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Perspectives de la nouvelle année agricole

2015 : un millésime d’incertitudes

Sans être extralucide, on peut pronostiquer que 2015 sera un millésime marqué par de nombreuses incertitudes. Qu’il s’agisse du lait, avec la disparition des quotas, de la production de viande bovine qui attend beaucoup de l’export, des grandes cultures avec une volatilité qui joue tantôt pour, tantôt contre, de la viticulture et des fruits et légumes dont le sort est étroitement dépendant des caprices du climat  et de la consommation... 2015 peut réserver pas mal de (bonnes) surprises, c’est en tout cas ce que l’on souhaite à l’ensemble de la profession agricole.
Par D’après AGRA
2015 : un millésime d’incertitudes
L’année 2014 aura été marquée par quelques manifestations d’envergure comme ici à Nevers, sur fond de désespérance pour les éleveurs.
Premier fait marquant : l’économie des secteurs de production animale est aujourd’hui dominée par «l’instabilité»... C’est le constat que dresse l’Association permanente des Chambres d’agriculture (APCA). Le secteur laitier, en particulier, reste un bon exemple de cette incertitude, qui termine l’année avec des hausses de revenus grâce à des prix plus rémunérateurs, mais voit s’ouvrir un période d’incertitude avec la sortie des quotas en avril 2015.
Les premières secousses sont arrivées dès la fin de l’été avec le retournement du prix mondial du lait. Une baisse qui se fera certainement sentir dès janvier comme s’en inquiète Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, qui entend parler «d’une baisse de 10% sur le premier trimestre». La chute des cours mondiaux arrive à un moment charnière pour les éleveurs laitiers européens et notamment les éleveurs laitiers français, qui passent d’une gestion du marché par les quotas à une gestion par les contrats. La contractualisation et la capacité de la filière à jouer la solidarité vont être mises sans doute à rude épreuve.

Viande bovine : l’année de la reconquête de la qualité
Depuis l’automne les éleveurs bovins viande subissent les conséquences de l’afflux massif de vaches laitières de réforme dans les abattoirs. L’année se termine de façon maussade donc avec un revenu moyen en baisse et un moral en berne. En 2015, la filière va s’atteler à deux chantiers : la reconquête de la qualité de la viande et l’ouverture de nouveaux marchés à l’export. L’objectif affiché étant d’une part d’améliorer le rapport qualité/prix de la viande fraîche piécée et d’autre part, de mettre le pied dans la porte de certains marchés qui s’ouvrent ou se confirment à l’export comme la Chine, la Turquie, l’Algérie... La création d’une société mixte franco-algérienne pour «la structuration et le développement d’une filière bovine» mixte elle aussi va dans ce sens.

Porcs : peu de perspectives encourageantes
Douchés par les conséquences de l’embargo russe, les producteurs de porcs sortent aussi d’une mauvaise année. Pas de signes de redressement du côté européen où la surproduction menace face à une consommation peu dynamique et les incertitudes restent nombreuses, sur le plan des marchés, des cours des matières premières et face aux difficultés rencontrées par la filière dans le secteur de l’abattage notamment.

Volailles : à la reconquête du marché intérieur
Les volailles de chair semblent résolument décidées à repartir à la conquête du marché intérieur pour sortir par le haut de la crise. Les objectifs sont ambitieux mais réalisables compte-tenu du potentiel car 42% des volailles achetées en France sont issus d’importation.

Grandes cultures : pour une meilleure gestion des risques
Pour les grandes cultures, l’année 2015 restera marquée par la poursuite du décrochage des cours du grain et un revenu en berne. «L’entame de la nouvelle année est rendue compliquée par la chute des prix en 2014 et des situations parfois dramatiques dans les exploitations de grandes cultures» confirme le président de l’AGPB, Philippe Pinta qui précise : «en zones intermédiaires, la récolte céréalière passée conjugue des volumes en baisse et une valorisation réduite par la qualité». 2015 s’annonce comme une année difficile pour nombre de producteurs de grandes cultures alors que le long terme inciterait plutôt à l’optimisme pour certains responsables professionnels comme Gérard Tubéry, président de la Fop.
Afin d’anticiper la prochaine Pac, les producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux s’en remettent à la gestion des risques, que ce soit pour la volatilité des prix ou les incidents climatiques. On attend beaucoup ainsi de l’adaptation du régime fiscal de déduction pour aléas (DPA) et du nouveau produit d’assurance annoncé cet été sous la forme d’un projet de contrat-socle. Autre attente importante : une meilleure accessibilité aux outils d’aide à la décision pour répondre aux normes environnementales et optimiser l’utilisation des intrants.

Fruits et légumes : ne pas subir 2015 comme 2014
Après une année 2014 minée par des prix en berne, une consommation insuffisante et surtout un bras de fer perpétuel avec la grande distribution, les producteurs de fruits et légumes ne sont pas prêts à subir la même chose en 2015. Ils demandent notamment un engagement de la grande distribution sur des volumes et des prix. «Arrêtons de brader l’origine France, nous devons contractualiser, avoir un revenu» prévient Jacques Rouchaussé de Légumes de France. Confrontée à de fortes incertitudes, les filières fruits et légumes restent «en ordre de marche» et «dynamiques».

Filières bio : un marché en croissance mais des incertitudes aussi
Les filières bio tirent un bilan plutôt positif de l’année écoulée et voient en 2015 une année de transition. D’une part, parce qu’il revient désormais aux Conseils régionaux de définir les régime d’aide à la bio et d’autre part, parce que la fin des quotas laitiers pourrait avoir des conséquences sur la filière laitière bio, tout aussi concernée par la libéralisation du marché. Les professionnels bio restent particulièrement préoccupés par les aides au maintien à l’agriculture biologique.