La Nièvre se rappelle à la Région
Christian Morel, vice-président du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté en charge de l'agriculture, a passé deux jours dans la Nièvre. Les échanges ont beaucoup porté sur la filière ovine mais le département n'a pas raté l'occasion de rappeler ses attentes agricoles plus larges envers la Région.
Une présence importante pour montrer à la Nièvre que le département n'est pas délaissé : c'est ainsi que Christian Morel, vice-président du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté (BFC) en charge de l'agriculture, expliquait sa venue dans le département, les 19 et 20 novembre. Initié par la Chambre d'agriculture, ce déplacement avait pour idée de départ la nécessité de « repositionner l'élevage ovin nivernais sur de la réflexion de filière, avec tous les outils dont on peut disposer dans le département, associés aux coopératives et marchés au cadran, expliquait Cyrille Forest, président de la Chambre d'agriculture 58. Le but est aussi de donner des perspectives aux jeunes à installer, ainsi qu'en termes de diversification sur des productions végétales, qui pourraient remettre du mouton, en corrélation avec les céréales. Dans ce cadre, il était important de repositionner cet élevage avec les acteurs au niveau de l'État et du Conseil régional. »
Ne pas oublier les céréaliers
Avant de se rendre à Sainte-Colombe-des-Bois, sur l'exploitation ovine de Jean-Marc Bertrand, Christian Morel aura fait un passage par la Chambre d'agriculture, où ont été passés en revue d'autres dossiers et notamment celui des productions végétales. « On demande que les céréaliers ne soient pas oubliés, poursuivait Cyrille Forest. On milite en faveur d'aides sur les bâtiments, pour fournir des capacités de stockage, c'est indispensable afin de demeurer compétitifs et valoriser nos céréales. Nous voulions voir avec la Région quelles actions pourraient être mises en place dans ce but. On veut que le Conseil régional regarde ce qui se passe à Bruxelles dans le cadre des négociations de la prochaine PAC, afin d'éviter les perspectives catastrophiques dont on entend parler : 20 % de moins d'aides PAC sur les systèmes céréaliers, avec, en plus, le risque de l'entrée en vigueur au 1er janvier 2026 du Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) qui va renchérir les engrais. On veut savoir ce que la Région entend défendre à Bruxelles sur la PAC… » Au menu également, la vocation interrégionale de l'abattoir de Cosne-sur-Loire. Sur ce point, la préfète de la Nièvre, Fabienne Decottignies, qui tiendra une réunion sur ce thème le 4 décembre, veut jouer le rôle d'un préfet coordinateur pour mettre en place une dynamique vertueuse entre les départements de la Nièvre, du Cher, du Loiret e de l'Yonne, et donc les Régions BFC et Centre-Val de Loire.
Militant de l'amélioration génétique
Tous ces échanges se sont tenus le 20 novembre dans l'exploitation de Jean-Marc Bertrand : un élevage de moutons Romane créé en 2007 et qui illustre très bien l'intérêt de l'aide régionale pour la génétique ovine mise en place. L'éleveur nivernais est un militant convaincu de l'amélioration génétique. Il travaille principalement avec Terre d'Ovin (Coopérative Feder) et vend chaque année entre 150 et 200 agnelles en reproductrices. La voie mâle est vendue en boucherie. « L'élevage ovin extensif est un acteur majeur de l'entretien de nos milieux ouverts, soulignait-il. Nous allons dans le sens de l'amélioration de la productivité des élevages ovins, sans pour autant détériorer les services écosystémiques rendus par nos éleveurs. Sur l'aide régionale à la génétique, j'ai fait partie de ceux qui ont milité pour que certains seuils pour bénéficier de l'aide (notamment l'achat minimum de cinq béliers) soient abaissés. Des éleveurs peuvent ainsi acquérir des béliers qui ont une valeur génétique plus importante qu'un bélier ou un agneau « lambda ». Le surcoût que l'on met pour payer ces meilleurs béliers est pris en charge par l'aide régionale. Cette aide incite aussi les jeunes à investir dans des agnelles dignes de ce nom et les accompagne dans l'accroissement intelligent de leur cheptel, avec des animaux plus productifs, plus laitiers. » Pour Jean-Marc Bertrand, le potentiel de développement ovin est réel dans la Nièvre (37 000 têtes aujourd'hui), avec une demande très forte d'animaux en contre-saison que les éleveurs du département n'arrivent pas à combler et aussi parce qu'on est ici en zone intermédiaire dans laquelle un système bergerie-céréales retrouve toute sa pertinence. Pour Christian Morel, qui rappelait également l'aide régionale M23 en faveur des éleveurs touchés par la FCO, « l'expérience de la filière ovine montre que quand les gens se parlent, on arrive à faire des choses. » Parvenir à se parler, c'est justement toute la difficulté qui se pose encore avec la Région sur le traitement des dossiers Feader, comme le déplorait Thomas Lemée, président des JA BFC. La génétique ovine prouve que les choses peuvent parfois fonctionner, mais elle ne masque pas la vraie détresse dans laquelle certains jeunes agriculteurs sont plongés par ailleurs…