé [I]«Copernic»[i] pour [I]«Co-innovation pour des systèmes doublement performants dans les exploitations nivernaises avec des rotations à base de céréales»[i]. Selon Michèle Kirry, la préfète, [I]«vous démontrez ainsi l’intelligence supplémentaire qui consiste à collaborer ensemble et à coproduire, ce qui n’est pas quelque chose d’inné»[i]! Les démarches collectives sont bien au coeur des priorités du ministère.

[INTER]Coopérative de bergers en bords de Loire[inter]
Tout aussi passionné, Bernard Girard, président de la jeune association Past’horizons, se présente comme [I]«un éleveur de moutons dans le Loiret depuis 30 ans, berger depuis 20 ans, et en bord de Loire depuis 7 ans»[i]. Il a su trouver les mots pour communiquer son enthousiasme de [I]«ne plus être pris pour un doux rêveur»[i] dans son projet de créer [I]«une coopérative de bergers ambulants à travers un espace-test agricole le long de la Loire»[i]. L’idée consiste à orienter des jeunes en formation hors cadre familial de deux régions et trois départements en lien avec les deux Conservatoires des espaces naturels sur le projet [I]«PastoLoire»[i]. [I]«En bord du fleuve, il n’y a pas de solution d’entretien autre que mécanique. Mais nous pouvons faire transhumer des brebis, avec des paysans sans terre, sur 1500 ha de zones pastoralisables mises à disposition par des communes de la Nièvre et du Cher en bord de la Loire»[i]. Past’Horizons, que Bernard Girard veut [I]«très vite transformer en société coopérative d’intérêt collectif»[i] assure qu’elle entend [I]«assumer une mission d’intérêt public: l’entretien des zones embroussaillées»[i]. Elle a déjà conduit récemment une transhumance de 350 brebis du Pont du Guétin à Challuy et prendra le chemin inverse dans un mois et demi. [I]«Certains de nos bergers, qui intègrent leurs brebis dans le troupeau collectif, pourront s’associer dans la future coopérative et puis ils proposeront aussi de la location à des jeunes ou des moins jeunes. Vivre en microcosme n’est pas le plus aisé, surtout dans cette production ovine qui n’est pas la plus rentable, mais l’avantage est de mettre des bergers et des collectivités côte-à-côte»[i]. Et les plus jeunes pourront [I]«tester leur capacité de devenir entrepreneurs avec le droit de dire stop si cela ne leur convient pas»[i]. Les contrats Cap avec la MSA seront valables un an renouvelables deux fois. Au bout des trois ans, l’objectif est d’intégrer un maximum de coopérateurs dans la SCIC et notamment d’installer le plus de jeunes bergers bénéficiant de l’accompagnant technique et de la mutualisation de moyens. [I]«Utiliser un espace-test agricole comme couveuse d’entreprises, c’est une démarche empreinte de modernité qui ne renie en rien l’agriculture d’hier mais qui intègre le progrès technique, le compagnonnage voire la contribution à l’Economie sociale et solidaire. Je me demande même si vous ne seriez pas éligibles à des aides du dispositif Nouveaux investissements d’avenir»[i] a envisagé Michèle Kirry, louant [I]«l’imagination et l’audace»[i] des associés de Past’Horizons.

[INTER]Le bois bocager comme litière dans les stabulations[inter]
A son tour, Lucien Brossard, le président de l’antenne Nièvre de la Fédération Cuma Bourgogne, s’est fait le porte-parole de la Cuma Terr’eau, dont le projet consiste à s’équiper d’un grappin-coupeur pour transformer le bois bocager des haies hautes du Morvan en plaquettes destinées à la litière des bovins, dans le même Morvan, en alternative à la paille. Cette section [I]«abattage mécanisé»[i] a déjà enclenché son projet depuis le début de l’année et Eric Bertrand souligne que [I]«quand les agriculteurs réussissent à se fédérer, il se passe toujours quelque chose. Et quand on aborde l’écologie en en faisant un atout et non pas une contrainte, on les convainc plus facilement que par la défiance»[i]. Ce qui fait dire à la préfète, sur la même longueur d’ondes, que [I]«les agriculteurs savent démontrer qu’ils ne sont pas les ennemis de l’écologie mais qu’au contraire ils en sont les premiers défenseurs sur le territoire, quelles que soient les difficultés à se projeter dans l’avenir. Si en plus la démarche crée de la valeur ajoutée pour le territoire et pour les agriculteurs, alors c’est gagnant-gagnant»[i]. Michèle Kirry, en conclusion, a souhaité que ces trois projets [I]«pour lesquels l’Etat va débourser 210 000 euros, ce qui n’est pas rien, ne restent pas des cas uniques. Il faut les répliquer et entraîner des effets collatéraux en chaîne sur la valeur ajoutée de l’agriculture, l’entretien des paysages et le maintien de la biodiversité»[i]. Un cocktail [I]«qui intègre le progrès technique»[i] et qui prépare l’agriculture performante de demain.