Billet d'humeur de Jean-Pierre Bouron
Jean-Pierre Bouron, adhérent à la section départementale des anciens exploitants de l'Yonne (SDAEY) confie sa vision de la situation actuelle en agriculture, avec un brin d'optimisme pour l'avenir.
« Aurions-nous imaginé que les nombreux conflits de par le monde allaient tant impacter notre vie quotidienne ? Les dirigeants de la planète nous abreuvent journellement des nouvelles les plus alarmantes, tandis que les espoirs de paix semblent s'éloigner au fil du temps. La voix de l'Europe est inaudible. Nos dirigeants se préoccupent davantage des prochaines échéances électorales que de trouver des solutions pour surmonter la crise, sans même se soucier des drames humains subis par les habitants des zones de guerre.
Quant à notre nation, elle s'enfonce dans des déficits abyssaux et récurrents, compensés par des emprunts qu'il faudra bien rembourser un jour, faute de vouloir le faire nous-mêmes, laissant cette charge aux générations futures. Nous n'avons plus de marge de manœuvre pour faire face à l'explosion du coût des matières premières nécessaires à l'économie française.
En premier lieu, les secteurs touchés sont : l'agriculture, l'artisanat, les outils de production, les services et, au final, l'ensemble de la population. Comment expliquer que nous étions en 1996, en Europe, le deuxième exportateur agricole et que nous nous retrouvions aujourd'hui au sixième rang, derrière l'Allemagne et les Pays Bas ?
L'excédent agroalimentaire, qui avoisinait les dix milliards d'euros, atteint péniblement, en 2025, les deux cents millions d'euros. Interrogeons-nous sur les causes de cette dégringolade alors que nous disposons d'exploitants de mieux en mieux formés, dotés de facultés d'adaptation hors du commun, ainsi que de fermes biens dimensionnés et bien équipées pour faire face à la concurrence des autres nations. Nous sommes bien conscients d'avoir choisi un métier comportant des risques et des contraintes liés aux aléas climatiques et sanitaires. Mais les principaux problèmes de compétitivité qui plombent et retardent toutes les initiatives et tous les projets proviennent également des normes, règlements et contrôles votés par les parlementaires européens et nationaux, puis mis en application par des hauts fonctionnaires souvent éloignés des réalités du terrain. Pendant ce temps, ce sont nos interlocuteurs les plus proches, notamment les services de la DDT, qui recueillent les doléances et subissent les mécontentements des agriculteurs sans pouvoir porter de jugement sur ces mesures, étant soumis au devoir de réserve.
Le collectif : une force pour affronter l'avenir sereinement
Notre génération, tout comme celle de nos parents, a connu des périodes parfois plus difficiles encore, que celle que nous traversons aujourd'hui et a su les surmonter. L'espoir d'améliorer leurs conditions de vie, fondé sur la confiance en l'avenir, le goût du travail, l'entraide, le refus d'attendre systématiquement tout de l'État et la conviction de défendre et transmettre des valeurs telles que le travail, la politesse, le respect, la tolérance et la solidarité leur a permis de traverser bien des épreuves.
Nous sommes aujourd'hui bien souvent désorientés face à une gouvernance qui ne nous apporte aucune solution pérenne pour redresser la situation de notre pays. Comment croire en un gouvernement qui préfère mettre la poussière sous le tapis afin de ne pas faire de vagues, avec en ligne de mire les prochaines élections, le tout accompagné de promesses auxquelles plus personne ne croit ? Nous devons redevenir le pays que beaucoup nous envient, en nous appuyant sur une Europe forte et en acceptant de prendre des mesures parfois impopulaires : redéployer les aides vers les plus précaires en excluant les opportunistes, tout en privilégiant le courage, la conscience professionnelle, la prise de risque, l'innovation, l'éducation et la recherche.
Réunis, nous pouvons ouvrir de nouvelles perspectives pour les générations futures et contribuer à un meilleur vivre-ensemble, sans pour autant occulter nos aspirations ni nos revendications légitimes. Faute de quoi, nous risquons de verser dans les extrémismes de tous bords, avec des réveils difficiles. À chacun de prendre ses responsabilités.
Terminons par une citation de Clemenceau : « Il faut savoir ce que l'on veut ; quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire » ».