Transmission /Installation
Le nombre d’installations aidées continue de diminuer
Jeudi 24 mars, c’était le branle-bas de combat à la Chambre d’agriculture de la Nièvre, à Nevers. L’après-midi avait lieu une réunion importante, la première depuis un an, du Comité transmission/installation (COTI), qui a réuni les représentants de l’administration et des organisations professionnelles du département.
Dans un premier temps, la réunion, animée par Christelle Martin et Maud Perroy, s’est attachée à tirer le bilan de l’année 2015. Par sous-groupes, durant une demi-heure, les participants ont été invités à écrire les conclusions qu’ils tiraient du document présenté. Et, les informations sont inquiétantes pour l’avenir de l’agriculture nivernaise. Premier constat : le nombre d’installations aidées a diminué l’an dernier, passant de 34 à 27, tandis que les installations non aidées ont augmenté, de 20 à 26. Au total, la stabilité sur un an (de 54 à 53), est donc un peu trompeuse. De toutes les synthèses réalisées, ce qui apparaît, c’est que les contraintes entourant les aides à l’installation constituent un frein, que ce soit le versement de la DJA en deux fois, la durée de la bonification passée de 10 à 5 ans, ou les conditions réglementaires toujours plus restrictives... Si les participants ont aussi retenu que les installations en circuits courts sont en hausse, de même que le nombre de femmes candidates, ou encore que les coûts pour s’installer sont toujours plus élevés, ils ont aussi souligné que 50% des projets se font en hors cadre familial, 20% envisagent de ne pas demander les aides et 32% ne savent pas s’ils les demanderont... Voilà pour les tendances de l’année écoulée. Face à ces constats, les professionnels s’interrogent donc sur les discours à tenir et les signaux à envoyer aux porteurs de projets. La deuxième phase de la réunion pouvait donner quelques éléments de réponses.
Installation progressive...
Trois jeunes agriculteurs avaient été invités à venir témoigner de leurs propres expériences, dans la Nièvre, de leurs parcours d’installation autour du maraîchage, des plantes médicinales (associées à un élevage allaitant) et de l’huile alimentaire en vente directe (associée à des grandes cultures). Vanessa Le Falher, Sébastien Perry et Emmanuel Brossard ont ainsi balayé les deux thèmes choisis : «s’installer progressivement» et «reprendre l’exploitation familiale et l’adapter à son propre projet». A l’issue d’un CAP horticulture et maraîchage, alors qu’elle a toujours été attirée par les plantes, Vanessa a démarré très modestement, avec un investissement quasi-nul sur une ancienne exploitation de ses grands-parents, en Puisaye, mais en hors cadre familial. Elle a débuté une activité de légumes biologiques sur une petite surface tout en vendant sur les marchés, le tout en tant que cotisante solidaire à la MSA, et touchant «un peu de chômage et de RSA»... Puis elle s’est perfectionnée en BPREA à Château-Chinon, ses stages, ses rencontres lui ayant apporté beaucoup de références technico-économiques successives. Elle a ensuite élargi sa gamme aux fruits et a créé un atelier de confitures, a demandé la DJA dans un deuxième temps car ayant beaucoup de besoins mais pas de financements, en vue de «faire quelque chose de viable». En
5 ans, elle affirme avoir «acquis de bonnes bases, fidélisé une clientèle et trouver de nouveaux débouchés (Biocoop à Cosne-sur-Loire) mais elle estime aussi qu’en agissant de cette façon, elle a « perdu du temps» à tâtonner au début, de façon assez isolée. Désormais, à ses collègues qui projèteraient de s’installer en maraîchage, elle conseillerait le système des «espaces-tests et des couveuses» mis en place par les collectivités. Désormais aussi, l’installation progressive est encadrée différemment par la réglementation et, selon Danièle Ohrant, de la Chambre d’agriculture, permet de monter un projet durant cinq ans tout en gardant un salaire durant les deux premières années. Une alternative assez différente du parcours de Vanessa Le Falher.
Plantes médicinales et Huile alimentaire
A 36 ans, agriculteur à Saint-Loup, Sébastien Perry est lui aussi monté en puissance progressivement. Il dit n’avoir connu que l’agriculture nivernaise mais cela ne l’a pas empêché de se lancer dans une production très originale et rare dans le département : les plantes médicinales en diversification d’un élevage allaitant. Installé avec les aides du Conseil général en 2002, après un BTS ACSE à Challuy, «je n’avais pas de quoi sortir la moitié du quart d’un revenu». Puis il est allé voir la Coopérative de plantes du Morvan et en 2003, il débute par un demi hectare de fleurs sèches en créant un petit séchoir de 5m2. En 2006, il accroît le nombre de ses laitonnes et augmente la surface des plantes (2 ha) et, toujours grâce au Conseil général, construit un séchoir de 16m2. Ce sera un troisième de 37 m2 en 2008, en même temps qu’il reprend une exploitation de 100 ha et 20 mères vaches. Aujourd’hui, il dispose de 180 ha, dont 120 de céréales et 4 ha de plantes et de 32 vaches allaitantes. Son plus grand regret, «c’est qu’on a du mal à se bouger dans la Nièvre, on n’a pas d’outil de transformation. Je ne sais pas si j’ai réussi, mon encours à la banque est suffisant pour que je ne réussisse qu’à l’âge de la retraite» dit celui qui revendique «une volonté du travail bien fait, un souci de qualité et d’image». A tel point qu’il souhaiterait construire un nouveau séchoir, et pas qu’avec des parpaings et des tôles, même si la coopérative de plantes ne le lui a pas demandé... Quant à Emmanuel Brossard, outre l’installation progressive, c’est surtout la transmission familiale qui lui tient chaud. Son père, Lucien, très investi dans les Cuma, devrait partir en retraite début 2017. L’installation du fils remonte à 2013 mais l’adaptation de l’exploitation a mûri bien avant, dans l’exploitation de grandes cultures : «je voulais transformer le produit jusqu’au bout pour avoir le contact avec les particuliers et les professionnels» dit Emmanuel. Dès 2005, il tente donc le pressage, grâce à la presse de la Cuma dont son père est président. Aujourd’hui, il vend de l’huile de tournesol, de colza, et de la moutarde, avec ses bouteilles et ses pots sous le bras, à une clientèle qui s’est élargie depuis que ses premiers clients étaient ses voisins. Parmi sa clientèle, 40 épiceries, de Paris à Dijon, et un chef étoilé tout récemment, viennent désormais couronner ses efforts. Et la restauration collective «arrive», surtout dans le Cher, plus que dans la Nièvre... Son conseil aux porteurs de projets : «Osez, si vous êtes passionnés !»
