Au bout du bout
Les présidents de l'AGPB et de la Fop, après leur forum à Longvic, étaient en visite à Saint-Martin-du-Mont.
Accueillir des représentants nationaux sur son territoire est toujours l'occasion de faire passer des messages. Le message le plus important, ce jeudi 6 mars, était le suivant : les grandes cultures en zones intermédiaires, ça ne passe plus ! Matthieu Duthu, président de la commission « productions végétales annuelles » à la Chambre d’agriculture, a proposé une présentation chiffrée des problématiques locales. Parmi les éléments à retenir : sa ferme à Saint-Martin-du-Mont percevait 330 euros/ha d'aides Pac en 2005 et dépensait 160 euros pour une tonne d'engrais. « Cette année, la Pac s'élève à 195 euros/ha et l'engrais a été payé 400 euros/t… », déplore l'agriculteur.
Non à la MACF
Éric Thirouin, le président de l'AGPB, a relayé à son tour les difficultés grandissantes des fermes céréalières. L'inquiétude est d'autant plus forte que l'année 2026, à ce jour, ne s'annonce pas meilleure que les précédentes. « Trois ans de suite dans le rouge : des mesures radicales sont à prendre, la France ne peut pas se permettre de perdre 50 00 exploitations », insiste-t-il. La MACF, et la hausse de charges qu'elle va engendrer, doit être abandonnée pour les engrais. Des mesures de soutiens — 200 millions d'euros — ont été demandées au niveau européen : « il existe des réserves de crise, le commissaire agricole est sollicité sur la question. Nous avons également demandé des sommes conséquentes dans le cadre de la loi des finances, mais nous n'avons pas été entendus, seuls 40 millions ont été obtenus, c'est bien peu par rapport au trou de 2 milliards de notre filière ». Des « filets de sécurité » doivent être mis en place au niveau européen même si, Éric Thirouin le reconnaît volontiers, « il ne sera pas simple de s'accorder sur le sujet avec tout le monde ». À travers la réforme de la Pac, les zones intermédiaires méritent bien entendu de plus forts soutiens. D'autres systèmes doivent aussi émerger : « nous sommes depuis 30 ans dans un monde globalisé, avec comme gendarme l’Organisation mondiale du commerce. Trump et Poutine n'en ont rien à faire, il n'y a que l'Europe qui respecte les règles… À nous aussi, peut-être, de faire un peu de protection à nos frontières ».
France, réveille-toi
Pour faire « bouger les choses », la France doit se « bouger », justement : « la balance commerciale agroalimentaire diminue chez nous et en Allemagne, mais elle progresse dans tous les autres pays… Ce sont les États qui font la différence, la France doit se réveiller et avoir une position forte, notamment à Bruxelles. La taxe engrais est européenne mais elle a été inventée par un français… La taxe sur la redevance de pollutions diffuses est une spécificité française, elle coûte en moyenne 10 000 euros par exploitation, il faut la supprimer, c'est ce que nous avons demandé ! Les distorsions de concurrence sont trop nombreuses chez nous, cela ne peut pas aller. Les candidats à la future élection présidentielle sont en train d’écrire leurs programmes, nous les sollicitons sur cette question suivante : veulent-ils de la croissance ou de la décroissance ? ».