Avant l’AG des JA 58 à Châtillon-en-Bazois
«Avec la conjoncture et la PAC, il y a beaucoup d’incertitudes pour les jeunes»
«L’avenir de l’élevage dans le département» sera le thème de l’assemblée générale des JA 58, le 25 avril à 14h à la MJC de Châtillon-en-Bazois. Entre incertitudes économiques et manque de visibilité politique, l’agriculture nivernaise, comme d’autres, s’inquiète pour demain. Et les jeunes espèrent en un futur plus radieux. Terres de Bourgogne a rencontré Bertrand Larue, 23 ans, salarié de l’exploitation de son père à Achun, au cœur du Bazois. Il témoigne de ses angoisses de débutant autant que de ses ambitions non démenties.
[G]- Terres de Bourgogne:Vous êtes salarié de l’exploitation votre père. Comptez-vous bientôt vous installer en agriculture?
Bertrand Larue: [g][I]«Dès ma sortie du BTS ACSE au lycée de Challuy, il y a trois ans, je suis devenu salarié de l’EARL de mon père. Aujourd’hui pourquoi pas m’associer avec lui, d’autant qu’il a 60 ans et qu’il prendra bientôt sa retraite. Mais je veux trouver du foncier à proximité: pas question que je reprenne une ferme à plus de 20 km pour être tous les jours sur les routes et griller de l’essence pour rien. L’avenir, c’est la simplification du travail. Reprendre quelques bouts de terre, c’est rendre l’exploitation plus viable, sachant que nous, nous sommes déjà au top de ce que nous pouvons faire. Nous élevons 140 brebis Texel, faisons vêler 95 charolaises par an et cultivons 50 ha sur une surface totale de 160ha. On vend des broutards et on engraisse les vaches. Nous sommes minutieux. Rechercher un peu d’autonomie en cultures nous aiderait. Mais je ne suis pas pressé et je vis très bien d’être salarié pour l’instant. On verra d’ici trois ans. En attendant, cela me permet d’acquérir plus de maturité, d’apprendre beaucoup, de prendre des responsabilités. A la ferme, c’est moi qui m’occupe des cultures (ndlr: blé-orge-colza) et puis le matériel, mon père n’y regarde pas trop. Il me laisse faire... Cela me motive encore plus.»[i]
[G]- TDB: C’est une transmission douce. Qu’est-ce que l’agriculture représente pour vous?
B.L.:[g] [I]«Depuis que j’ai l’âge de la maturité, je ne veux pas faire autre chose. La ferme, c’est important, pour moi et pour notre pays! Je suis fier d’exercer ce métier. Quand on voit les anciens, çà donne envie. La ferme existe depuis mes arrière-grands-parents, au début du XXè siècle. En 1983, c’était un Gaec avec mon père, deux cousins et un oncle, jusqu’à la retraite de celui-ci et la séparation de l’exploitation. Mais nous vivons tous à proximité (ndlr: au lieu-dit «Pain») et nous nous entendons très bien. Nous échangeons nos avis, et c’est cela qui me forme. Plus généralement, je suis fier d’être agriculteur parce que ce sont les agriculteurs qui entretiennent les paysages, qui produisent les matières premières et qui pérennisent un véritable patrimoine, matériel bien sûr, mais aussi culturel et vivant!»[i]
[G]- TDB: Comment voyez-vous l’avenir de votre métier d’éleveur dans la Nièvre?
B.L.:[g] [I]«Très mal! Quand on va vers Nevers, on voit toutes les terres se labourer alors que c’étaient des terres où il n’y avait que de l’herbe. On ne sait pas trop où on va. Ce qui me dégoûte, c’est qu’on va embêter un petit exploitant qui va vouloir labourer 2ha pour chercher de l’autonomie en paille et en céréales mais que des gros qui arrivent avec des valises de billets pourront retourner 20 ha. A Cournon, François Hollande avait promis de réorienter les primes vers l’élevage mais finalement c’est moins que prévu. C’est terrible quand les charges montent et que les produits ne sont pas assez élevés. Nous sommes dépendants de la PAC alors que nous disons tous que nous voudrions vivre du fruit de notre travail. C’est une réalité qui nous motiverait mais nous le verrons sans doute pas de notre vivant... Les Français ne consomment plus assez de viande, les portefeuilles s’amenuisent, les consommateurs cherchent le steak le moins cher sans se préoccuper de l’origine et de la valorisation du travail des éleveurs. Ils préfèrent des bêtes de lait plutôt que la reconnaissance de la qualité du charolais. C’est aussi un manque de reconnaissance pour notre savoir-faire traditionnel!»[i]
[G]- TDB: Et les jeunes dans tout çà?
