Méthanisation
Bien réfléchir avant de s’engager...
L’Ademe a organisé le 23 avril dernier une journée de réflexion sur la méthanisation. Entre retours d’expériences et bilans économiques, la méthanisation confirme son fort potentiel de développement, tout en révélant aussi l’importance d’une réflexion initiale très approfondie en amont des projets.
La méthanisation reste une usine à gaz, au propre comme au figuré. Produire du méthane s’avère une technique facile à comprendre (car un digesteur cela s’apparente à une grosse panse de vache) mais plus difficile à mettre en oeuvre, pour obtenir la meilleure efficience possible en termes d’efficacité et de rentabilité d’une installation le plus souvent très coûteuse. Les premiers méthaniseurs installés en Bourgogne commencent à produire suffisamment de références pour que l’on puisse faire le point de la situation et en tirer les premiers enseignements. C’est ce que l’Ademe, en partenariat avec le Conseil régional, a entrepris le 23 avril dernier, en dressant un état des lieux de la méthanisation.
Un développement maîtrisé
«C’est un sujet qui doit mobiliser les énergies et qui doit avant tout faire réfléchir» annonçait d’emblée François Patriat, en ouverture de la journée. La suite montrera toute la pertinence du propos, car il faut effectivement bien réfléchir avant de se lancer dans un projet d’une telle envergure. La déclinaison bourguignonne du plan énergie-climat prévoit une quarantaine de méthaniseurs en 2020 dans la région. Au rythme du développement actuel des projets c’est faisable. La Bourgogne compte dix installations en fonctionnement, huit projets en construction et une trentaine en préparation. La Côte d’Or et l’Yonne concentrant l’essentiel des programmes. Sur ces dix installations une seule valorise le biogaz directement dans une chaudière, les neuf autres ont une installation de co-génération pour la production d’électricité et de chaleur.
Bertrand Aucordonnier, de l’Ademe, insiste aussi sur la nécessité d’acquérir des références et d’assurer un suivi technique rapproché pour encourager et soutenir le développement de cette filière encore fragile. Les Chambres d’agriculture et l’Ademe veillent ainsi au grain, afin que les projets s’inscrivent eux aussi dans la durée.
Dans le mix-énergétique, la méthanisation a des atouts forts. Les matières méthanisables sont «produites» localement et donc accessibles. Un méthaniseur digère différentes proportions de matières qui peuvent être extrêmement diversifiées. Les plus courantes sont : les effluents d’élevage (53%), les cultures intermédiaires et à vocation énergétique (11,3%), les résidus agricoles (1,8%) et les déchets (restauration, bio-déchets, industries agroalimentaires, eaux usées...) pour 33%.
Un bilan économique très variable
Cette grande diversité engendre des systèmes de fonctionnement très différents et des variabilités importantes en termes d’efficacité énergétique et donc de rentabilité des installations. L’entretien du matériel, la casse éventuelle, les arrêts de production pour réparation, la maintenance des systèmes... peuvent sensiblement alourdir la facture et entamer la rentabilité prévue. C’est à cela qu’il faut aussi réfléchir, remarquent les intervenants.
Roland Zimmerman de CerFrance Yonne s’intéresse plus particulièrement à l’économie des projets de méthanisation. Le bilan économique est complexe à dresser car aucun projet ne se ressemble, mais les sommes engagées (jusqu’à deux millions d’euros d’investissement) obligent à la plus grande prudence. «Les mauvaises surprises sont nombreuses, il faut donc se donner des marges de sécurité» par rapport aux délais de paiement des factures EDF (jusqu’à Six mois de différé), à la casse imprévue et aux pertes de production... L’étude technique est importante, mais il faut aussi intégrer la gestion des risques. Car le porteur de projet peut se trouver confronter à toutes sortes d’imprévus... qu’il vaut mieux prévoir dès le départ.
Ne pas minimiser les charges de fonctionnement
A ce jeu-là, certains gagnent et d’autres perdent. Les bilans peuvent parfois se lire en négatif, même si, pour beaucoup, la rentabilité est au bout de l’aventure. Tout repose sur le dimensionnement du projet et l’évaluation des charges de fonctionnement. Entre les achats de matières premières éventuels, la note d’électricité à payer, la maintenance, les assurances, les analyses... on arrive précise Roland Zimmerman en moyenne à 50 000 €/an sur une base de 100kw produits. Avec 28% de différence entre le moins coûteux et le plus coûteux.
Les agriculteurs engagés sont lucides par rapport aux enjeux et aux risques. Philippe Abrahams, de la SCEA La Pierre qui Vire, porteur d’un petit projet totalement intégré à l’exploitation laitière et fromagère bio, énonce sans arrière-pensée «je re-signe tout de suite», tant son installation comble ses attentes. Satisfaction aussi pour Simon Beck, du Gaec Val Maury, qui s’est aperçu que son système serait encore plus performant avec deux silos supplémentaires (en construction). Seule vraie difficulté relevée par Jean-Michel Fèvre, de la SARL Fèvre, la difficulté à organiser les chantiers de cultures, autant pour alimenter le digestat que pour l’épandre. C’est «un casse-tête», mais pour le reste la satisfaction est là.
