Agroforesterie
Les multiples facettes des arbres

Chloé Monget
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Depuis quelques années, la famille Cotet (exploitation située aux Taumonts à Verneuil) implante des arbres. Une pratique aux multiples atouts.

Les multiples facettes des arbres
Les brebis de la famille Cotet profiteront, dans quelques années, de l'ombrage procuré par les noyers implantés dans la parcelle.

Cela fait maintenant plus de 5 ans que la famille Cotet (Nadine, Gérard et Christophe), réimplante des fruitiers, haies fruitières et mellifères dans les parcelles de son exploitation (Verneuil), reprise par Christophe, 40 ans, en 2022. Ces plantations s’articulent autour d’un projet aux multiples facettes : agronomique, zootechnique ou encore apicole. Ils précisent : « c’est une vision globale que nous essayons de mettre en place : car tout se complète ».

Pour rappel l’exploitation s’étend sur 46 ha, avec un cheptel de près de 300 brebis Romane. Elle compte environ 300 noyers, 100 fruitiers environ (prunier, pommier, poirier, cerisier), et 2,5 km de haies réimplantées. Pour cette entreprise, ils ont été épaulés par les conseillers de la Chambre d’agriculture de la Nièvre : Christophe Dagouneau (spécialisé bovins allaitant et animateur groupe GAIA) et Étienne Bourgy (énergie et agroforesterie).

Protection naturelle

« Nous avons commencé à implanter des haies autour de nos parcelles afin d’offrir une protection naturelle contre la prédation. Cela a été couplé avec une double clôture entourant ces haies. L’alliance de ces deux éléments permet deux choses : d’une part, que les grands canidés n’aient pas la place de sauter par-dessus la clôture, et d’autre part, qu’ils ne puissent pas se frayer un chemin au pied des arbustes à cause de leur densité ». En sus, la famille Cotet indique : « les arbres offrent aussi une protection contre le soleil pour les animaux ; idéal pour que le cheptel puisse trouver un peu de fraîcheur en cas de forte chaleur » avant d’ajouter : « les arbres sont également un abri naturel en cas de pluie et sont un premier rempart contre les vents ». Les Cotet précisent : « la présence d’arbres permet de retenir le stockage de l’eau dans le sol et une évaporation moindre due au feuillage ; favorisant la pousse de l’herbe. De leur côté, les feuilles des noyers, et des essences sélectionnées dans les haies, sont tanniques, leur conférant des qualités de vermifuge naturel notamment ; idéal pour de bonnes conditions sanitaires pour le cheptel ».

Complément de revenus

Outre ces aspects, Nadine Cotet pointe : « nous avons longuement réfléchi à ce que nous pouvions ajouter à l’élevage afin que notre fils ait une exploitation diversifiée et stable ». Avec cette volonté en tête deux idées se sont alors imposées : la nuciculture (culture du noyer), l’apiculture et la transformation de petits fruits. « Même si les premières noix n’arriveront que dans 5 ans minimum, cette culture peut être très bien valorisée que ce soit en noix sèches, en poudre de noix ou encore en huile. Dans la même veine, les haies mellifères et fruitières permettent le positionnement de ruchers (nous en avons 35 environ). Ainsi, le miel ouvre de nombreuses possibilités : miel brut ou bonbons. Et, enfin, les petits fruits nous permettront à terme de proposer des confitures ; là encore un moyen supplémentaire de valoriser chaque mètre carré, sans perdre en biodiversité ».

Un paysage à choyer

Si les Cotet auraient pu en rester là, ils n’ont pas fait ce choix, et ont poursuivi leur implication avec des essences spécifiques : « Notre but est de respecter le paysage tout en s’adaptant aux enjeux du changement climatique. Nous sommes persuadés que l’environnement peut être protégé avec l’intervention de l’homme si celle-ci est pertinente. Nul n’est besoin de rappeler que de tout temps les exploitants ont été les premiers à l’entretenir, et que, de ce fait, nous avons donc un rôle à jouer dans la conservation de nos espaces – sans pour autant faire une croix sur nos productions ». Parmi les essences sélectionnées, il faut compter l’Orme de Lutèce : « est un bon moyen de le réintroduire dans nos paysages où il était incontournable autrefois. De plus, cette essence est résistante à la graphiose et a été testée par l’INRAE dans ce sens ».

L’or bleu

Au-delà de l’implantation d’arbres, la famille Cotet a également d’autres projets qui concernent « l’or bleu ». « L’accès à l’eau est en train de devenir une denrée rare. De ce fait, nous avons et allons continuer nos actions pour recréer des zones humides dans nos parcelles » expliquent-ils. Si la volonté est là, il est nécessaire de rappeler qu’ils ont un avantage de taille : « nous possédons une source très prolifique qui nous permet aujourd’hui d’approvisionner (au départ), ces zones, et pour demain qui nous offrira un approvisionnement en eau pour l’abreuvement de nos animaux en bâtiments – ainsi que pour nos maisons d’habitation puisque l’eau est potable ». Pour eux, cette question de l’eau en soulève d’autres : « pourquoi mettre des bâtons administratifs dans les roues des exploitants désireux d’entretenir ou de recréer des zones humides ou des mares ? Il semble que la profession soit, encore une fois, en avance sur l’administration. Certes une réglementation est indispensable pour ne pas avoir de dérives, mais il faudrait que la logique du terrain soit parfois plus écoutée. La terre n’appartient pas à l’homme, mais c’est l’homme qui appartient à la terre ».