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Filière caprine

CapriNièvre, à quitte ou double  ?

Suite à la démission de son ancien président, et en proie à des difficultés financières, l’association CapriNièvre se cherche un nouveau souffle. Un nouveau bureau et une nouvelle présidente, Marion Passard, ont été désignés. Il y va aussi de la pérennité de la filière caprine dans le département.
Par Emmanuel Coulombeix
CapriNièvre, à quitte ou double  ?
L’association Caprinièvre a pour but, entre autres, d’apporter un soutien technico-économique aux éleveurs caprin du département.
Ce mardi matin, 2 décembre, les membres du nouveau bureau de CapriNièvre se retrouvent à la Chambre d’agriculture à Nevers, pour une troisième journée de formation sous la férule de Marie-Solange Durand, l’animatrice d’Actrices nivernaises. Après l’environnement professionnel et économique des OPA du département, après le diagnostic sur la valeur ajoutée et les atouts de Caprinièvre, il s’agit ce mardi d’envisager les perspectives, à la fois pour la structure et pour la filière. Caprinièvre, qui rassemble entre 25 et 30 éleveurs caprins (sur une quarantaine au total) et quelques éleveurs bovins laitiers, traverse une crise de croissance. Créée en 1982 en parallèle au Syndicat caprin (né en 1976), l’association loi 1901, dont l’animateur est Christian Étienne, a pour objectif d’offrir «un soutien technico-économique aux élevages caprins fromagers du département, un appui à l’installation et à la transmission, une animation de la filière, par exemple au travers du concours régional fromager, et un accompagnement à la promotion, à la diffusion et à la formation» détaille Marion Passard, sa nouvelle présidente. La jeune femme, éleveuse à Varennes-Vauzelles, vient d’être appelée afin de redresser, avec ses quelques collègues les plus motivés, une situation devenue un peu bancale, en terme tant de moyens que de perspectives collectives. C’est d’ailleurs ce constat, fait il y a un mois au moment de la démission de son prédécesseur, qui a déclenché le besoin d’organiser une formation. Un peu comme s’il s’agissait de trouver, au sein même de la structure, un nouvel élan, salvateur.

45 000 euros de subventions depuis 8 ans
Quand on évoque de précédentes assemblées générales de Caprinièvre, où la participation des adhérents était pour le moins faible, Marion Passard répond que «çà, c’était avant  !», empruntant à l’humour publicitaire d’une enseigne d’opticiens la volonté d’aller de l’avant. La formation autant que la désignation de la nouvelle équipe témoignent pourtant de la remise en cause objective à laquelle vient de se livrer Caprinièvre. La question n’est pas de savoir s’il y a un animateur technique -Christian Etienne fait le boulot- ni même une légitimité -Caprinièvre rassemble plus des trois quarts des professionnels de la filière dans le département- mais comment désormais l’association «peut elle se donner les moyens d’accompagner un secteur chèvres en pleine mutation?» Christian Etienne précise  : «Ici (ndlr  : à la Chambre d’agriculture), on nous en demande toujours plus, avec des missions qui ne sont pas listées, comme par exemple à propos de la transmission. Nous entendons les discours sur la diversification de la ferme Nièvre mais l’enveloppe que nous recevons, de 4371 euros, ne couvre pas 10% de ce dont nous avons besoin pour aider la filière. Tous les partenaires sont d’accord pour dire que Caprinièvre est utile à l’environnement économique du département mais il n’y a personne pour mettre des sous»   ! L’animateur, qui par ailleurs est membre de Chambre élu dans le collège des salariés d’organisations professionnelles, précise que la structure a dû faire face à une baisse chronique de subventions de l’ordre de 45000 euros depuis 8 ou 9 ans. «Ici, on pallie aux carences de la Chambre d’agriculture mais la profession ne peut pas compenser la baisse des subventions, même si nous comprenons la problématique des budgets à équilibrer»  !

2 installés et 12 porteurs de projets
La démarche de rebond, entreprise par Marion Passard et son équipe, la légitimité historique de Caprinièvre, les besoins nouveaux de la filière, tout conduit à envisager de nouveaux partenariats, avec un nouveau souffle proclamé. Christian Étienne détaille les forces de la structure   : «90% des membres présents aujourd’hui (ndlr  : à la formation) ont été installés avec l’appui de Carpinièvre. Nous avons un rôle d’accompagnement de la filière qu’aucune autre structure ne permet. Nous n’avons pas le même métier qu’un autre opératuer du département, dont le rôle de prestataire de services tourne plutôt autour du contrôle de performances. Chaque éleveur est à même de voir avec qui il veut travailler» souligne l’animateur. Surtout, le potentiel de développement est prometteur  : «Plus nous sommes nombreux, mieux c’est, mais il n’est pas question de nombre  : le temps plein du technicien n’y suffirait plus» prévient Marion Passard. Et pourtant, les chèvres «qui sont parfois considérées, avec plus ou moins de réalisme, comme une alternative au problème des moyens financiers lors d’une installation», suscitent des vocations dans la Nièvre. «En 2014, nous avons deux éleveurs en phase d’installation et nous recensons 12 porteurs de projets, dont 2 ou 3 pourraient s’installer dès 2015» avance Christian Étienne. De bon augure pour une consolidation de la structure qu’il anime... «Si nous n’apportons pas de réponse, ces gens-là partiront ailleurs» tient à alerter Jean-Paul Loisy, de Rouy, éleveur bovin lait bien connu, inscrit dans la nouvelle dynamique. Et l’animateur, droit dans ses bottes, de faire monter la pression sur les éventuels financeurs   : «la Chambre d’agriculture nous demande de réfléchir à la mise en place d’un espace-test agricole dans le Morvan, entre Chaumard et Gâcogne, sur le modèle de l’espace-test de la Baratte, en maraîchage. Le Conseil général, qui n’est pas très chaud sur les ovins viande, voudra peut-être soutenir financièrement un atelier caprin-transformation. Il n’y a personne d’autre que nous pour accompagner le projet mais s’il y a un cédant prêt à mettre des hectares, il y aura aussi des bâtiments à raser ou à réaménager. Et il faudra réfléchir sur le nombre de chèvres nécessaires -pas 60 tout de suite- pour ne pas mettre l’éleveur en difficulté». Plus que jamais, Caprinièvre joue la carte de sa légitimité auprès de ses partenaires («  Chambre d’agriculture, Conseil général, Conseil régional  ») et, de là, la considération de la filière caprine dans l’avenir de la ferme Nièvre. A quitte ou double  !