Un développement maîtrisé
«C’est un sujet qui doit mobiliser les énergies et qui doit avant tout faire réfléchir» annonçait d’emblée François Patriat, en ouverture de la journée. La suite montrera toute la pertinence du propos, car il faut effectivement bien réfléchir avant de se lancer dans un projet d’une telle envergure. La déclinaison bourguignonne du plan énergie-climat prévoit une quarantaine de méthaniseurs en 2020 dans la région. Au rythme du développement actuel des projets c’est faisable. La Bourgogne compte dix installations en fonctionnement, huit projets en construction et une trentaine en préparation. La Côte d’Or et l’Yonne concentrant l’essentiel des programmes. Sur ces dix installations une seule valorise le biogaz directement dans une chaudière, les neuf autres ont une installation de co-génération pour la production d’électricité et de chaleur.
Bertrand Aucordonnier, de l’Ademe, insiste aussi sur la nécessité d’acquérir des références et d’assurer un suivi technique rapproché pour encourager et soutenir le développement de cette filière encore fragile. Les Chambres d’agriculture et l’Ademe veillent ainsi au grain, afin que les projets s’inscrivent eux aussi dans la durée.
Dans le mix-énergétique, la méthanisation a des atouts forts. Les matières méthanisables sont «produites» localement et donc accessibles. Un méthaniseur digère différentes proportions de matières qui peuvent être extrêmement diversifiées. Les plus courantes sont : les effluents d’élevage (53%), les cultures intermédiaires et à vocation énergétique (11,3%), les résidus agricoles (1,8%) et les déchets (restauration, bio-déchets, industries agroalimentaires, eaux usées...) pour 33%.
Un bilan économique très variable
Cette grande diversité engendre des systèmes de fonctionnement très différents et des variabilités importantes en termes d’efficacité énergétique et donc de rentabilité des installations. L’entretien du matériel, la casse éventuelle, les arrêts de production pour réparation, la maintenance des systèmes... peuvent sensiblement alourdir la facture et entamer la rentabilité prévue. C’est à cela qu’il faut aussi réfléchir, remarquent les intervenants.
Roland Zimmerman de CerFrance Yonne s’intéresse plus particulièrement à l’économie des projets de méthanisation. Le bilan économique est complexe à dresser car aucun projet ne se ressemble, mais les sommes engagées (jusqu’à deux millions d’euros d’investissement) obligent à la plus grande prudence. «Les mauvaises surprises sont nombreuses, il faut donc se donner des marges de sécurité» par rapport aux délais de paiement des factures EDF (jusqu’à Six mois de différé), à la casse imprévue et aux pertes de production... L’étude technique est importante, mais il faut aussi intégrer la gestion des risques. Car le porteur de projet peut se trouver confronter à toutes sortes d’imprévus... qu’il vaut mieux prévoir dès le départ.
Ne pas minimiser les charges de fonctionnement
A ce jeu-là, certains gagnent et d’autres perdent. Les bilans peuvent parfois se lire en négatif, même si, pour beaucoup, la rentabilité est au bout de l’aventure. Tout repose sur le dimensionnement du projet et l’évaluation des charges de fonctionnement. Entre les achats de matières premières éventuels, la note d’électricité à payer, la maintenance, les assurances, les analyses... on arrive précise Roland Zimmerman en moyenne à 50 000 €/an sur une base de 100kw produits. Avec 28% de différence entre le moins coûteux et le plus coûteux.
Les agriculteurs engagés sont lucides par rapport aux enjeux et aux risques. Philippe Abrahams, de la SCEA La Pierre qui Vire, porteur d’un petit projet totalement intégré à l’exploitation laitière et fromagère bio, énonce sans arrière-pensée «je re-signe tout de suite», tant son installation comble ses attentes. Satisfaction aussi pour Simon Beck, du Gaec Val Maury, qui s’est aperçu que son système serait encore plus performant avec deux silos supplémentaires (en construction). Seule vraie difficulté relevée par Jean-Michel Fèvre, de la SARL Fèvre, la difficulté à organiser les chantiers de cultures, autant pour alimenter le digestat que pour l’épandre. C’est «un casse-tête», mais pour le reste la satisfaction est là.
Une «vieille recette»
La méthanisation ce n’est qu’une vieille recette modernisée. Les plus anciens systèmes remontent à la fin du XIXème siècle. La technique a connu un fort développement dans les années 1930, avec les digesteurs de gaz de fumier et lors de la seconde guerre mondiale. On a compté jusqu’à 1000 installations en France. Le pétrole peu cher a précipité l’abandon de la méthanisation. Dans les années 1970, le premier choc pétrolier a donné un regain d’intérêt au procédé, mais les années 80 ont tout balayé, retour au tout pétrole et coût d’arrêt du fait de la perte des soutiens publics, le tout sanctionné par une perte de la maîtrise technique du sujet. Il faudra attendre la construction d’un mix-énergétique au plan national pour que l’on encourage à nouveau la méthanisation. L’augmentation de l’effet de serre et la perspective de la diminution rapide des ressources fossiles sous la pression démographique, amène maintenant les Pouvoirs publics et l’Europe à soutenir le développement des installations de méthanisation, qu’elles soient individuelles ou collectives. La France fait cependant figure de petit Poucet face à des locomotives comme l’Allemagne notamment ou d’autres pays européens, qui font nettement mieux que nous et depuis longtemps.