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Assemblée générale de la SCAECC

Cercy-la-Tour, vitrine de la filière équine nivernaise

Il y a deux  ans, les Haras nationaux décidaient de se désengager de la gestion de ses haras implantés un peu partout sur le territoire national. Les Haras de Cercy-la-Tour, sous l’impulsion de quelques éleveurs de chevaux de la grande région, ont alors été repris par une toute nouvelle et innovante coopérative privée. La SCAECC, seule structure de ce type en France, était née. L’AG de vendredi12 juin a confirmé son bel élan.
Par Emmanuel Coulombeix
Cercy-la-Tour, vitrine de la filière équine nivernaise
L’après-midi, vendredi dernier, un concours d’AQPS de deux ans s’est tenu dans la cour du haras de Cercy. 42 animaux ont été départagés par un jury professionnel, sous les yeux de nombreux visiteurs.
Selon Michel Mulot, le conseiller départemental de Cercy qui concluait les travaux, vendredi dernier au haras, cette coopérative est «une réussite totale». Et effectivement, les chiffres de l’activité 2014 ainsi que les prévisions 2015 plaident en faveur de cette solution inédite trouvée il y a deux ans pour faire face au désengagement des Haras nationaux. Selon son président, Jacques Cyprès, éleveur de chevaux et de bovins charolais à Montigny-sur-Canne, «en trois ans, nous sommes devenus le 1er haras français en nombre de juments de course (au galop) saillies» (poulains vivants 48h après la naissance) ! En 2013, pour le lancement, 350 juments avaient été saillies. C’étaient 530 en 2014 et les premiers résultats 2015 indiquent 670 saillies. La station de Cercy monte en puissance. «Nous sommes dans une région où il y a peu d’étalonneurs et où notre forme coopérative intéresse des éleveurs qui jouent le jeu et diminuent ainsi leurs frais kilométriques» constate Jacques Cyprès. La société coopérative, qui dispose désormais de 9 étalons (contre 6 au début), regroupe 285 coopérateurs. Ils n’étaient que 76 fondateurs en 2013. C’est dire si la SCAECC s’est développée vite et bien, au plus près des besoins de ces éleveurs de toute la région qui pratiquent l’élevage «toujours de façon professionnelle». 60% des poulains qui naissent ne sont destinés qu’aux courses. Une vraie réussite économique pour ces passionnés d’une discipline très spéciale, aves ses codes et ses habitudes, dont les meilleurs animaux brillent régulièrement sur les hippodromes de France et d’Europe. Et ce, même si le PMU aussi connaît une crise des paris, avec une baisse chronique des enjeux de 5% par an...

Des champions et des prix
Dorénavant de droit privé, la société coopérative a repris les mêmes activités que ce que proposait la station de Cercy-la-Tour sous la coupe des Haras nationaux. Pension, dressage, poulinage  : «tout ce qui tourne autour de l’élevage de chevaux est notre mission» appuie Jacques Cyprès. C’est toutefois bel et bien l’étalonnage que viennent chercher les éleveurs ici. «Notre objectif n’est pas de faire des bénéfices mais de pouvoir investir dans la génétique !»   Et, de fait, Cercy dispose d’un très beau catalogue d’étalons qui ne cesse de s’enrichir au fil des ans. Cette année, il vient d’être complété par l’arrivée d’un crack, Rail Link, qui a remporté un prestigieux prix de l’Arc de triomphe en 2006. Né en 2003, ses premiers produits ont vu le jour il y a cinq ans et est père de 165 juments. C’est évidemment un argument de vente indéniable pour ces professionnels des courses, et ce d’autant plus que les coopérateurs jouissent de prix remisés sur les saillies. Au catalogue, une saillie de Rail Link est affichée à 2 800 euros HT pour les clients ordinaires et à 2 300 euros HT pour les adhérents de la SCAECC. De quoi encourager les grandes lignées de champions. Les huit autres étalons offrent des palmarès et des tarifs tout aussi avantageux : jusqu’à 8 500 euros HT (7 000 euros pour les adhérents) pour Network, présenté comme un «monstre sacré», dans le top 10 national des étalons d’obstacle et fort de 24 gagnants l’an dernier... Cercy fournit même 40% de son activité totale en purs sang (contre 60% en AQPS)  ! Le haras du sud-Nivernais est devenue une magnifique vitrine de la filière équine départementale et régionale. «Et une vitrine de la ville de Cercy tout court» souligne aussi Emmanuel Bernard, éleveur des environs et adjoint de la ville.

Cercy connue jusqu’aux Etats-Unis
Du coup, le succès professionnel se double d’une performance économique. La SCAECC emploie désormais 4 salariés et une secrétaire à temps plein. Et la Nièvre équine semble tendre les bras au haras. Sur les 670 premières saillies de 2015, 293 ont été réalisées pour des éleveurs du département, loin devant l’Allier (104), la Saône-et-Loire (84), le Cher (20) mais aussi Paris et la Région parisienne, le Calvados, la Loire-Atlantique, les Pyrénées atlantiques ou l’Orne : 21 départements au total  ! «Nous équilibrons notre budget. C’est une vraie surprise pour nous, tellement nous ne nous y attendions pas. Notre objectif initial était de faire de Cercy un haras crédible dans la région et en France. Nous y sommes arrivés en trois ans. Maintenant que nous sommes en haut du barreau de l’échelle, le plus dur c’est d’y rester. Il nous faut trouver de bons étalons, ce qui relève plus ou moins de la chance car ce sont des bêtes vivantes. Si çà gagnait beaucoup, çà se saurait et quand çà ne va pas, çà ne se dit pas» estime le président de la coopérative. L’objectif est de maintenir l’activité autour de 5 à 600 juments par an. Et de rayonner au-delà de ses premiers clients. « Nous sommes une carte postale pour Cercy» dit Jacques Cyprès, qui, il y a quinze jours dans le Kentucky, sans qu’on sache qui il était, et à sa grande surprise, s’est entendu faire les louanges du haras nivernais par l’ancien propriétaire de Rail Link, son nouvel étalon... A côté des Etats-Unis, l’Angleterre et l’Irlande sont les plus gros débouchés de la station. A l’international aussi, la SCAECC veut rayonner.