Installation progressive...
Trois jeunes agriculteurs avaient été invités à venir témoigner de leurs propres expériences, dans la Nièvre, de leurs parcours d’installation autour du maraîchage, des plantes médicinales (associées à un élevage allaitant) et de l’huile alimentaire en vente directe (associée à des grandes cultures). Vanessa Le Falher, Sébastien Perry et Emmanuel Brossard ont ainsi balayé les deux thèmes choisis : «s’installer progressivement» et «reprendre l’exploitation familiale et l’adapter à son propre projet». A l’issue d’un CAP horticulture et maraîchage, alors qu’elle a toujours été attirée par les plantes, Vanessa a démarré très modestement, avec un investissement quasi-nul sur une ancienne exploitation de ses grands-parents, en Puisaye, mais en hors cadre familial. Elle a débuté une activité de légumes biologiques sur une petite surface tout en vendant sur les marchés, le tout en tant que cotisante solidaire à la MSA, et touchant «un peu de chômage et de RSA»... Puis elle s’est perfectionnée en BPREA à Château-Chinon, ses stages, ses rencontres lui ayant apporté beaucoup de références technico-économiques successives. Elle a ensuite élargi sa gamme aux fruits et a créé un atelier de confitures, a demandé la DJA dans un deuxième temps car ayant beaucoup de besoins mais pas de financements, en vue de «faire quelque chose de viable». En
5 ans, elle affirme avoir «acquis de bonnes bases, fidélisé une clientèle et trouver de nouveaux débouchés (Biocoop à Cosne-sur-Loire) mais elle estime aussi qu’en agissant de cette façon, elle a « perdu du temps» à tâtonner au début, de façon assez isolée. Désormais, à ses collègues qui projèteraient de s’installer en maraîchage, elle conseillerait le système des «espaces-tests et des couveuses» mis en place par les collectivités. Désormais aussi, l’installation progressive est encadrée différemment par la réglementation et, selon Danièle Ohrant, de la Chambre d’agriculture, permet de monter un projet durant cinq ans tout en gardant un salaire durant les deux premières années. Une alternative assez différente du parcours de Vanessa Le Falher.
Plantes médicinales et Huile alimentaire
A 36 ans, agriculteur à Saint-Loup, Sébastien Perry est lui aussi monté en puissance progressivement. Il dit n’avoir connu que l’agriculture nivernaise mais cela ne l’a pas empêché de se lancer dans une production très originale et rare dans le département : les plantes médicinales en diversification d’un élevage allaitant. Installé avec les aides du Conseil général en 2002, après un BTS ACSE à Challuy, «je n’avais pas de quoi sortir la moitié du quart d’un revenu». Puis il est allé voir la Coopérative de plantes du Morvan et en 2003, il débute par un demi hectare de fleurs sèches en créant un petit séchoir de 5m2. En 2006, il accroît le nombre de ses laitonnes et augmente la surface des plantes (2 ha) et, toujours grâce au Conseil général, construit un séchoir de 16m2. Ce sera un troisième de 37 m2 en 2008, en même temps qu’il reprend une exploitation de 100 ha et 20 mères vaches. Aujourd’hui, il dispose de 180 ha, dont 120 de céréales et 4 ha de plantes et de 32 vaches allaitantes. Son plus grand regret, «c’est qu’on a du mal à se bouger dans la Nièvre, on n’a pas d’outil de transformation. Je ne sais pas si j’ai réussi, mon encours à la banque est suffisant pour que je ne réussisse qu’à l’âge de la retraite» dit celui qui revendique «une volonté du travail bien fait, un souci de qualité et d’image». A tel point qu’il souhaiterait construire un nouveau séchoir, et pas qu’avec des parpaings et des tôles, même si la coopérative de plantes ne le lui a pas demandé... Quant à Emmanuel Brossard, outre l’installation progressive, c’est surtout la transmission familiale qui lui tient chaud. Son père, Lucien, très investi dans les Cuma, devrait partir en retraite début 2017. L’installation du fils remonte à 2013 mais l’adaptation de l’exploitation a mûri bien avant, dans l’exploitation de grandes cultures : «je voulais transformer le produit jusqu’au bout pour avoir le contact avec les particuliers et les professionnels» dit Emmanuel. Dès 2005, il tente donc le pressage, grâce à la presse de la Cuma dont son père est président. Aujourd’hui, il vend de l’huile de tournesol, de colza, et de la moutarde, avec ses bouteilles et ses pots sous le bras, à une clientèle qui s’est élargie depuis que ses premiers clients étaient ses voisins. Parmi sa clientèle, 40 épiceries, de Paris à Dijon, et un chef étoilé tout récemment, viennent désormais couronner ses efforts. Et la restauration collective «arrive», surtout dans le Cher, plus que dans la Nièvre... Son conseil aux porteurs de projets : «Osez, si vous êtes passionnés !»