B.L.:[g] [I]«Les JA devraient être plus aidés pour leur installation. Entre la conjoncture et la réforme de la PAC, il y a beaucoup d’incertitudes pour eux. Cela fait peur de s’installer: il faut sortir un SMIC, rembourser les prêts. Moi, j’ai moins peur que certains car j’ai la chance de travailler sur une exploitation familiale qui tourne comme çà. Les jeunes sont dynamiques. Ils aiment l’agriculture mais le principal, pour eux, c’est de ne pas travailler pour zéro. Par exemple, j’ai repoussé à plus tard l’idée de la création d’un poulailler indépendant que j’aurais aimé monter. Cela demandait une grosse mise de fonds, une présence permanente, une attention méticuleuse et un temps journalier très prenant alors que mon temps est déjà précieux. L’élevage ovin aussi est très chronophage. Est-ce que çà va durer? J’aime les moutons mais il faudrait réaliser beaucoup d’améliorations, un tunnel et un parc de contention. La ferme, qui historiquement est déjà très orientée vers les bovins, va-t-elle continuer les ovins? Ou les arrêter? Je doute. Le paradoxe, c’est que c’est l’avenir de l’élevage. Tout le monde arrête et on sait qu’il va y avoir de la demande... Mais nous avons déjà adapté la stabulation et le parc de contention pour les bovins.»[i]
[G]- TDB: Et le syndicalisme, c’est nécessaire?
B.L.:[g] [I]«Mes cousins m’amenaient aux JA du canton quand j’avais 14-15 ans, pour l’entraide et les concours. Depuis deux ans, je suis administrateur au département, dans l’équipe d’Alexandre Lorré mais il n’y a pas assez de jeunes qui veulent prendre des responsabilités. Sur le plan personnel, c’est épanouissant et enrichissant intellectuellement et j’aimerais monter plus haut, pour défendre la Nièvre à la région. Mais jamais au détriment de mon père! Il faut du temps. Et c’est nécessaire pour défendre la profession. J’étais à la grande manifestation de Nevers le 9 avril. Nous étions 700 mais ce n’était pas assez. Tous les agriculteurs auraient dû être là pour témoigner que sans l’agriculture, il ne nous reste plus rien pour vivre. Beaucoup risquent de mettre la clé sous la porte. Et nous avons une image médiatique dégradée dans la société. C’est terrible. Nous sommes impuissants à nous faire comprendre, des médias et des citadins. En tant que jeune, moi, je tire mon chapeau à ces agriculteurs de 55-60 ans, que j’ai croisés à Nevers, et qui sont venus défendre les jeunes agriculteurs et une certaine idée du métier, alors qu’ils sont peut-être à quelques mois de la retraite. C’est important!»[i]
Bertrand Larue: [g][I]«Dès ma sortie du BTS ACSE au lycée de Challuy, il y a trois ans, je suis devenu salarié de l’EARL de mon père. Aujourd’hui pourquoi pas m’associer avec lui, d’autant qu’il a 60 ans et qu’il prendra bientôt sa retraite. Mais je veux trouver du foncier à proximité: pas question que je reprenne une ferme à plus de 20 km pour être tous les jours sur les routes et griller de l’essence pour rien. L’avenir, c’est la simplification du travail. Reprendre quelques bouts de terre, c’est rendre l’exploitation plus viable, sachant que nous, nous sommes déjà au top de ce que nous pouvons faire. Nous élevons 140 brebis Texel, faisons vêler 95 charolaises par an et cultivons 50 ha sur une surface totale de 160ha. On vend des broutards et on engraisse les vaches. Nous sommes minutieux. Rechercher un peu d’autonomie en cultures nous aiderait. Mais je ne suis pas pressé et je vis très bien d’être salarié pour l’instant. On verra d’ici trois ans. En attendant, cela me permet d’acquérir plus de maturité, d’apprendre beaucoup, de prendre des responsabilités. A la ferme, c’est moi qui m’occupe des cultures (ndlr: blé-orge-colza) et puis le matériel, mon père n’y regarde pas trop. Il me laisse faire... Cela me motive encore plus.»[i]
[G]- TDB: C’est une transmission douce. Qu’est-ce que l’agriculture représente pour vous?
