La diète méditerranéenne, un patrimoine vivant et durable
Face à l’urgence climatique, à la croissance démographique, aux inégalités d’accès à une alimentation de qualité et à l’augmentation des maladies liées à la nutrition, l’Union européenne mise depuis 2023 sur un projet inédit, appelé Switch. Financé par son programme de recherche Horizon Europe, il fédère plus de vingt institutions scientifiques autour d’un même objectif : repenser nos systèmes alimentaires en s’inspirant notamment de l’héritage culturel de la diète méditerranéenne.
Selon le rapport Sofi 2025 des Nations unies, 673 millions de personnes souffraient encore de la faim en 2024. Dans le même temps, les systèmes alimentaires figurent parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, tandis que la population mondiale devrait atteindre 9,3 milliards d’habitants dans les prochaines années, dont près de 70 % vivront en zone urbaine. Autant d’enjeux qui appellent une transformation profonde de la manière dont l’Europe produit, distribue et consomme son alimentation. C’est dans ce contexte que le projet Switch a vu le jour en 2023. Le projet a pour but de créer un réseau européen de food hubs, de véritables laboratoires vivants implantés en France, en Espagne, en Italie (deux sites), en Suède et en Allemagne. Pendant quatre années, ces espaces réuniront agriculteurs, nutritionnistes, chercheurs, décideurs publics, journalistes, acteurs de la restauration collective, chefs cuisiniers, enseignants et citoyens pour imaginer des modèles alimentaires plus durables, ancrés dans les territoires et attentifs à la santé. Au cœur de cette démarche se trouve la diète méditerranéenne, bien plus qu’un simple régime alimentaire, c’est un mode de vie reconnu pour ses bienfaits nutritionnels, mais aussi pour ses dimensions culturelles, sociales et environnementales. En s’appuyant sur ce patrimoine vivant, Switch souhaite contribuer à bâtir des systèmes alimentaires plus résilients, assez solides et cohérents, pour répondre aux grands défis du siècle.
La diète méditerranéenne comme boussole
Inscrite au patrimoine de l’Unesco depuis 2013, la diète méditerranéenne est bien plus qu’une façon de se nourrir ou de cuisiner. « C’est un patrimoine vivant, transmis par les communautés locales, profondément lié aux pratiques agricoles avec un rapport particulier à la terre, au paysage, à la santé, et au convivium », assure Sara Roversi, présidente et fondatrice du Future Food Institute, grand partenaire du projet. L’Unesco rappelle l’ampleur de ce patrimoine, partagé aujourd’hui par plusieurs pays du bassin méditerranéen, mais dont les origines sont bien antérieures à sa reconnaissance officielle : « des penseurs comme Parménide et Zénon, tous deux originaires d’Élée (cité grecque antique située dans l’actuelle Italie du Sud, NDLR), développaient une réflexion sur l’harmonie entre l’être humain et son environnement naturel. Leur école philosophique valorisait une conception équilibrée de la vie, dans laquelle modération, maîtrise de soi et le lien avec la nature prenaient une place centrale », assure Sara Roversi. Sur le plan médical, l’alimentation méditerranéenne s’est construite grâce à l’accumulation de savoirs dans tout le bassin méditerranéen : L’École de Salerne, fondée au Moyen Âge en Campanie, est encore considérée aujourd’hui comme la « mère de la médecine occidentale ». À ces héritages s’ajoutent les traditions agricoles du pourtour méditerranéen, comme la culture millénaire de l’olivier, la production de céréales, la consommation de légumineuses, l’usage d’herbes aromatiques, l’importance du marché local et, surtout, la pratique du convivium. « Au XXᵉ siècle, l’ensemble de ces savoirs anciens a trouvé une validation scientifique grâce aux travaux d’Ancel et Margaret Keys. C’est dans le Cilento (Italie méridionale) que les deux chercheurs ont observé la remarquable longévité des habitants et leurs faibles taux de maladies cardiovasculaires ». Des études qui leur ont permis de concrétiser la notion de « diète méditerranéenne » : une alimentation saine à base de végétaux, d’huile d’olive, de céréales complètes, associée à une activité physique quotidienne et à une forte cohésion sociale. La ville de Pollica, au cœur du Cilento, apparaît comme un lieu emblématique, engagé dans la préservation de cet héritage. Cette année encore, elle a accueilli le projet Switch dans son campus éducatif, qui accueille chaque année plus de 1 000 personnes venues du territoire, du pays et du monde entier.
Guider les politiques publiques
Au-delà de la recherche, Switch s’est donné une mission politique : éclairer les décisions publiques avec des données scientifiques solides. Les équipes développent des outils numériques capables d’évaluer l’impact environnemental, sanitaire ou économique des différents régimes alimentaires. Elles élaborent également des scénarios prospectifs pour anticiper la transformation des systèmes alimentaires européens. Le projet entend aussi lutter contre les inégalités : un régime durable n’a de sens que s’il reste abordable et accessible aux personnes les plus vulnérables. C’est l’un des fils rouges des expérimentations menées dans les Food Hubs. À l’horizon 2027, l’équipe de Switch livrera un ensemble de recommandations, d’outils et de solutions prêtes à être mises en œuvre. Tout cela dans le but de faire émerger une culture alimentaire européenne dans laquelle santé publique, plaisir de la gastronomie et respect du vivant se marieraient volontiers.
Switch Food Explorer // Mesurer l’impact de ce que l’on mange
Créé par le Switch project et présenté par Cristina Masini, doctorante à l’Université de Campanie lors du Sommet mondial Mediterranean diet feeds the future, Switch Food Explorer est l’un des outils développés par le réseau Switch, afin d'informer le consommateur sur l'empreinte carbone de sa consommation. Switch Food Explorer est disponible en ligne : il évalue la durabilité des aliments à travers des exemples de recettes, ou à partir de la recette choisie par l’utilisateur, en compilant un ensemble de données sur l’empreinte carbone, la consommation d’eau et la pollution inhérentes à la production d’un produit alimentaire. L’objectif étant de rendre compte de l’impact de ce que l’on consomme, en valorisant les pratiques durables, d’agroécologie et les circuits courts. Les utilisateurs découvrent ainsi des alternatives alimentaires adaptées à leurs goûts, leur santé et leur sensibilité à la préservation de l’environnement.
Sensibiliser au quotidien
Chaque ingrédient ou plat peut être analysé individuellement : par exemple, une bruschetta au merlu affiche les scores de ses composants, sous forme de classements par couleur, montrant leur impact environnemental. Grâce à une interface simple et intuitive, il permet d’explorer de nouveaux ingrédients, de comparer leurs caractéristiques et de trouver des options plus durables ou plus saines sans sacrifier le plaisir de manger. « Notre mission est de rendre l’alimentation plus consciente, plus variée et plus accessible à tous », explique la créatrice. L’outil permet ainsi de comparer produits et recettes pour guider des choix alimentaires plus responsables au quotidien et réduire l’empreinte humaine.
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