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Installée à Saint-Pierre le Moutier depuis 2011

Aline Baumann «ramène ses fraises» et «appuie sur le champignon»!

L’installation agricole dans la Nièvre est un sujet sensible, tant elle manque cruellement de candidats. Or, quand il s’agit de productions sortant des poids lourds habituels -élevage, les grandes cultures- là, tout projet innovant relève de l’extraordinaire. Avec un passé professionnel de secrétaire et une farouche volonté d’apprendre sur le tas, Aline Baumann, 42 ans, propose depuis 2012 une production et une commercialisation de fruits rouges biologiques. Son projet économique, basé sur les circuits courts, rencontre un tel succès qu’elle fourmille d’idées pour se développer.

Par Emmanuel Coulombeix
Aline Baumann «ramène ses fraises»  et «appuie sur le champignon»!
La variété -très brillante, très grosse, très savoureuse- des fraises d’Aline est la Mara des Bois. Les fruits sont cueillis deux fois par semaine, de mai aux premières gelées d’octobre, en fonction des commandes pour respecter au mieux l’intégrité de ce

Les Mara des bois, nom de la variété de fraises qu’elle cultive, confèrent à Aline Baumann le statut de magicienne et de principal fournisseur des palais nostalgiques des plaisirs qui émanaient des jardins de nos grands-parents. Ses clients lui disent souvent que le goût de ses fraises bio est puissant, sucré, un brin acidulé, «avec un léger parfum de fraises des bois mais en bien plus gros et brillant» plaisante-t-elle. Foi de journaliste quadragénaire: ces rouges objets du désir gustatif n’ont besoin ni de sucre ni de crème Chantilly pour exhaler tous leurs trésors gourmands. Chaque dégustation est un pousse-au-crime et un voyage dans le temps, pas si lointain, où les épiciers du coin vendaient des fruits et légumes peut-être pas aux normes définies par les fonctionnaires européens mais dont la promesse organoleptique ravissait les papilles, une fois dans l’assiette... C’est cette offre exigeante de saveurs que l’ancienne secrétaire de 42 ans, qui se définit comme une «passionnée de terre, de jardin et de nature depuis toujours», a décidé de lancer, en 2010. Il y a quatre ans, «pour voir si je m’en sortais , j’ai planté 160 plants de fraises, puis l’année d’après, avec l’aide de mon conjoint tondeur de moutons, je me suis installée, non sans avoir réalisé une étude de marché avec Françoise Morizot, du CERD, et Maud Perroy, de la Chambre d’agriculture». Trois ans plus tard, après une conversion en bio en 2013 (ndlr: la technique est la même mais les plants certifiés sont deux fois plus coûteux), Aline se retrouve à la tête de 2000 m2 de chenillettes et arbres fruitiers, puisque non contente de cultiver aujourd’hui 2500 fraisiers, elle s’est aussi diversifiée avec 150 framboisiers et 25 myrtillers, dans le jardin de sa ferme, située «aux Verrières» sur la commune de Saint-Pierre-le Moutier. Des arbres à mirabelles, qui n’ont pas beaucoup produit cette année du fait de la météo capricieuse, vont aussi être rejoints par d’autres arbres fruitiers déjà plantés. Aline agrandit aussi son verger pour la future récolte de quetsches, de pêches sanguines et de cerises...

 

Ventes en circuit court et transformation

Au départ, peu pariaient sur la viabilité de son projet. Considérée par la MSA comme «exploitante agricole non affiliée, c’est-à-dire ni cotisante solidaire ni exploitante agricole, notamment parce que je suis en-dessous de l’hectare et demi de surface minimum, et classée dans les activités de loisirs et de jardinage», Aline Baumann a investi dans l’essentiel, 3000 euros de pots, plants et bâches... Elle est déjà propriétaire, avec son compagnon, de la ferme et n’a pas fait appel aux banques et, compte tenu de son âge, n’a reçu aucune aide JA. Le Conseil général l’a seulement subventionnée, au titre de son programme en faveur de l’installation agricole. Aline déploie donc des trésors d’ingéniosité pour assurer son équilibre financier, sous le statut d’auto-entrepreneur pour la partie commerciale. Et çà marche: «ciblant la demande réelle pour l’achat local, je commercialise en vente directe ou via le magasin de producteurs Secrets de paysans, via la livraison de paniers de Corbeille nature à Sauvigny-les-Bois, via deux restaurants de Varennes-Vauzelles et Magny-Cours, via le magasin Biomonde de Nevers, via l’Amap de Nevers, la pâtisserie de Saint-Pierre, via la vente par correspondance de La Ruche qui dit oui à Ouroüer et Bourges, à des revendeurs bio, et grâce à mon blog en ligne (www.lespetitsfruits.blogspot.fr)». Avec deux cueillettes par semaine et par rang, elle récolte environ 6 kg par rang (100 plants) et par semaine, qu’elle vend 9 euros/kg, dans des barquettes de 250 ou 500 grammes. Les chenillettes -aussi appelés tunnels nantais- sont prolifiques mais «je ne valorise pas particulièrement le fait que les fraises soient bio» reconnaît l’exploitante. Aline dont la philosophie professionnelle est le goût du travail bien fait et du consommateur satisfait, n’en est pas encore à «vivre complètement de mon activité» mais elle s’inscrit «dans une phase de progression». Et elle se donne de nouveaux moyens. Elle expérimente la culture de shiitakes, des champignons asiatiques qui poussent sur des substrats de paille et de sciure de chêne, dont elle dit «que leur goût raffiné arrive à convaincre des sceptiques de commencer à consommer du champignon» et, surtout, elle a essayé, au début de l’année, la transformation de ses fruits rouges en bonnes confitures maison. «J’en ai fait 442 pots en février, en juin, à la fête écobio de Decize, tout était soldé»! Elle vise un objectif potentiel de 4 fois plus de volume. La seule productrice de fruits rouges bio de la Nièvre, marchande de petits instants de bonheurs du palais, a trouvé une autre façon de se démarquer: pour ses saveurs généreuses, les gourmands de la Nièvre, de l’Allier et du Cher, n’ont plus qu’à se damner!