B.L.:[g] [I]«Depuis que j’ai l’âge de la maturité, je ne veux pas faire autre chose. La ferme, c’est important, pour moi et pour notre pays! Je suis fier d’exercer ce métier. Quand on voit les anciens, çà donne envie. La ferme existe depuis mes arrière-grands-parents, au début du XXè siècle. En 1983, c’était un Gaec avec mon père, deux cousins et un oncle, jusqu’à la retraite de celui-ci et la séparation de l’exploitation. Mais nous vivons tous à proximité (ndlr: au lieu-dit «Pain») et nous nous entendons très bien. Nous échangeons nos avis, et c’est cela qui me forme. Plus généralement, je suis fier d’être agriculteur parce que ce sont les agriculteurs qui entretiennent les paysages, qui produisent les matières premières et qui pérennisent un véritable patrimoine, matériel bien sûr, mais aussi culturel et vivant!»[i]
[G]- TDB: Comment voyez-vous l’avenir de votre métier d’éleveur dans la Nièvre?
B.L.:[g] [I]«Très mal! Quand on va vers Nevers, on voit toutes les terres se labourer alors que c’étaient des terres où il n’y avait que de l’herbe. On ne sait pas trop où on va. Ce qui me dégoûte, c’est qu’on va embêter un petit exploitant qui va vouloir labourer 2ha pour chercher de l’autonomie en paille et en céréales mais que des gros qui arrivent avec des valises de billets pourront retourner 20 ha. A Cournon, François Hollande avait promis de réorienter les primes vers l’élevage mais finalement c’est moins que prévu. C’est terrible quand les charges montent et que les produits ne sont pas assez élevés. Nous sommes dépendants de la PAC alors que nous disons tous que nous voudrions vivre du fruit de notre travail. C’est une réalité qui nous motiverait mais nous le verrons sans doute pas de notre vivant... Les Français ne consomment plus assez de viande, les portefeuilles s’amenuisent, les consommateurs cherchent le steak le moins cher sans se préoccuper de l’origine et de la valorisation du travail des éleveurs. Ils préfèrent des bêtes de lait plutôt que la reconnaissance de la qualité du charolais. C’est aussi un manque de reconnaissance pour notre savoir-faire traditionnel!»[i]
[G]- TDB: Et les jeunes dans tout çà?
B.L.:[g] [I]«Les JA devraient être plus aidés pour leur installation. Entre la conjoncture et la réforme de la PAC, il y a beaucoup d’incertitudes pour eux. Cela fait peur de s’installer: il faut sortir un SMIC, rembourser les prêts. Moi, j’ai moins peur que certains car j’ai la chance de travailler sur une exploitation familiale qui tourne comme çà. Les jeunes sont dynamiques. Ils aiment l’agriculture mais le principal, pour eux, c’est de ne pas travailler pour zéro. Par exemple, j’ai repoussé à plus tard l’idée de la création d’un poulailler indépendant que j’aurais aimé monter. Cela demandait une grosse mise de fonds, une présence permanente, une attention méticuleuse et un temps journalier très prenant alors que mon temps est déjà précieux. L’élevage ovin aussi est très chronophage. Est-ce que çà va durer? J’aime les moutons mais il faudrait réaliser beaucoup d’améliorations, un tunnel et un parc de contention. La ferme, qui historiquement est déjà très orientée vers les bovins, va-t-elle continuer les ovins? Ou les arrêter? Je doute. Le paradoxe, c’est que c’est l’avenir de l’élevage. Tout le monde arrête et on sait qu’il va y avoir de la demande... Mais nous avons déjà adapté la stabulation et le parc de contention pour les bovins.»[i]
[G]- TDB: Et le syndicalisme, c’est nécessaire?
B.L.:[g] [I]«Mes cousins m’amenaient aux JA du canton quand j’avais 14-15 ans, pour l’entraide et les concours. Depuis deux ans, je suis administrateur au département, dans l’équipe d’Alexandre Lorré mais il n’y a pas assez de jeunes qui veulent prendre des responsabilités. Sur le plan personnel, c’est épanouissant et enrichissant intellectuellement et j’aimerais monter plus haut, pour défendre la Nièvre à la région. Mais jamais au détriment de mon père! Il faut du temps. Et c’est nécessaire pour défendre la profession. J’étais à la grande manifestation de Nevers le 9 avril. Nous étions 700 mais ce n’était pas assez. Tous les agriculteurs auraient dû être là pour témoigner que sans l’agriculture, il ne nous reste plus rien pour vivre. Beaucoup risquent de mettre la clé sous la porte. Et nous avons une image médiatique dégradée dans la société. C’est terrible. Nous sommes impuissants à nous faire comprendre, des médias et des citadins. En tant que jeune, moi, je tire mon chapeau à ces agriculteurs de 55-60 ans, que j’ai croisés à Nevers, et qui sont venus défendre les jeunes agriculteurs et une certaine idée du métier, alors qu’ils sont peut-être à quelques mois de la retraite. C’est important!»[i]